PISTOLETS POUR UN MASSACRE
Titre: Un Pistola per cento bare /
A Gun for One Hundred Graves
Réalisateur: Umberto Lenzi
Interprètes: John Ireland

 

Peter Lee Lawrence
Gloria Osuna
Victor Israel
 
 
 
Année: 1968
Genre: Western
Pays: Italie
Editeur Le Film Retrouvé
4 /6
Critique:

Un jeune quaker pacifiste est condamné à deux ans de travaux forcés pour avoir refusé d'utiliser son arme. Revenu chez lui, il constate que ses parents ont été assassinés par la bande du redoutable Corbet. Après avoir appris le maniement du pistolet, le jeune homme se venge de trois des méchants. Mais Corbet reste introuvable. Lors d'une halte dans un petit village de l'Ouest, il se heurte à des voleurs de banque qu'il met en fuite en compagnie d'un mystérieux prédicateur. Devenu shérif, il constate que le chef des malfrats n'est autre que…Corbet lui-même!

PISTOLETS POUR UN MASSACRE est un sympathique produit qui ravive bien des souvenirs. Il fut un temps, en effet, où ce genre de western fleurissait sur les écrans. Ensuite, ils firent les beaux jours des vidéoclubs et de la télévision. Durant des années, le genre fut une valeur sûre de la petite lucarne, jusqu'à ce que le public se lasse des chevauchées au crépuscule et que les sitcoms et autres téléfilms policiers n'envahissent les grilles de programme. Quelle tristesse, d'autant qu'aujourd'hui ces séries B n'ont plus droit de citer et seul le DVD permet encore à l'amateur de se rassasier.

Vendu moins de 5 euros, ce produit sans éclat permet pourtant de passer une agréable soirée. Cette édition DVD s'avère évidemment minimaliste: version française imposée, en mono assez médiocre (avec un certain souffle continuel) et trois bandes annonces en guise de supplément. Mais l'image est relativement belle compte tenu de l'âge du film et le rapport qualité / prix suffisant pour motiver cet achat.

Saluons tout d'abord la présence de John Ireland, célèbre acteur qui joua dans quelques classiques sixties tels SPARTACUS, RIVIERE ROUGE ou LA CHUTE DE L'EMPIRE ROMAIN. Comme bien d'autres il trouva une seconde carrière en Italie, en gardant intact sa prestance et son talent. A la réalisation nous trouvons Umberto Lenzi, un des grands artisans du cinéma bis rital, responsable de grands films délicats comme CANNIBAL FEROX, LA SECTE DES CANNIBALES, AU PAYS DE L'EXORCISME, L'AVION DE L'APOCALYPSE, DEMONS III, GHOSTHOUSE, etc. On lui doit aussi de nombreux gialli érotiques d'intérêt variable (SI DOUCES ET SI PERVERSES, L'ŒIL DANS LE LABYRINTHE, LE TUEUR A L'ORCHIDEE), beaucoup de polars très violents (BRIGADE SPECIALE, LA RANCON DE LA PEUR) et des sous-James Bond kitsch comme SUPER SEPT ou DOUBLE ZERO HUIT. Bref, un certain métier à défaut d'une inspiration débordante.

Le plus agréable dans ce petit western est, finalement, son scénario délicieusement invraisemblable, dans une tradition "typiquement italienne". Les trahisons se multiplient, certaines vraies, d'autres fausses, les associations de malfaiteurs changent toutes les cinq minutes et les rebondissements s'enchaînent, parfois au mépris de toute logique.

Outre une certaine violence (quelques impacts de balles saignants, des coups de poings assénés avec force et même une courte séquence de torture), le spectateur aimant l'exploitation saura apprécier un passage inutile au déroulement de l'histoire mais jouissif. Des malades mentaux, emprisonnés dans le village, s'échappent et sèment la terreur comme dans un thriller gothique: le pyromane incendie quelques maisons, un dingue tue le pianiste du bordel à coup de hache (la suggestion domine) et deux maniaques bavant et ricanant tentent de violer une chanteuse de saloon. Ce genre de séquence gratuite s'avère tellement italienne dans sa démarche ("allez, filons quelques frissons au public, histoire de le réveiller avant l'entracte") que l'on se réjouit de ce moment de folie, inconcevable dans le western américain souvent (mais pas toujours) bien propre.

La musique, réussie et envoûtante, et un certain humour ajoutent encore au plaisir ressenti. Et le résultat est fort agréable, même si on est loin de chefs d'œuvres comme IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST, DJANGO ou LE GRAND SILENCE. Les vrais fans de bis préfèreront toujours l'énergie, la violence sadique et l'immoralité crasse des westerns spaghetti à la rigueur éthique de leurs homologues hollywoodiens.

A ce titre, PISTOLETS POUR UN MASSACRE, quoique mineur, remplit son contrat de divertissement un brin déviant. Et cela fait plaisir.

Fred Pizzoferrato - Mars 2007