PARANOIA
Titre: Paranoia (A quiet place to kill)
Réalisateur: Umberto Lenzi
Interprètes: Carroll Baker

 

Jean Sorel
Luis Dávila
Alberto Dalbés
Marina Coffa
Anna Proclemer
Hugo Blanco
Année: 1970
Genre: Giallo / Thriller
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Né en 1931, Umberto Lenzi débute sa carrière en tant que critique et scénariste puis réalise son premier film, MARY LA ROUSSE FEMME PIRATE en 1961. Suite à ce succès populaire, Lenzi enchaîne, durant les sixties, les histoires de pirates, un western correct, des imitations de James Bond, etc. avant de proposer une excellente adaptation d’un fumetti italien en 1966 : KRIMINAL.

A la fin des années ’60, le cinéaste se lance dans le giallo, alors largement en vogue, avec le triptyque UNE FOLLE ENVIE D’AIMER (alias ORGASMO mais sorti aux Etats-Unis sous le titre « Paranoia »), SI DOUCES SI PERVERSES et PARANOIA. Au cours des années ’70, Lenzi continuera de proposer des gialli (MEURTRE PAR INTERIM, LE TUEUR A L’ORCHIDEE, SPASMO, L’ŒIL DANS LE LABYRINTHE,…) avant de s’imposer auprès des amateurs de gore via ses célèbres mais nettement plus bis L’AVION DE L’APOCALYPSE ou CANNIBAL FEROX.

Réalisé en 1970, PARANOIA appartient, comme UNE FOLLE ENVIE D’AIMER et SI DOUCES SI PERVERSES, au giallo « première manière », dit « de machination », proche du policier traditionnel et du film noir américain. L’intrigue s’inspire, comme bien d’autres, de l’excellent LES DIABOLIQUES de Clouzot ou encore du roman « Le talentueux Mr Ripley » de Patricia Highsmith, adapté de fort belle manière par René Clément sous le titre PLEIN SOLEIL. L’influence d’Hitchcock reste également perceptible, en particuliers dans certains éléments de l’intrigue, puisés dans REBECCA ou SUEURS FROIDES. Difficile d’ailleurs de lister les (trop) nombreux gialli qui s’inspirent des œuvres précitées et adoptent une construction similaire, citons seulement quelques exemples parmi tant d’autres, comme L’APPEL DE LA CHAIR et LIZ ET HELEN.

Victime d’un accident de voiture lors d’une course automobile, la belle et riche Helen (Carroll Baker) s’accorde une convalescence méritée auprès de son ex mari, Maurice (Jean Sorel) et de la nouvelle épouse de ce-dernier, Constance (Anna Proclemer). Au fil des jours passés dans la villa, l’atmosphère se réchauffe et Helen renoue avec Maurice tout en recevant également les avances de Constance. Cette dernière ne supporte plus les infidélités de son époux et imagine de le supprimer avec l’aide d’Helen mais la jeune femme, retombée amoureuse de Maurice, prend parti pour celui-ci. Le couple reformé profite d’une sortie en mer pour assassiner Constance et couvrir le meurtre en organisant un accident de bateau. Malheureusement, Susan, la fille de Constance (et accessoirement maîtresse de ce chaud lapin de Maurice !), soupçonne les amants…

Loin des hécatombes sanglantes qui rendront célèbrent Dario Argento et ses successeurs, PARANOIA s’inscrit dans une logique « à l’ancienne ». Le métrage, en effet, refuse les mécanismes horrifiques et les meurtres brutaux au profit d’une machination savante qui se déroule sous un brûlant soleil. Au bord de piscines, sur des petits bateaux de plaisances ou dans des demeures luxueuses, le métrage de Lenzi déroule une intrigue située dans une « bonne société » où règnent pourtant, sous le vernis des apparences, le meurtre, la tromperie et le sexe. Le cinéaste filme cette première partie du métrage avec un côté classieux qui frôle, parfois, l’esthétique « roman photo » et privilégie les tenues distinguées et le glamour « papier glacé ».

Les jeunes et séduisantes demoiselles, pour leur part, dégustent des cocktails uniquement vêtues de bikini sexy au son d’une musique « lounge » sympathique et se disputent les faveurs du séducteur, incarné par Jean Sorel. Acteur français vu dans BELLE DE JOUR de Bunuel, Sorel s’imposa comme un familier du giallo avec L’ADORABLE CORPS DE DEBORAH, PERVERSION STORY et quelques autres succès sortis entre la fin des années 60 et le milieu des années ’70.

Un destin similaire à celui de Carroll Baker qui, à l’approche de la quarantaine, entama elle aussi une seconde carrière dans le thriller italien. Les deux acteurs, ici très convaincants, rivalisent de malice et de machiavélisme pour donner du piment à un métrage sinon un peu trop fade et prévisible pour maintenir l’intérêt.

Après une heure de projection, la fille de la victime résume, en quelques mots, l’essentiel de l’intrigue : « Un homme et une femme, jadis marié, se revoient et retombent amoureux l’un de l’autre. Mais l’homme s’est remarié, aussi ils imaginent un plan pour se débarrasser de l’épouse ». Bref, du classique et, malheureusement, trop de métrages ont déjà utilisé de semblables ressorts dramatiques pour réussir à surprendre les habitués du giallo. De plus, PARANOIA manque cruellement d’inventivité ou de folie pour s’imposer parmi les réussites du « cinéma de machination ».

Comme souvent, un coup de théâtre inattendu survient dans les dernières minutes, immédiatement suivi par un second twist, malchanceux pour les « amants criminels ». Une juste punition semble dire Lenzi, à l’image de ses confrères, soucieux de sauver, de justesse, la morale de son intrigue et de punir les coupables.

Parmi les réussites du métrage on note cependant, outre l’interprétation déjà citée, le talent du directeur de la photographie, Guglielmo Mancori. Fasciné par les miroirs, il compose de nombreux plans intéressants, joue sur les reflets ou place une action au premier plan et une seconde reflétée par un miroir. De belles idées régulièrement utilisée par le giallo même si, à l’époque du tournage, elles étaient encore novatrices. Dommage que Lenzi, malgré ses efforts, ne réussisse jamais à mener en bateau le spectateur. Difficile, par conséquent, de s’impliquer dans un complot dont les rebondissements restent attendus et trop mécaniques en dépit des rouages bien huilés du scénario.

Petit thriller d’honnête facture, PARANOIA est loin d’être désagréable mais se trouve desservi par une intrigue prévisible et mollassonne pour laquelle il est difficile de se passionner. Le métrage manque de nerf pour convaincre et seuls les nostalgiques du giallo « première manière » risquent de vraiment y trouver satisfaction, même si on a vu bien pire dans le genre.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2011