L'INVASION DES MORTS VIVANTS
Titre: Plague of the Zombies
Réalisateur: John Gillings
Interprètes: Andre Morrell

 

Diane Clare
Jacqueline Pearce
John Carson
 
 
 
Année: 1966
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
5 /6
Critique:

Un professeur, Sir James Forbes, s'installe avec sa fille dans un petit village des Cornouailles, à la demande de son ancien élève, Peter Thompson. Très vite, l'érudit se rend compte que quelque chose ne tourne pas rond en ce lieu: douze personnes sont décédées d'un mal étrange au cours des douze derniers mois. Voulant pratiquer une autopsie sur une des victimes, le médecin découvre que les cadavres ont disparus. Il soupçonne rapidement Hamilton, le châtelain, de pratiquer des rites vaudous appris lors de ses voyages dans les Antilles.

John Gilling, artisan efficace de la Hammer moins réputé que ses confrères Terence Fisher, Freddie Francis ou Roy War Baker signa pourtant une série de métrages intéressants, dont cette INVASION DES MORTS VIVANTS. Souvent considéré comme son chef d'œuvre, il fut tourné en même temps que LA FEMME REPTILE et se permet quelques commentaires sociaux au sein d'un spectacle bien mené. Dès le départ, les aristocrates du village sont présentés comme de jeunes voyous arrogants responsables du Mal infectant les lieux. Ils chassent le cerf et galopent à travers une procession funèbre, renversant le cercueil d'un homme du peuple, sans s'en soucier le moins du monde. Un peu plus tard, vexés d'avoir été mené en bateau par une jeune demoiselle (qui les a égarés du renards qu'ils chassaient), les voyous l'enlèvent et tirent au sort pour déterminer qui pourra en user à sa guise. Seule l'intervention du chatelain permet à la jeune fille d'échapper à un probable viol collectif. Une bonne séquence qui démontre que la Hammer s'ouvre timidement à des excès davantage orientés vers le cinéma d'exploitation. En effet, au milieu des sixties, la firme a quelque peu perdu de sa superbe. Après avoir brillamment remis au goût du jour les grands monstres de la Universal à travers LE CAUCHEMAR DE DRACULA, FRANKENSTEIN S'EST ECHAPPE, LA MALEDICTION DES PHARAONS et LA NUIT DU LOUP GAROU, les producteurs et scénaristes cherchent de nouvelles sources d'inspiration. Les nombreuses séquelles aux films précités (seul le loup garou ne connut pas de descendance, hélàs!) ont fini par lasser le public qui réclame à présent des sensations plus violentes. La Hammer ne parvint pas à combler ces attentes, s'égarant dans les mélanges contre-nature d'horreur et d'érotisme (LUST FOR A VAMPIRE et compagnie) ou d'horreur et de kung-fu (LES 7 VAMPIRES D'OR). Mais, en 1966, la firme est encore une valeur sûre de l'épouvante.

L'INVASION DES MORTS VIVANTS s'inspire, pour sa part, des films d'épouvante utilisant le vaudou à des fins effrayantes, en particulier les classiques WHITE ZOMBIES et I WALKED WITH A ZOMBIE. Cette option folklorique ne fut guère utilisée par la suite, exceptée dans l'excellent L'EMPRISE DES TENEBRES, la plupart des métrages tournés après le succès de LA NUIT DES MORTS VIVANTS délaissant complètement l'argument du vaudou et des rituels magiques pour transformer les zombies en morts-vivants affamés. John Gilling a donc construit une œuvre très intéressante, débutant de manière lente et adoptant les codes du récit policier, ce qui n'est guère étonnant puisque le scénariste Peter Bryan écrivit quelques années auparavant une brillante adaptation du CHIEN DES BASKERVILLE. Il est certain que Sherlock Holmes aurait pu résoudre le mystère proposé ici, tant le cinéaste s'applique à semer les indices: aristocrates décadents considérant les travailleurs comme du bétail, cadavre à l'expression horrifiée, racontars d'un homme affirmant avoir vu son frère décédée marcher dans la lande, sang utilisé pour des rites innommables, tombes vides, mine de cuivre abandonnée et supposée hantée, soudaine richesse de l'aristocrate ruiné revenu d'Haiti,…

Une fois le mystère résolu, le cinéaste adopte un rythme plus soutenu et se permet deux passages souvent copiés depuis. Dans le premier, le jeune héros voit sa femme, devenue zombie, décapitée par son ami. Ensuite, il sombre dans un cauchemar et voit les morts creuser leur chemin pour sortir de leur tombe. Une scène reprise ensuite, quasiment à l'identique, dans de nombreuses productions italiennes des seventies. La seconde séquence marquante nous montre les morts vivants se révolter et prendre feu alors que les statuettes vaudou ayant servi à leur exhumation sont la proie des flammes. Une scène similaire se trouve à la fin d'EVIL DEAD, lorsque Bruce Campbell jette le Necronomicon dans l'âtre de la cabane.

L'INVASION DES MORTS VIVANTS fut l'unique long-métrage de la Hammer a traiter du thème pourtant fort riche des zombies. On peut le regretter vu sa qualité mais John Gilling a réussi un classique ne nécessitant sans doute pas de séquelles. D'autres s'en chargèrent de toutes façons, de LA NUIT DES MORTS VIVANTS à L'ENFER DES ZOMBIES, en passant par plusieurs épisodes de CHAPEAU MELON ET BOTTE DE CUIR (en particulier "Le Mort Vivant" et "Interférences").

Bref, un métrage devenu référence, bien mené et prenant, dont la durée réduite (1h25) est appréciable car elle oblige le cinéaste à se concentrer sur l'essentiel: un scénario rigoureux et bien charpenté, sans négliger une pointe de critique sociale et un soupçon d'humour. Une incontestable réussite de la Hammer. Une de plus!

Les suppléments ne sont malheureusement pas à la hauteur du film. Si ce dernier est présenté dans une copie de bonne facture, en mono d'origine (version originale ou doublée), seuls une bande annonce et le documentaire "World of Hammer" tiennent lieu de supplément. Autant l'avouer, ce documentaire, découpé en une série de segments de 25 minutes sur les divers DVD de la collection Hammer, n'est absolument pas passionnant. Les extraits sont beaucoup trop long, les thèmes pas toujours cohérents (que vient faire le Loup-garou dans le chapitre consacré aux morts vivants?) et ils sont narrés de manière didactique et surtout trop promotionnelle par Oliver Reed. Un commentaire plus motivé, revenant sur la firme ou les métrages clés, aurait sans doute été plus indiqué que les quelques lignes récitées par Reed, souvent sans le moindre intérêt voir purement illustratives. Mais les films se suffisent à eux-mêmes et le prix est attractif. C'est déjà ça!

 

Fred Pizzoferrato - Février 2007