LA CHAMBRE DES TORTURES
Titre: The Pit And The Pendulum
Réalisateur: Roger Corman
Interprètes: Vincent Price

 

John Kerr
Barbara Steele
Luana Anders
Anthony Carbone
 
 
Année: 1961
Genre: Epouvante
Pays: USA
Editeur  


Critique:

Après le succès de LA CHUTE DE LA MAISON USHER, le nom d'Edgar Allan Poe devient rapidement "bankable" et la compagnie AIP décide logiquement de poursuivre son cycle d'adaptations cinématographiques. Le problème étant que la quasi-totalité des œuvres de l'écrivain sont bien trop courtes pour donner naissance à des longs métrages. Qu'importe! Richard Matheson va résoudre le problème en ne retenant généralement des nouvelles de Poe que l'un ou l'autre élément, souvent leur climax horrifique, pour rédiger des scripts originaux.

Avec LA CHAMBRE DES TORTURES, Roger Corman suit une voie toute tracée et reprend la trame générale de sa précédente CHUTE DE LA MAISON USHER. Nous voyons donc un Anglais, Francis Barnard, se rendre en Espagne afin de rendre visite à son beau-frère, Don Medina (joué par Vincent Price, évidemment). Il y rencontre le noble Espagnol, sa sœur Catherine et leur serviteur Maximilien. Elisabeth, la femme de Don Medina (et donc la sœur de Francis) est décédé par "une maladie du sang". Après que le Dr Leon ait suggéré à Francis que Don Medina lui cache certaines vérités concernant la mort de sa sœur, le noble Espagnol montre à l'Anglais la chambre des tortures cachée dans les caves de son château.

Sa femme, fascinée par les exactions de Sebastian, le père de Don Medina et un redoutable inquisiteur, s'est laissé pervertir par ce lieu de violences et fut retrouvée morte dans la Vierge de Fer. Catherine révèle ensuite à Francis que Don Medina fut jadis témoin du meurtre de sa mère et de son oncle par Sebastian, qui les soupçonnait d'adultère. Quant à l'esprit d'Elizabeth, il hante à présent les murs de la demeure et prépare sa vengeance, après que la jeune femme - l'ouverture de son cercueil le prouve - ait été enterrée vivante. Mais Francis se montre sceptique vis-à-vis du surnaturel et il apparaît finalement qu'Elizabeth a simulé sa mort avec l'aide du Dr Leon pour dissimuler leur liaison et pousser Don Medina à la folie. Malheureusement pour eux, Don Medina sombre un peu trop dans la folie…jusqu'à endosser la personnalité de son père inquisiteur. Avec tous les instruments de tortures à sa disposition (dont les fameux puit et pendule), c'est au tour de Don Medina de prendre sa revanche…

Plutôt que d'adapter fidèlement la nouvelle de Poe, ce qui aurait été pratiquement impossible, Richard Matheson n'en retient donc que la séquence du puit et du pendule, qu'il utilise comme scène finale d'un script sinon très librement adapté. On y retrouve pourtant des éléments épars provenant de diverses autres nouvelles de Poe, par exemple de La Chute de la Maison Usher ou de L'Enterré Vivant. Matheson joue aussi sur les faux fantômes et les conspirations visant à pousser un personnage crédule à la folie. Un cliché déjà utilisé dans les premiers films d'épouvante, basé sur le modèle des "Old Dark House" et remis au goût du jour tant par les bandes dessinées à la Tales From The Crypt que par le succès des DIABOLIQUES.

Comme le dit Roger Corman "la plupart des nouvelles de Poe ne font que 2 ou 3 pages. La méthode choisie pour les adapter est donc de les utiliser en guise de climax pour le troisième acte. Et de construire les 2 premiers actes du manière que nous espérons fidèle à l'esprit de Poe". (in "The Rough Guide To Horror Movies") Aidé par l'interprétation efficace de Vincent Price, Roger Corman transcende donc les limites d'un budget réduit et utilise sa caméra à bon escient pour capturer tous les détails de cette machination.

Toute l'équipe effectue d'ailleurs un remarquable travail: les décors et costumes sont impeccables et les clichés utilisés ne sont pas encore usés (ils le deviendront au fur et à mesure des adaptations ultérieures de l'écrivain), donnant au film une véritable fraîcheur.

Les nombreux rebondissements d'un scénario peu avare en twists, la durée réduite (à peine 80 minutes) et le rythme bien mené font de cette CHAMBRE DES TORTURES un bel exemple de cinéma d'épouvante à l'ancienne, servi par des couleurs chatoyantes et un Vincent Price extravagant et aux limites du cabotinage. Donc impérial. Belle réussite, sans conteste!

Fred Pizzoferrato - Juin 2007