PHANTASM
Titre: Phantasm / The Never Dead
Réalisateur: Don Coscarelli
Interprètes: A. Michael Baldwin

 

Bill Thornbury
Reggie Bannister
Angus Scrimm
Kathy Lester
Susan Harper
Kenneth V. Jones
Année: 1979
Genre: Epouvante / Science-fiction
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Parmi les productions horrifiques de série B de la fin des années 70, PHANTASM garde, avec raison, une place à part dans le cœur des fans au point d'avoir gagné ses galons de cult-movie. Les raisons de sa réussite tiennent essentiellement à son climat étrange et son curieux mélange des genres, le métrage passant de l'épouvante à la science-fiction sans négliger le drame et le mystère. Quasiment surréaliste, PHANTASM défie toute rationalisation et, à l'image de certains David Cronenberg ou David Lynch, il demande au spectateur un investissement émotionnel important afin de se laisser prendre à l'ambiance très particulière développée au cours de la projection.

Après une scène d'amour dans un cimetière, PHANTASM entre dans le vif du sujet alors que nous assistons aux funérailles d'un ami de Reggie et Jody, les principaux protagonistes de cette intrigue embrouillée. Mike, le jeune frère de Jody, reste un peu plus longtemps au cimetière et observe un étrange employé des pompes funèbres déplacer le cercueil et l'emmener dans son véhicule. Intrigué, le jeune garçon va tenter d'en savoir plus sur les agissements de ce mystérieux personnage…il finira par découvrir un incroyable secret.

Don Coscarelli est le grand maître d'œuvre de la saga PHANTASM et, dès le premier volet, le bonhomme, alors âgé de 25 ans, démontrait une imagination débordante et laissait entrevoir un futur géant de l'épouvante. Malheureusement la suite de sa carrière fut plutôt décevante. En fait, il ne tourna qu'une sympathique heroic-fantasy, DAR L'INVINCIBLE et un SURVIVAL QUEST dont le titre annonce immédiatement la couleur avant de retrouver une certaine notoriété avec le très réussi et instantanément culte BUBBA HO TEP. Tout le reste de sa carrière cinématographique se limite à la saga PHANTASM, qu'il revisite régulièrement même si la qualité des séquelles décline après l'excellent second épisode, d'ailleurs plus proche du remake que d'une véritable suite. Il faut dire que le cinéaste a toujours refusé de dévoiler davantage la mythologie mise en place, n'expliquant guère le pourquoi et le comment de ces métrages, lesquels s'apparentent davantage à des cauchemars imprimés sur pellicule qu'à des œuvres rationnelles. D'où l'impression, à partir du moyen PHANTASM III et surtout du décevant PHANTASM IV, de tourner en rond.

Qui est vraiment l'étrange croque-mort surnommé le Tall Man? Que font ces nains costumés (tout droit sorti de LA GUERRE DES ETOILES!) des corps enlevés? Que sont les sphères tueuses? Peu de réponses seront fournies au fil des années. Et c'est probablement mieux ainsi, toute tentative d'explication ne pouvant, fatalement, que décevoir. Coscarelli, avec le premier PHANTASM, est donc parvenu à une bizarre et intrigante alchimie, laquelle inclut différents clichés de l'épouvante (des personnages bateaux accomplissant des actes peu logiques, des décors morbides, une musique angoissante qui s'inscrit dans la tradition du "Halloween Theme" de John Carpenter et des scores des Goblins,…) et un habillage qui, lui, doit beaucoup à la science-fiction (on y trouve de nombreuses et assumées références à DUNE) et aux meilleurs épisodes de "La Quatrième Dimension", et ce jusqu'au final ouvert (et incompréhensible) qui annonce largement LES GRIFFES DE LA NUIT.

La grande réussite de PHANTASM réside donc dans cette peur diffuse que Coscarelli parvient à transmettre au spectateur via des scènes toutes simples. Celle où le héros découvre une photographie du Tall Man vieille de plus de 200 ans constitue sans doute un lieu commun de nombreux récits d'horreur mais le savoir-faire du jeune réalisateur l'élève au rang des plus grands moments de trouille cinématographique. Car PHANTASM fait peur, pour peu que l'on accepte ses postulats délirants et que l'on veuille y croire. Et Don Coscarelli, qui porte complètement le projet sur ses épaules (scénariste, réalisateur, producteur, monteur, etc.), préfère fort habillement user de subtilités pour parvenir à ses fins, même si il ne néglige pas l'un ou l'autre effet choc et une poignée de séquences plus graphiques et sanglantes.

En dépit d'acteurs peu convaincants, l'ambiance fonctionne, surtout grâce au Tall Man, incarné par Angus Scrimm, lequel n'a besoin que de sa stature et sa présence pour parvenir à terrifier le public. Avec sa présence et des dialogues rudimentaires, Scrimm confère une personnalité fascinante à un méchant qui s'inscrit logiquement aux côtés de Jason, Freddy, Michael et Leatherface parmi les monstres les plus iconiques du cinéma d'horreur.

Si le manque de budget s'avère flagrant (quoique rarement handicapant) lors des scènes plus axées sci-fi (la planète désertique ou le portail dimensionnel) et que les effets spéciaux ont bien vieillis, PHANTASM assume sa déviance et son côté bricolé avec amour. Excepté la séquence de l'insecte tueur, involontairement drôle et ridicule, tout le reste se tient bien et ne prête jamais à sourire.

Même en le visionnant plusieurs fois (ce qui est de toutes manières conseillés en regard de sa qualité) il ne sera jamais possible de percer le mystère entourant PHANTASM. Certains éléments finiront par s'emboîter, d'autres trouveront leur sens mais le film gardera toujours dans l'ombre un paquet d'idées saugrenues qui ne parviendront jamais à trouver leur place. Et cette absence de rationalité concourt elle aussi à l'efficacité de l'ensemble.

A l'exact opposé des films d'horreur simplistes (type slasher basiques) qui suivirent dans les années 80, PHANTASM demande donc du spectateur un effort et un respect devenu rares par ces temps de cynisme, d'effets faciles et de teenagers stupides. Il pourra donc sembler lent, daté ou prétentieux mais, en réalité, il est simplement exigeant.

Bref, un petit bijou du cinéma d'horreur et un réel trésor caché que les amateurs se doivent d'avoir vu.

Fred Pizzoferrato - Février 2008