PIRANHA 3DD
Titre: Piranha 3DD
Réalisateur: John Gulager
Interprètes: Danielle Panabaker

 

Matt Bush
David Hasselhoff
Christopher Lloyd
Clu Gulager
Gary Busey
Katrina Bowden
Année: 2012
Genre: Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Un temps considéré comme un (petit) espoir du cinéma d’horreur, John Gulager n’a jamais concrétisé la confiance générée par son premier essai, le foutraque mais sympathique FEAST. Après deux séquelles bâclées directement destinées à la vidéo (FEAST 2 et FEAST 3), Gulager reçoit comme cadeau empoisonné la mise en scène de la suite de PIRANHA 3D, succès surprise de l’été 2010.

Maddy, jeune et jolie biologiste marine, rentre au bercail pour découvrir les nouveautés imaginées par son beau-père, Chet. Propriétaire d’un parc d’attraction aquatique, ce-dernier a, en effet, décidé d’attirer de nouveaux clients en remplaçant les maîtres-nageurs par des stripteaseuses venues de l’Est et les classiques bains à bulles par des « piscines à baise ». Malheureusement, juste avant la réouverture estivale du parc, un banc de piranhas préhistoriques, échappés du célèbre Lac Victoria, vient se mêler aux nageuses en monokini…

Séquelle hâtivement confectionnée pour profiter d’une mode éphémère (à l’instar des semblables SHARK NIGHT 3D et BAIT), ce PIRANHA 3DD ressemble davantage à un remake qu’à une véritable suite, tant John Gulager se contente de reproduire, quasi à l’identique, toutes les péripéties du film d’Alexandre Aja. Hélas, le manque de budget se révèle patent, en particuliers lors des scènes d’attaque qui pâtissent d’effets spéciaux nettement moins convaincants que dans le précédent épisode.

Si le latex est peu présent, la silicone, par contre, se voit copieusement étalée par le cinéaste voyeur, lequel cadre régulièrement des bimbos aux seins surdéveloppés courant vers la caméra. Ces effets tri-dimensionnels, certes sympathiques mais un peu faciles, lassent rapidement par leur côté répétitif même si Gulager en donne pour son argent aux spectateurs niveau nudité. Les nymphettes en bikini, monokini ou « zéro kini » dansent, se baignent, bronzent ou participent à des concours de T shirt mouillés pour le simple plaisir des yeux, bien mises en valeur par une photographie ensoleillée qui donne à l’ensemble un côté carte postale (ou porno exotique) de bon aloi.

L’humour, pour sa part, vole au ras des pâquerettes et se limite à de grivoises allusions sexuelles, en particulier les double sens sur « se mouiller » exploité sans vergogne par un réalisateur clignant de l’œil au public d’AMERICAN PIE.

La caractérisation des protagonistes, elle, n’ira pas très loin, et aligne les clichés attendus. Le propriétaire de parc corrompu refuse de fermer ses piscines comme le maire d’Amity excluait, jadis, de boucler ses plages et, une fois le désastre consommé, tente de fuir avec le magot. La biologiste tente de sauver les baigneuses et hésite entre deux prétendants, l’un noble et chevaleresque, l’autre flic et ripoux. Le reste du casting, de son côté, joue les utilités : les mecs draguent puis se font bouffer, les gonzesses se posent des questions existentielles (« tu penses que ma meilleure amie est plus jolie que moi parce qu’elle a de plus gros seins ») avant de se faire bouffer également.

N’ayant guère de substance pour meubler son long-métrage, John Gulager emballe l’ensemble en moins de 70 minutes hors générique (lequel, avec les inutiles scènes coupées, dure près d’un quart d’heure !) et lui confère, au moins, un minimum de rythme. Si beaucoup de gags s’avèrent ratés et trop axé sur la simple vulgarité, la scène où un piranha se glisse dans l’entre jambe d’une nageuse pour, par la suite, dévorer les parties intimes du type occupé à la dépucler vaut son pesant de cacahouète, ne serait-ce que pour la réplique phénoménale déclamée par l’infortunée: « Josh a dû se couper le pénis car un truc est sorti de mon vagin ». Grandiose !

Malheureusement, le film tourne rapidement à vide et seul l’arrivée de David Hasselholf (dans son propre rôle) parvient à relancer la machine. Parodiant son personnage de « Alerte à Malibu », l’acteur s’amuse, compose d’improbables chansons d’amour sur son Casio (« I’m a love hunter »), charme toutes les filles, distribue les autographes et les bisous, s’en prend à un gamin qui ne le reconnaît pas (« petit crétin roux ») et se moque de lui-même avec une bonne santé réjouissante. Son numéro délirant suffit, presque à lui seul, à assurer au spectateur un bon moment.

Les vétérans Clu Gulager (le papa du réalisateur) et Gary Busey s’offrent, eux aussi, une courte scène complètement stupides mais amusante en début de métrage. Enfin, quelques survivants du premier film comme Paul Scheer, Ving Rhames et Christopher Lloyd reviennent effectuer un petit tour de piste pas franchement nécessaire à l’intrigue, voire totalement improbable dans le cas de Sheer et Rhames, mais cependant amusant. Lloyd, cabotin à souhait, en fait d’ailleurs des tonnes en balançant des grenouilles à un piranha captif (« je n’ai plus de chiots » s’excuse t’il) avant d’expliquer que les poissons vont bientôt muter…et apprendre à marcher hors de l’eau. Un clin d’œil évident à PIRANHA 2 de James Cameron et au complètement loufoque LES MONSTRES DE LA MER de Barbara Peeters.

Malgré les promesses de l’affiche (« deux fois plus de nichons, de gore et de fun »), PIRANHA 3DD offre, en définitive, beaucoup moins de plaisir que le premier film. Réalisé à la va-vite, il manque de piments et, si tous les ingrédients sont présents dans la recette (humour débile, filles à poil à foisson, poissons voraces, références cinématographiques bis et éclaboussures gore), ils sont mal équilibré au point que la sauce ne prend pas vraiment. L’aspect comédie prédomine durant les trois quarts du métrage (qui rappellera, aux plus anciens, des classiques de cinémathèque comme PORKY’s et LES TRONCHES) et le final, vite expédié, échoue à reproduire, avec un budget beaucoup plus restreint, le climax ultra-sanglant de PIRANHA 3D.

Très attendu, PIRANHA 3DD ne retrouve que rarement la bonne humeur communicative de l’excellent premier volet et constitue une séquelle décevante, à moitié réussie pour les optimistes, à moitié ratée pour les autres. Reste toutefois un bon moment de déconnade dont la courte durée permet de faire oublier les (trop nombreux) défauts pour se concentrer sur l’essentiel : le Hoff et le cul.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012