PLUS VENIMEUX QUE LE COBRA
Titre: L'uomo più velenoso del cobra
Réalisateur: Bitto Albertini
Interprètes: George Ardisson

 

Erika Blanc
Alberto de Mendoza
Janine Reynaud
Luciano Pigozzi
 
 
Année: 1971
Genre: Thriller / Giallo
Pays: Espagne / Italie
Editeur  
Critique:

Rattaché au giallo par son titre évocateur, sa nationalité, son casting et sa date de sortie, PLUS VENIMEUX QUE LE COBRA se rapproche pourtant davantage d’un polar façon « série noire » et se déroule dans le cadre exotique et rarement usité du Kenya.

Tony Garder (Ardisson) a fui les Etats-Unis voici quelques années après avoir contrarié quelques pontes de la mafia. Cependant, il revient à New York pour enquêter sur le meurtre de son frère, Johnny, abattu dans un stade de football par un tireur d’élite armé d’un fusil. A peine arrivé dans la métropole américaine, Tony retrouve sa belle-sœur, la trop belle Leslie Gardner (Blanc), avec qui il espère découvrir l’identité du meurtrier de Johnny. Surveillé par divers personne, les apprentis détectives remontent une piste qui conduit à un dénommé Mortimer avec lequel le défunt eu maille à partie. Malheureusement, Mortimer est à son tour égorgé par un mystérieux criminel qui n’hésite pas à s’en prendre à Leslie et celle-ci ne doit son salut qu’à l’intervention de Tony. Nos deux enquêteurs soupçonnent la solution de l’énigme de se trouver entre les mains d’un ancien contact de Johnny, George Mc Greves (de Mendoza), lequel vit actuellement à Nairobi. Tony et Leslie partent donc pour le Kenya où ils participent à un dangereux safari au cours duquel les événements se précipitent…

Aujourd’hui relativement oublié, Bitto Albertini fut un des nombreux cinéastes de la Péninsule à se spécialiser, de la fin des années soixante au milieu des eighties, dans le bis dont il explora laborieusement les divers courants. Né en 1924 (et décédé en 1999), Albertini a ainsi œuvré dans la comédie, le western et le péplum avant de révéler au monde Laura Gemser via BLACK EMANUELLE EN AFRIQUE. La belle étant partie folâtrer chez Joe d’Amato, le pauvre Albertini, dépité, la remplaça par Shulamith Lasri pour la séquelle, BLACK EMANUELLE 2 puis engagea Chai Lee dans le similaire YELLOW EMANUELLE.

Après un saugrenu STAR CRASH 2, le metteur en scène termina sa carrière dans le documentaire « mondo » avec les deux NAKED AND CRUEL et MONDO SENZA VELI, tourné en 1985. Pour son unique incursion dans le giallo, Albertini tente d’innover et mélange quelques éléments traditionnels en provenance du thriller italien à une intrigue de polar « pure et dure » mâtinée d’aventures exotique. Le résultat se révèle, dès lors, déstabilisant et souvent longuet, Albertini ne parvenant jamais à unifier ces différentes influences en un tout cohérent.

Le long-métrage risque par conséquent de ne pas intéresser grand monde et son manque patent de rythme le rend souvent pratiquement soporifique. Après une première partie placée sous le signe du polar, PLUS VENIMEUX QUE LE COBRA se déplace en Afrique, un cadre novateur qui laissait espérer le meilleur. Hélas, le film demeure laborieux et les passages de safari ralentissent inutilement l’action au point que le climax apparait comme une délivrance. Là encore, Albertini manque de talent et dilue une poursuite en voiture peu palpitante au lieu de se concentrer sur l’exposé de la machination, laquelle, finalement dévoilée, rattache in extremis le long-métrage au filone italien.

Si le mystère n’est guère palpitant, les motivations des personnages se révèlent néanmoins vraisemblables et ne sombrent pas dans l’absurde. Un bon point. Un des rares. La bande originale de Stelvio Cipriani se révèle, de son côté, agréable mais le musicien n’hésite pas à recycler ses compositions antérieures, notamment l’inoubliable chanson de FEMINA RIDENS, d’ailleurs adéquatement placée lors d’une des meilleures scènes du film, un crime dans la pure tradition du thriller italien. D’autres mélodies s’inspirent, elles, de morceaux célèbres, en particulier un thème envoutant qui reprend sans vergogne le fameux riff du In a Gadda da Vida d’Iron Butterfly. Gênant pour les connaisseurs.

Loin d’une grande réussite, ce curieux mélange de giallo, de « murder mystery », de série noire et d’aventures ne parvient guère à passionner et demeure, au mieux, une curiosité réservée aux « complétistes » du cinéma populaire italien.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2014