PIRANHACONDA
Titre: Piranhaconda
Réalisateur: Jim Wynorski
Interprètes: Michael Madsen

 

Rachel Hunter
Shandi Finnessey
Terri Ivens
Rib Hillis
Angie Savage
Chris De Christopher
Année: 2011
Genre: Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Nouvelle production Roger Corman, cette modeste série Z marche sur les platebandes de la tétralogie ANACONDA et, plus discrètement, sur celles du récent PIRANHA 3D d’Alexandre Aja. Le résultat, typique des téléfilms horrifiques destinés à SyFy, constitue donc un gros « nanar » oublié dès la fin du générique mais, toutefois, suffisamment rythmé et généreux (dans les limites de son budget réduit) pour amuser le spectateur conciliant et peu regardant sur la qualité.

Lovegrove, un scientifique un peu cinglé (pléonasme,) joué par l’assoupi Michael Madsen, dérobe l’œuf d’un monstre, une sorte de serpent géant à la gueule hérissée de crocs aiguisés comme des rasoirs (que, par facilité, nous appellerons dorénavant un Piranhaconda). Le bonhomme se voit ensuite kidnappé par une bande de truands du dimanche désireux d’obtenir une rançon. Pendant ce temps, une équipe de cinéastes ringards tourne un slasher de troisième zone dans la jungle locale. Tout ce petit monde (les bandits, les starlettes « poumonées » et le piranhaconda) finissent par se rencontrer…Ca va saigner.

Yes man attitré de Corman, Jim Wynorski a exercé tous les postes possibles dans le domaine du cinéma depuis ses débuts au milieu des années ’80 : compositeur, directeur de casting, scénariste, producteur, parolier, créateur de costumes, directeur photo, acteur et, bien sûr, réalisateur. Wynorski signe tout d’abord quelques séries B plutôt plaisantes comme THE LOST EMPIRE (un hommage au sérial), SHOPPING (un sympathique slasher avec des robots détraqués en guise de tueurs) ou le remake de NOT OF THIS EARTH avec Tracy Lord.

Par la suite, il se spécialise dans les séquelles hâtivement confectionnées comme BIG BAD MAMA 2, LE RETOUR DE LA CREATURE DU MARAIS, DEATHSTALKER 2, 976 EVIL 2, SORORITY HOUSE MASSACRE 2, BODY CHEMISTRY 3 ou GHOULIES IV. Dès le début des années ’90, Wynorski suit l’évolution du cinéma d’exploitation et tourne, cette fois en vidéo, des sous-produits aux titres évocateurs comme VAMPIRELLA ou CHEERLEADER MASSACRE à côté de parodies érotiques lourdingues tel THE BARE WENCH PROJECT (qui compte pas moins de cinq épisodes), THE WITCH OF BREASTWICK, THE BREASTFORD WIVES ou encore le prometteur THE DEVIL WEARS NADA. Autant de titres évocateurs surement plus amusants que les produits finis en eux-mêmes.

Bien sûr, Wynorski donne également dans « l’agression animale », genre archétypale de la série B revenu dans les bonnes grâces du public suite à la démocratisation des effets digitaux. Après GARGOYLE, CURSE OF THE KOMODO, CRY OF THE WINGED SERPENT, KOMODO Vs COBRA ou DINOCROC Vs SUPERGATOR, le cinéaste joue la surenchère avec ce très improbable PIRANHACONDA dont le titre résume, à lui seul, les modestes ambitions et qui se conforme à la recette habituelle du genre : des demoiselles sexy sont coursées, durant 90 minutes, par une bestiole féroce finalement exterminée par un héros souriant.

Production télévisuelle oblige, PIRANHACONDA met la pédale douce sur l’horreur graphique, réduite au minimum, et sur l’érotisme, lequel se limite à l’exposition gratuite de généreuses poitrines comprimées dans de seyants bikinis. Le semblant de scénario, pour sa part, se concentre sur les dialogues inutiles déclamés par une bande d’apprentis kidnappeurs en ballade dans la jungle. Rien de passionnant, bien au contraire, mais du remplissage indispensable pour atteindre la durée réglementaire entre les (heureusement) nombreuses scènes de croque.

Le monstre vedette, lui, parait peu convaincant et manque de mordant (un comble), ressemblant simplement à un banal serpent géant affublé de crocs voulus menaçants qu’à un réel hybride entre l’anaconda et le piranha. Les effets spéciaux, eux, sont bien sûr médiocres mais, toutefois, un (petit) poil au-dessus des abominables effets digitaux vus dans moult réalisations concurrentes, Roger Corman ayant sans doute investi quelques billets supplémentaires par rapport aux rapiats de Nu Image ou The Asylum. C’est déjà ça de pris, même si il ne faut pas espérer grand-chose de ces créatures synthétiques, animées à la manière d’un monstre de jeu vidéo datant d’une bonne décennie.

Les acteurs piteux, la mise en scène basique et le scénario rabâché se situent, pour leur part, dans la (basse) moyenne du genre. En résumé, tout ça vole au ras des pâquerettes mais l’amateur de nanars horrifiques pourra, malgré tout, y trouver son content à condition de savoir à quoi s’attendre. Dans l’ensemble, PIRANHACONDA se conforme totalement aux clichés attendus des productions SyFy.

Jamais passionnant mais pas vraiment ennuyeux (à condition d’aimer le bis débile) il ne déçoit pas puisque, à la base, il ne promet rien de plus qu’un banal divertissement de série Z. Pour certains, le degré zéro du septième art, pour d’autre un prétexte à s’amuser avec du popcorn et de la binouze.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2013