PLAN 9 FROM OUTER SPACE
Titre: Plan 9 from Outer Space
Réalisateur: Ed Wood
Interprètes: Gregory Walcott

 

Vampira
Tor Johnson
Bela Lugosi
Mona McKinnon
Paul Marco
Criswell
Année: 1958
Genre: Fantastique / Science-Fiction / Horreur / Culte
Pays: USA
Editeur Aventi
3 /6
Critique:

Bien…que dire? Voici un métrage hallucinant, réalisé par un personnage hallucinant également: Mr Ed Wood Jr. Méconnu du grand public, il sortit de l'oubli grâce au chef d'œuvre de Tim Burton, ED WOOD, dans lequel Johnny Depp incarne celui que les dictionnaires du cinéma ont surnommé "le plus mauvais réalisateurs de tous les temps". Depuis, Ed Wood fut en quelque sorte réhabilité et plusieurs documentaires lui furent consacrés, ainsi que des parodies (PLAN 10 FROM OUTER SPACE) ou des remakes pornos (PLAN 69 FROM OUTER SPACE ou ORGIES EN NOIR, version hard de son ORGY OF THE DEAD). On vit même Arte lui consacrer une soirée spéciale avec, en apothéose, la projection de son mythique PLAN 9 FROM OUTER SPACE, souvent considéré comme le plus mauvais film de tous les temps. Et devenu, par la force des choses, un classique culte encore projeté aujourd'hui dans les festivals consacrés au cinéma bis.

Dès le départ, PLAN 9 annonce la couleur, celle du nanar le plus pur, en nous offrant une calamiteuse introduction par un voyant (le "fameux" Criswell) avertissant les générations futures des dangers posés par les pilleurs de tombes venus de l'espace. Suite à cette prédiction alarmiste (et surtout ridicule), le métrage nous présente un petit enterrement. Bela Lugosi, très âgé et malade, quelques jours avant sa mort, se lamente du décès de sa jeune épouse. Celle-ci sortira peu après de sa tombe pour tuer deux fossoyeurs après l'intervention d'une soucoupe volante définitivement risible.

La jeune demoiselle est Maila Nurmi, alias Vampira, célébrité de la télé (et médium a ses heures, ayant par exemple affirmer communiqué avec un de ses amis décédé, à savoir James Dean himself!) maquillée et attifée comme une gothique à son premier concert des Sisters of Mercy. Dire qu'elle en fait trop s'avère donc largement en deça de la vérité! La police, menée par le détective Clay (Tor Johnson) est hélas dépassée par les événements, d'autant que les soucoupes volantes attaquent et menacent Los Angeles. Le pilote d'avion Jeff Trent et sa femme Paula vont se retrouver embarquer malgré eux dans une histoire incroyable. Car les aliens, décidés à conquérir le monde, se propose d'employer le Plan 9, qui consiste à ressusciter les morts! Voilà pour l'idée générale. Objectivement, tout le monde se fiche de toutes manières de ce scénario ultra balisé et profondément débile.

Si PLAN 9 FROM OUTER SPACE garde aujourd'hui son potentiel c'est uniquement grâce à son incroyable manque de rigueur. Tout, absolument tout, y est raté, mal fait, risible. Le spectateur n'assiste pas simplement à un mauvais film de SF des années 50 (et il y en a eu des kilos), non, il regarde le sommet insurpassable de l'incompétence cinématographique. Les décors, en premier lieu, sentent le carton-pâte à des kilomètres à la ronde: le cimetière, déjà, repousse les limites du "petit budget" mais que dire de cette cabine d'avion figurée par 2 sièges, un manche à ballai et un rideau de douche?

Les effets spéciaux enfoncent le clou, du monstre en caoutchouc immobile aux soucoupes volantes pendues à des fils. Pour ajouter à la dimension surréaliste du métrage, n'oublions pas la présence quasiment involontaire de Bela Lugosi, Ed Wood réutilisant quelques plans tournés pour un film inachevé ("Tomb of the Vampire") et laissant à un "sosie" très très peu ressemblant le soin de suppléer à Lugosi, une cape de vampire dissimulant son visage!

En tant que film, en tant qu'œuvre d'art donc, PLAN 9 FROM OUTER SPACE apparaît comme un passage définitif à la limite: la médiocrité y est élevée à son pinacle! Dialogues ahurissants, séquences complètement "autres", problèmes techniques incessants, absence complète de logique et même, souvent, de continuité (avec les fameux plans passant de la nuit au jour et vice-versa en dépit du bon sens), PLAN 9 FROM OUTER SPACE accumule les tares et les ratages. Au point d'en devenir vaguement attachant, sympathique et involontairement amusant.

Merci, Ed Wood!

Fred Pizzoferrato - Janvier 2007