PATHOS - LA NUIT BLEUE
Titre: Un sapore di paura / Obsession : A taste for fear
Réalisateur: Piccio Raffanini
Interprètes:

Virginia Hey

 

Gérard Darmon
Gioa Scola
Teagan Clive
Eva Grimaldi
August Darnell (aka Kid Creole)
 
Année: 1988
Genre: Giallo / Science-fiction / Erotique
Pays:  
Editeur  
Critique:

Etrange production, PATHOS – LA NUIT BLEUE se situe dans un environnement vaguement futuriste inédit mais ne renouvelle guère les codes du giallo ou du sexy thriller. L’intrigue, sans surprise et basique, suit les pas d’une photographe de mode branchée, Diane, dont les mannequins (toutes forcément ultra séduisantes et majoritairement lesbiennes) sont tuées, une par une, par un mystérieux maniaque. Un inspecteur nonchalant, Arnold, enquête mollement sur les milieux interlopes de Rome et tente de coincer le coupable tandis que l’hécatombe se poursuit.

Typique de son époque, PATHOS – LA NUIT BLEUE plaque une esthétique (et toc !) aux visuels chatoyant sur un scénario fort convenu. Visuellement, le long-métrage évoque ainsi le « néo-noir », le polar science-fictionnel (on pense un peu, toutes proportions gardées évidemment, aux ambiances de BLADE RUNNER), l’érotisme chic et outré des pornos années ’80 à la Gregory Dark, Stephen Sayadan ou Andrew Blake (certaines saynètes ressemblent à des chutes de studios timorées de NEW WAVE HOOKERS ou NIGHTDREAMS) et, surtout, les vidéoclips de MTV dont le cinéaste ne se prive pas de reproduire les tics coutumiers, notamment via les filtres colorés, les décors et les effets (très) spéciaux.

De manière inexplicable, le long-métrage, d’apparence totalement contemporaine (comme en témoigne les ordinateurs antédiluviens) intègre ainsi (fort mal) divers éléments d’anticipation incongrus et jamais justifiés comme un pisto-laser ou d’étranges véhicules futuristes. La pertinence de ces ajouts laisse songeur mais participait probablement, du moins aux yeux du cinéaste, au cachet « branché » d’un film hélas plus irritant que captivant. Des mannequins aux coiffures extravagantes vêtues de manière fétichiste parcourent donc une ville étouffante au volant de voitures bizarroïdes qui trouent une nuit bleutée déjà éclairée par des néons à la luminescence agressive.

Evidemment, la mode étant, par définition, ce qui se démode le plus vite, revoir PATHOS – LA NUIT BLEUE aujourd’hui demande une certaine indulgence ou une véritable passion pour l’artificialité des années ’80 encore complétée par des afféteries du meilleur mauvais goût et une bande originale synthé-pop elle-aussi fort datée.

Cependant, l’entreprise peut fasciner par son style particulier, certains plans demeurent plaisant à l’œil et la distribution constitue une appréciable curiosité puisqu’on y croise Virginia Hey (MAD MAX 2, TUER N’EST PAS JOUER), Gérard Darmon (LA CITE DE LA PEUR), Gioa Scola (ATLANTIS INTERCEPTOR), Teagan Clive (ALIENATOR), Eva Grimaldi (ON L’APPELE SŒUR DESIR) et même August Darnell, plus connu sous son nom de scène de Kid Creole.

Guère passionnant, l’enquête policière aux suspects convenus (la révélation finale ne surprend guère malgré les efforts du cinéaste pour garder deux ou trois coupables potentiels dans la course) s’efface donc au profit de ce style visuel très tape-à-l’œil mais relativement agréable pour les non allergiques aux effets « eighties ».

PATHOS – LA NUIT BLEUE peine par conséquent à dépasser la moyenne mais sort néanmoins un peu du lot des thrillers érotiques interchangeables et oubliés sortis durant la seconde moitié des années ’80. L’unique contribution de Piccio Raffanini au Septième Art sera, toutefois, réservée aux inconditionnels du bis italien.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2014