PORNO HOLOCAUST
Titre: Porno Holocaust /
Orgasmo nero II - Insel der Zombies
Réalisateur: Joe D'Amato
Interprètes: George Eastman

 

Mark Shannon
Annj Goren
Dirce Funari
Lucia Ramirez
Joe D'Amato
 
Année: 1981
Genre: Porno / Horreur
Pays: Italie
Editeur Bach Films
Critique:

Grand pourvoyeur du cinéma d’exploitation durant les années ’70, Joe d’Amato fut un des premiers cinéastes à mélanger horreur et pornographie de manière « sérieuse ». Bien sûr il existait déjà des tentatives précédentes utilisant un argument fantastique pour proposer des scènes hard mais ces métrages utilisaient souvent l’horreur à très faibles doses.

HARDGORE et des titres comme FORCED ENTRY ou DEFIANCE OF GOOD avaient toutefois pavés la voie ensuite empruntée par d’Amato, lequel offrit au monde des produits racoleurs et outranciers comme EMANUELLE EN AMERIQUE, CALIGULA 2, et, dans un registre plus soft, PAPAYA et le très divertissant EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES.

A la fin des seventies, alors que la vague des morts vivants s’abat sur l’Italie suite au succès de ZOMBIE de Romero et de ses décalques comme L’ENFER DES ZOMBIES ou ZOMBIE HOLOCAUST, Joe d’Amato s’offre des vacances dans les Caraïbes et tourne une série de séries Z rapidement emballées jouant la carte du gore et du sexe. BLACK ORGASM, BLACK SEX, PAPAYA LOVE GODDESS OF THE CANNIBALS (un softcore), LA NUIT FANTASTIQUE DES MORTS VIVANTS,… Rien de très glorieux mais l’occasion pour une équipe réduite de se payer du bon temps sur une île paradisiaque. On a connu motivation plus stupide.

Bref, PORNO HOLOCAUST s’inscrit dans cette saga de sous-produits vite fait mal fait devenus vaguement cultes auprès des amateurs d’exploitation, ne serait ce que par son titre suggestif et irrésistible cherchant à surenchérir sur ses contemporains (CANNIBAL HOLOCAUST et ZOMBIE HOLOCAUST). Malheureusement, depuis l’avènement du DVD (et d’Internet) de nombreux métrages « cultes parce qu’invisibles » sont devenus facilement trouvables. Or, souvent, la réalité s’est avérée bien moins intéressante que les fantasmes des cinéphages et PORNO HOLOCAUST ne fait, hélas, pas exception.

Dans une région tropicale, le capitaine de navire O’Day (Mark Shannon) accepte d’emmener une petite expédition composée majoritairement de scientifiques parisiennes à la libido surdéveloppée sur une île inhabitée réputée maudite. 20 ans plus tôt, l’endroit servit en effet de zone de test à des bombes nucléaires et, depuis, un monstre hante les lieux, du moins selon les racontars des natifs, lesquels s’appuie sur des cadavres horriblement mutilés découverts régulièrement à proximité de l’île. Le professeur Lemoir (le grand acteur bis George Eastman, également scénariste de ce métrage) mène donc les savants, à savoir la physicienne Annie Darmon, la comtesse St Jacques, Simone Keller et le mari de cette dernière. Tout ce petit monde semble surtout intéressé par un échange de fluides corporels et la raison de l’expédition, la collecte d’échantillons, passe au second plan. Mais un monstre mutant vient décimer les scientifiques et ceux-ci vont devoir lutter pour survivre.

En dépit d’un titre prometteur, PORNO HOLOCAUST joue essentiellement la carte de la pornographie, l’aspect gore se voyant reléguer à la seconde moitié du métrage et restant en outre peu développé. Bien trop long (1h50 quand même ! 1h50!) et manquant terriblement de rythme, PORNO HOLOCAUST ne révèle son mutant monstrueux qu’au bout de 70 minutes. Frustrant, d’autant que le maquillage approximatif rend la créature plus ridicule qu’effrayante. Les passages sanglants, fort brefs, souffrent aussi d’effets spéciaux rudimentaires et les victimes semblent avoir simplement été hâtivement barbouillées de bolognaise.

L’essentiel reste les séquences X, lesquels interviennent avec une belle régularité. Rien de particulier à signaler non plus à ce niveau, juste une routine assez lassante et une retenue relative privilégiant les plans larges au détriment des épuisants gros plans chirurgicaux de mise dans le porno récent. Les actrices sont heureusement jolies et possèdent une beauté naturelle rafraichissante plutôt bienvenue en ces temps de poupées gonflantes siliconées.

Si Dirce Funari se contente de passages softcore et de deux intermèdes lesbiens, Annj Goren, pour sa part, ne ménage pas ses efforts et participe à de nombreuses scènes explicites dont un duo avec deux « prostitués » black. Lors du final, la belle sera même sauvagement violée par le monstre qui va littéralement déchirer son intimité à l’aide d’un membre mutant surdéveloppé ! La classe selon Joe d’Amato! Lucia Ramirez, de son côté, se paie régulièrement du bon temps en compagnie de Mark Shannon tandis que George Eastman et Joe d’Amato (jouant un journaliste en quête d’un scoop juteux), pas fiers, observent l’action sans y participer activement. Ces acteurs se retrouvent d’ailleurs dans quasiment tous les « porno gore » réalisés par d’Amato aux Caraïbes, l’idée étant simplement de mettre en boite un paquet de séries Z à destination des marchés internationaux en s’offrant des vacances prolongées sous les tropiques.

Médiocre et mal fichu, PORNO HOLOCAUST reste toutefois plus supportable que sa catastrophique réputation ne le laisse supposer. Les passages hardcore, routiniers, n’en restent pas moins agréables et se déroulent dans des extérieurs splendides évidemment photogéniques. Joe d’Amato compose d’ailleurs quelques plans sympathiques et use d’une photographie chaude et baignée de soleil tranchant agréablement sur les tournages en intérieurs de la plupart des X. Le côté rétro, accentué par le charme authentique des actrices, se voit magnifié par une bande sonore relativement efficace et les rares passages gore, même mal ficelés, n’en sont pas moins divertissants.

Dommage que Joe d’Amato étire son métrage au-delà du supportable, une version plus courte d’une demi-heure aurait sans doute paru nettement plus digeste et réussie. En dépit de tous ses nombreux défauts il s’avère finalement difficile de détester PORNO HOLOCAUST. Son titre attrayant, ses interprètes féminines à la beauté naturelle, la présence de George Eastman, le monstre ringard mais rigolo, les brèves scènes gore, les nombreux passages « hot », la photographie, l’environnement dépaysant,…tout cela confère au film un certain charme parvenant à transcender son authentique nullité.

De toutes manières, les fans de cinéma d’exploitation voudront probablement y jeter un œil, ne serait ce que par curiosité et pour pouvoir simplement dire qu’ils l’ont vu. Et c’est toujours plus divertissant que les minables tentatives récentes de porno-gore allemands... même si ça ne vole pas bien haut.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011