PLAISIR A TROIS
Titre: Plaisir à 3
Réalisateur: Jésus Franco
Interprètes: Alice Arno

 

Lina Romay
Robert Woods
Howard Vernon
Tania Busselier
Alfred Baillou
 
Année: 1974
Genre: Erotique / Thriller / Fantastique / Drame
Pays: France
Editeur Artus Films
Critique:

Grand admirateur de l’œuvre de Sade, Jésus Franco s’est souvent inspiré (officiellement ou officieusement) des écrits du Marquis pour en proposer des adaptations plus ou moins fidèles et convaincantes. JUSTINE DE SADE, EUGENIE DE SADE et LES INASSOUVIES se succédèrent à la charnière des années ’60 et ’70 et PLAISIR A 3, réalisé en 1973, s’inscrit dans cette même lignée, au point qu’il fut parfois intitulé LES INASSOUVIES 2.

L’intrigue, classique, transpose à l’époque moderne « La philosophie dans le boudoir » et s’intéresse à un couple de libertins aisés formé par Martine (Alice Arno) et Charles Bressac (Robert Woods). Sous leur vernis social respectable se cache cependant une réalité sordide : Martine est une dangereuse psychopathe qui aime castrer ses amants et torturer ses compagnes. Après un séjour d’un an dans un hôpital psychiatrique, la jeune femme parait guérie et, après quelques pots de vin dispensé au personnel médical, elle regagne sa luxueuse propriété. Là, vivent un majordome zélé, Mathias, un jardinier difforme et une femme de ménage nommée Adèle, attardée mentale nymphomane prête à se plier à toutes les exigences des Bressac. Ces derniers décident, par jeu, de pervertir une jolie demoiselle de vingt ans, la virginale Cécile, qu’ils invitent dans leur vaste demeure avant de la transformer en esclave sexuelle pouvant être dominées, humiliée et torturée…

Pour cette nouvelle plongée au cœur de la perversion sadienne, Jésus Franco convie ses interprètes coutumiers, à commencer par Alice Arno et Robert Woods. Né en 1946, Alice Arno connait bien l’univers du Marquis débauché puisqu’elle tenait déjà le rôle principal du JUSTINE DE SADE de Claude Pierson en 1972. On la vit aussi dans des « perles de cinémathèque » aux titres croquignolets comme LACHEZ LES CHIENNES, LE DOSSIER EROTIQUE D’UN NOTAIRE, L’ARRIERE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS, LA PIPE AU BOIS ou REGLEMENTS DE FEMMES A O.Q. CORRAL. Elle fréquenta souvent Jésus Franco durant sa carrière qui prend fin, dans le X, au milieu des seventies.

L’Américain Robert Woods fut, de son côté, un familier du western spaghetti de série B (pléonasme ?) que l’on vit dans des titres comme 4 DOLLARS DE VENGEANCE, AVEC DJANGO CA VA SAIGNER ou PRIE ET CREUSE TA TOMBE. Suite à la mort du « spagh », il se reconverti dans l’érotisme bis pour Jésus Franco qui le dirige dans LES EXPLOITS EROTIQUES DE MACISTE EN ATLANTIDE ou LA COMTESSE PERVERSE.

La toute jeune Lina Romay, en passe de devenir l’égérie quasi exclusive de Jésus Franco (elle figura dans une centaine de ses films), nous régale pour sa part de son anatomie, largement dévoilée par la caméra voyeuse de son mentor qui zoome agressivement sur son entre-jambe. La Française Tania Busselier, apparue dans une petite vingtaine de réalisations au cours des années ’70, nous offre, elle, son l’intimité broussailleuse (old school oblige) évidemment copieusement exhibée. Enfin, le prolifique Howard Vernon s’octroie le rôle secondaire d’un majordome peu concerné par les turpitudes sexuelles et criminelles de ses maîtres.

PLAISIR A 3 bénéficie, en outre, de la présence du cinéphile Alain Petit, grand admirateur de Franco, au poste de scénariste et dialoguiste. Celui-ci, peu intéressé par l’érotisme, essaya de conduire le long-métrage via le fantastique et même de développer une ambiance horrifique, laquelle devait culminer dans un climax mystérieux voyant Alice Arno punie par les cadavres revenus à la vie de ses victimes.

Toutefois, cette fin déstabilisante fut remplacée par une autre, plus conventionnelle mais néanmoins plaisante qui transforme PLAISIR A 3 en un thriller érotique de manipulation, vaguement influencé par les machinations improbables du giallo. Oeuvrette mineure qui ne marqua guère l’Histoire du cinéma (comme le reconnait d’ailleurs Alain Petit dans les bonus du dvd édité par Artus tout en pointant les méthodes de travail incroyables de Franco), PLAISIR A 3 reste pourtant un Jésus Franco potable.

Si la plupart des scènes sont trop longues et languissantes, y compris les passages sexy parfois interminables, le film se suit sans véritable ennui, le cinéaste ayant pris le temps de développer ses personnages et leurs motivations, servi par des interprètes parfois cabotins mais relativement adaptés au sujet traité. L’important reste néanmoins les scènes de flagellations ou de voyeurisme, les masturbations féminines, les accouplements (hétérosexuels ou lesbiens) et, plus généralement, les nombreuses foufounes dévoilées pour la plus grande joie des spectateurs.

Ce n’est surement pas du grand cinéma mais Franco nous a habitué à tellement pire que, finalement, PLAISIR A 3 se regarde d’un œil distrait mais sans déplaisir pour les plus indulgents.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2012