PERVERT!
Titre: Pervert!
Réalisateur: Jonathan Yudis
Interprètes: Mary Carey

 

Sean Andrews
Darrell Sandeen
Juliette Clarke
Sally Jean
Jonathan Yudis
 
Année: 2005
Genre: Sexploitation / Horreur / Erotique
Pays: USA
Editeur Neo Publishing
Critique:

Petite production au budget minuscule (50 000 dollars) tourné dans le désert américain en une douzaine de jours sous un soleil de plomb, PERVERT ! va probablement divisé les spectateurs. Les uns le considèreront sans doute comme le rejeton naturel, quoiqu’un peu honteux, de Russ Meyer et des premiers métrages estampillé Troma. Les autres le prendront plutôt pour un hommage balourd misant essentiellement sur un érotisme graveleux et rapidement lassant. La vérité, comme souvent, se situe sans doute entre ces deux positions extrêmes.

PERVERT mélange donc beaucoup de nudité, des scènes comiques à la vulgarité assumée et un peu de gore avec une volonté affichée d’accoucher d’un film culte référentiel. Le problème est que l’hommage tourne vite en rond en enfilant une suite de scènes qui, loin du féminisme revendiqué de Russ Meyer, tombent dans une sorte de machisme assez proche du porno de base. Toutes les demoiselles potelées et à forte poitrine finissent logiquement par succomber aux attributs virils des personnages principaux, à savoir un benêt énervant et son père complètement obsédé en dépit d’un âge canonique. Jonathan Yudis reprend pourtant quelques situations héritées des œuvres les plus connues de Russ Meyer (le décor renvoie immédiatement à FASTER PUSSYCAT KILL ! KILL ! et une poignée d’idées sont empruntées à la saga VIXEN) mais n’arrive pas vraiment à en tirer un ensemble cohérent.

Quoique réduit à une durée de 80 minutes, PERVERT ! montre rapidement ses limites mais présente une série de personnages bien déjantés apte à distraire le spectateur conciliant. L’ancienne prostituée reconvertie en fermière nymphomane (jouée par la porn-star Mary Carey, sosie rondelette d’une certaine « chanteuse » bien connue), l’infirmière lesbienne et le mécanicien nazi bisexuel répondent présents au catalogue des clichés destinés à donner le sourire aux adolescents fanatiques d’humour à connotations sexuelles. Malheureusement tout cela tourne court au bout d’une vingtaine de minutes, Jonathan Yudis tentant alors de changer de registre, passant d’une sexploitation typique des seventies à du gore parodique d’ailleurs assez timide. Mais cela ne suffit malheureusement pas à maintenir l’intérêt déclinant d’un spectateur sans doute tenté par la touche avance rapide de sa télécommande.

La faute en incombe à des interprètes médiocres, dont une Mary Carey absolument insupportable dont l’absence de la moindre aptitude à jouer la comédie ne lui laisse d’autres choix que de persévérer dans le porno. Là où les actrices bien en chair de Papa Russ exhalaient une sexualité saine et naturelle, Mary Carey n’est rien de plus qu’une pouffiasse remodelée et vulgaire, poupée gonflée et gonflante au talent d’actrice en-dessous du zéro absolu aussi bandante qu’un kilo de viande sur un étal de boucher. La mise en scène très amateur et encore aggravée par un montage plutôt mou, se repose cependant sur une photographie plus correcte (le tournage bénéficie du Super 16) qui donne un minimum de cachet aux scènes se déroulant dans le désert. Le scénario, pour sa part, brûle rapidement ses meilleures cartouches et ne tient absolument pas la distance en dépit de quelques idées sympathiques.

Le dernier quart d’heure relève ainsi le niveau en expédiant aux fesses des demoiselles un pénis sectionné maléfique animé avec une maladresse touchante. Quelques autres idées fonctionnent également : les séquences de transition sont amusantes et les nombreux passages au cours desquels les actrices fortement « poumonées » déversent du miel ou du savon sur leur anatomie renvoient aux grandes heures de la sexploitation ringarde. Mais PERVERT ! aurait certainement gagné à se limiter au format du court-métrage tant l’ensemble épuise les meilleures volontés. En résumé, cette série Z complètement fauchée ne sera sans doute appréciée que par des spectateurs mâles ayant ingéré une bonne dose de bière. En sachant à quoi s'attendre il y a pourtant matière à s'y amuser mais il ne faut guère espérer autre chose qu'un gros nanar (volontaire) à savourer entre potes.

Saluons néanmoins l’édition DVD proposée par Neo Publishing qui s’avère aussi conséquente que celle d’un blockbuster. Elle propose évidemment le film en version française ou originale en 5.1. avec une qualité technique irréprochable et des tonnes de suppléments. Difficile de justifier cette abondance de bonus pour un métrage à la qualité aussi discutable mais les amateurs de ce PERVERT ! seront sans doute aux anges. Deux commentaires audio (l’un très déconneur, l’autre plus sérieux) sont proposés avec sous-titres français tandis qu’un making of d’une demi-heure nous explique les difficultés inhérentes au tournage d’une série Z sous 40° à l’ombre. Les (a)mateurs seront également comblés par la version allongée et plus explicite (quoique peu excitante) de la scène lesbienne entre Mary Carey et Juliette Clarke. D’autres scènes coupées (on comprend pourquoi !) voisinent avec un bêtisier, des bandes annonces, des filmographies et même un court-métrage français caché dans le menu.

Bref, même si on n’apprécie guère le métrage en lui-même difficile de faire la fine bouche devant le titanesque travail de Néo Publishing qui livre ici un DVD exemplaire. Espérons d’autres éditions aussi complètes pour des métrages plus... intéressants.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2009