LA POLIZIA BRANCOLA NEL BUIO
Titre: La polizia brancola nel buio
Réalisateur: Helia Colombo
Interprètes: Cüneyt Arkin

 

Francisco Cortéz
Richard Fielding
Danny P. Gerzog
Gabriella Giorgelli
Elena Veronese
 
Année: 1975
Genre: Giallo
Pays: Italie / Turquie
Editeur  
Critique:

Réalisée en 1973 (durant la grande folie du giallo) sous le titre de « Il giardino della iattughe » (autrement dit « le jardin des salades » !), cette minable production resta deux ans dans les tiroirs avant de connaitre une sortie en 1975, alors que la mode du giallo était déjà largement passée.

Le cinéaste Helia Colombo, dont ce fut l’unique et bien piètre contribution au Septième Art, emballe donc une intrigue biscornue et risible qui débute par le meurtre brutal d’une jolie blonde à coups de ciseaux. Elle n’est pas la première victime du maniaque puisqu’un journal nous apprend que trois jeunes femmes ont précédemment été assassinées dans la région. Toutes les victimes étaient des mannequins qui, peu avant leur décès, avaient posés pour un certain Edmondo Parisi, lequel ne suscite aucun intérêt de la part des forces de l’ordre malgré sa culpabilité potentielle. Une nouvelle demoiselle, Enrichetta, se rend ensuite dans la propriété de Parisi mais, hélas pour elle, sa voiture tombe en panne, ce qui la contraint à se réfugier dans la pittoresque taverne locale où nul ne se soucie de son triste sort. Enrichetta se résout donc à téléphoner à son petit ami, le journaliste Giorgio D’Amato et le supplie de la rejoindre mais ce-dernier, très occupé au lit avec une accorte brunette, ne daigne pas se déranger. Bien sûr, après qu’elle se soit dénudée dans sa chambre, Enrichetta tombe sous les coups du sadique.

Le lendemain, D’Amato part à sa recherche mais ne peut trouver sa dulcinée. Pas franchement inquiet, il aboutit finalement dans la demeure de Parisi, laquelle semble uniquement peuplée de personnages excentriques : son épouse érotomane (!) aux tendances lesbiennes Eleonora, sa nièce frustrée Sara, l’étrange majordome Alberto, la bonniche nymphomane Lucia et un médecin fort louche, le docteur Dalla. Resté pour le diner, D’Amato se montre très entreprenant envers Sara et découvre que Parisi a inventé un appareil photographique révolutionnaire capable d’imprimer sur pellicule les pensées des individus !

Souffrant d’un scénario particulièrement invraisemblable et stupide, LA POLIZIA BRANCOLA NEL BUIO se déroule en outre à un rythme languissant qui le rend soporifique en dépit d’une durée très réduite (environ 75 minutes). Incapable de développer le moindre suspense, Helia Colombo accumule ainsi les scènes inutiles et, entre deux meurtres filmés de manière pataude, multiplie les dialogues inconsistants.

Bien sûr, il recourt à de nombreuses scènes pseudo-érotiques d’un intérêt limité qui témoigne de la dégradation irréversible du thriller italien, lequel versait de plus en plus dans la vulgarité racoleuse pour maintenir l’attention défaillante d’un public lassé de ses intrigues interchangeables. L’inclusion d’un élément science-fictionnel (la machine capable de photographier les pensées) ne peut, hélas, sauver l’entreprise et constitue, au final, un médiocre gimmick permettant d’identifier le coupable dont les motivations resteront, d’ailleurs, obscures.

Coproduction avec la Turquie oblige, LA POLIZIA BRANCOLA NEL BUIO donne la vedette à Cüneyt Arkin (prudemment dissimulé sous le pseudonyme transparent de Joseph Arkin), la plus grande star du cinéma turc, vedette de trois cents films dont le « titre de gloire » en Occident reste le fameux nanar DÜNYAYI KURTARAN ADAM souvent référencé sous le sobriquet de « Turkish Star Wars ». L’acteur incarne ici un journaliste playboy dont le rôle se limite essentiellement à draguer les jeunes femmes et à palabrer en attendant la résolution de l’énigme. Le photographe inventeur finit, en effet, par imprimer les pensées de ses invités après avoir tripatouillé une machine toute droit sortie des rebus de Star Trek et découvre…Chut, ne dévoilons pas la solution du mystère qui, seule, permet d’atteindre la fin du long-métrage sans sombrer dans le sommeil.

Budget misérable (in)digne d’une série Z, réalisation anémique, interprétation calamiteuse, photographie terne, scénario idiot, dialogues affligeants, coupable apparemment choisi au petit bonheur la chance,… LA POLIZIA BRANCOLA NEL BUIO accumule les bémols au point que le site spécialisé Euro Fever l’a jadis qualifié de « worst giallo of the 70’s ».

Sans doute avec raison.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2013