LA PLANETE DES DINOSAURES
Titre: Planet of Dinosaurs
Réalisateur: James K. Shea
Interprètes: James Whitworth

 

Pamela Bottaro
Louie Lawless
Max Thayer
Harvey Shain
Charlotte Speer
Derna Wylde
Année: 1979
Genre: Science Fiction
Pays: USA
Editeur Artus Films
Critique:

Unique long-métrage de James K. Shea (dont la seule autre contribution « marquante » au cinéma fut d’avoir tenu la caméra sur le western érotique CACHE TA FEMME, PRENDS TON FUSIL, VOICI LES SCAVENGERS de Lee Frost), cette petite série B d’aventures fantastiques tournée dans des conditions aux limites de l’amateurisme vaut essentiellement pour ses effets spéciaux de grande qualité.

L’intrigue, pour sa part, s’avère basique et linéaire. Le vaisseau spatial Odyssey s’écrase dans un lac situé sur une mystérieuse planète fort semblable à la Terre mais où l’évolution accuse quelques millions d’années de retard. Les naufragés de l’espace s’organisent, menés par le capitaine Lee, même si des querelles pour le commandement éclatent rapidement. Néanmoins, ces considérations passent au second plan lorsqu’une des jeunes femmes de l’expédition est dévorée par un dinosaure. Découvrant que la planète est peuplée de monstres préhistoriques, les survivants trouvent refuge dans un abri de fortune. Peu à peu, toutefois, certains s’y sentent à l’étroit et décident de reconquérir le territoire dominé par un redoutable tyrannosaure.

Pas vraiment passionnante cette histoire de reconquête d’un monde par une bande de « héros » en outre plutôt antipathiques. Christophe Lemaire, dans les bonus de l’édition dvd, le déclare d’ailleurs justement : « LA PLANETE DES DINOSAURES dure une heure vingt dont une heure de bavardage ». Et c’est peu dire que le film est bavard, le cinéaste ayant toute les peines du monde à meubler son temps de projection, pourtant restreint, entre les apparitions des dinosaures.

Notre bande de vadrouilleurs de l’espace parcourt inlassablement une planète désertique au décor quasi inexistant, chacun se remémore brièvement son existence terrestre, ce qui donne lieu à de nouvelles discutions et à quelques flirts. Parfois, nos Terriens égarés rencontrent un saurien géant agressif et le métrage devient soudainement beaucoup plus divertissant. Car la grande attraction du film réside dans les monstres évoqués par le titre et, heureusement, ceux-ci sont réussis.

James Aupperle, également scénariste, s’occupe de la création des bestioles animées images par images par le talentueux Doug Beswick (qui travailla ensuite sur EVIL DEAD 2, DARKMAN, FREDDY 3, BLADE, SCARY MOVIE 2, etc.). Les créatures possèdent un réalisme rarement atteint et on croise au fil du métrage un brontosaure, une araignée géante, un tricératops, un tyrannosaure, un stégosaure, un allosaure,… Un vrai catalogue de musée d’histoire naturelle encore capable d’émerveiller les plus réceptifs même si, en dehors de ces séquences, LA PLANETE DES DINOSAURES n’a pas grand-chose à proposer.

Notons en outre que si les lézards géants sont animés avec brio leur incrustation dans l’image et leur interactions avec les comédiens s’avère parfois moins crédible car les interprètes jouent souvent très mal. Au casting on remarque une bonne poignée de débutants (dont se sera l’unique contribution au septième art) et quelques familiers du bis comme James Whitworth (qui fut le mutant « Jupiter » dans les deux LA COLLINE A DES YEUX de Wes Craven) et Max Thayer (ILSA LA CHIENNE DU CHEIK, KARATE TIGER 2 et même le classique du X TALK DIRTY TO ME 3).

Les filles de la bande, elles, sont au moins jolies et courtes vêtues même si l’unique tentative d’exploitation se voit tuée dans l’œuf : la première demoiselle qui se désape (en partie) finit dans les crocs d’un monstre amphibien. On devra se contenter de mini robes, de pantalon taille basse et de costumes tout à fait adaptés à une soirée disco mais par contre beaucoup moins crédibles en tant qu’uniforme de cosmonaute. Mais cela donne à cette PLANETE DES DINOSAURES un second degré savoureux dont on aurait tort de se priver.

La musique électronique balourde possède, elle, de vagues réminiscences de celle des DENTS DE LA MER et se révèle pénible.

Comme signalé précédemment, lors des scènes d’attaque, les acteurs semblent peu à l’aise et échouent à simuler la terreur, incapable de jouer devant un « vide » plus tard comblé par des monstres animés ou des décors peints. A ce propos, le spécialiste Jim Danforth livre pour sa part quatre peintures sur verre venant enrichir un produit paraissant souvent pauvre et fauché, quoique tourné en 35 millimètres. Mais il en eut fallut beaucoup plus pour conférer au métrage un véritable sentiment d’étrangeté et de dépaysement. Les décors (le vaisseau spatial), maquettes et costumes paraissent sortis d’une imitation à petit budget de STAR TREK et le déroulement de l’intrigue se limite à de longues déambulations dans des paysages désertiques entrecoupés d’attaques de dinosaures. Un peu lassant surtout si on compare le film à des superproductions de science-fiction datant de la même période comme LA GUERRE DES ETOILES, RENCONTRES DU TROISIEME TYPE ou STAR TREK LE FILM. La série B de James K. Shea appartenait, déjà à sa sortie, à un temps révolu mais elle se pare aujourd’hui, paradoxalement, d’un charme suranné appréciable pour les connaisseurs ou les nostalgiques de la stop-motion popularisée par Ray Harryhausen.

Heureusement, l’humour est de la partie, souvent involontaire mais néanmoins efficace pour quiconque sait apprécier un nanar distrayant. La séquence où les Robinson de l’espace se bourrent la gueule en ingurgitant un infâme tord boyaux à base de jus de baies fermenté reste par exemple un grand moment.

Même si LA PLANETE DES DINOSAURES s’avère ringard et languissant, ce petit métrage oublié et aujourd’hui redécouvert n’en est pas moins plaisant et divertissant. On peut donc se laisser tenter par cette aventure désuète, d’autant que les effets spéciaux restent étonnants pour un budget si réduit.

Pour le DVD, Artus propose un entretien détendu avec un Christophe Lemaire affalé nous racontant ses souvenirs émus puisque le bonhomme découvrit le film voici trente ans. Il ressort même pour l’occasion sa critique d’époque (« note : 12/20 ») avec une bonne humeur communicative.

Le master du film, pour sa part, accuse le poids des ans et comporte un paquet de défauts et autres rayures mais le format respecté, la version intégrale et le choix de la version française ou de l’originale sous-titrée (à l’heure où des inédits de 2010 ne sortent plus qu’en VF et sans le moindre bonus !) font oublier le côté très « VHS » de l’image.

En définitive, LA PLANETE DES DINOSAURES constitue une petite curiosité appréciable pour les nostalgiques et les collectionneurs. Le travail d’édition soigné (comme toujours avec Artus les bonus sont passionnants) pour un titre aussi obscur pousse naturellement à l’indulgence et encourage l’achat afin que l’éditeur puisse nous proposer de futures raretés.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010