L'ENTERRE VIVANT
Titre: The Premature Burial
Réalisateur: Roger Corman
Interprètes: Ray Milland

 

Hazel Court
Richard Ney
Alan Napier
Dick Miller
 
 
Année: 1961
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur  
3 /6
Critique:

Roger Corman revient avec une troisième adaptation d'un conte d'Edgar Allan Poe produite par l'American International Pictures. Au départ, le métrage n'était pourtant pas prévu pour AIP, Corman souhaitant gagner un peu plus d'argent en le réalisant hors du giron de la compagnie. Malheureusement, sans les fonds de l'AIP, le cinéaste devait compter sur un budget encore inférieur à ceux, déjà réduits, de LA CHUTE DE LA MAISON USHER et LA CHAMBRE DES TORTURES.

Autre différence, qui découle de ce manque d'argent, Vincent Price se révèle trop onéreux pour Corman et ce dernier se résout à engager pour le rôle principal Ray Milland. Un choix un peu malheureux, l'acteur n'étant guère à son aise dans ce registre. Milland, né en 1905 et décédé en 1986, fut pourtant une grande star du milieu des années 30 jusqu'au début des fifties. LE POISON, de Billy Wilder, lui valut d'ailleurs un Oscar en 1945. Avant L'ENTERRE VIVANT, une de ses dernières compositions marquantes était sans doute celle du tennisman assassin du CRIME ETAIT PRESQUE PARFAIT de Hitchcock, en 1954.

Pourtant, au final, l'AIP rachèta les droits de la nouvelle au grand dam de Corman. Et finalement, L'ENTERRE VIVANT bat bien le pavillon de l'AIP, sans en posséder les éléments significatifs (à savoir Vincent Price et un minimum de budget). Mais le film se contente, globalement, de reproduire la formule gagnante des 2 précédents. Malheureusement, la recette, usée, ne fonctionne plus vraiment.

Une fois de plus, un étranger arrive dans une demeure isolée. Sauf qu'ici il s'agit d'une belle jeune femme, Emily, venue rendre visite à son fiancé, Guy. Malgré les protestations de la sœur de Guy, Kate, la demoiselle insiste pour rencontrer son fiancé, lequel se croit victime d'une malédiction. Sa hantise réside dans la catalepsie et il est persuadé qu'un jour il finira par être enterré vivant, puisque tout un chacun le croira décédé. Guy accepte finalement d'épouser Emily mais, de plus en plus obsédé par sa crainte, se construit une tombe recélant de nombreux moyens de s'échapper, au cas où le pire arriverait. Sur les conseils de son ami médecin, le Dr Archer, notre homme finit pourtant par prendre le risque de vivre une vie normale en compagnie de sa femme. Comme Guy ne parvient pas à trouver le repos, le médecin lui suggère d'ouvrir la tombe paternelle. Or, cela prouve que le père de Guy a bien été enterré vivant! Sous le choc, Guy tombe en catalepsie et tout le monde le croit mort. Heureusement pour lui, deux pilleurs de sépulture viennent le délivrer de son horrible sort…Et de la traditionnelle machination élaborée par Charles Beaumont, le scénariste intérimaire remplaçant l'habitué Richard Matheson.

Le public ne sera sans doute pas dupe longtemps de ce schéma trop familier, comprenant facilement où les auteurs veulent nous mener. "The weakest entry in Corman's Poe cycle" prévient d'entré l'Aurum Encyclopedia, référence incontournable du cinéma d'épouvante. Et, malheureusement, L'ENTERRE VIVANT parvient difficilement à passionner le spectateur, surtout si celui-ci a vu précédemment les 2 premières adaptations de Poe par Corman.

L'intrigue suit exactement le schéma établi par LA CHUTE DE LA MAISON USHER et LA CHAMBRE DES TORTURES avec ce personnage à moitié fou convaincu qu'une malédiction ancestrale pèse sur sa famille, le (ou la) visiteur débarquant dans une maison isolée, la conspiration visant à rendre fou le principal protagoniste, l'inéluctable destin qui va finalement confirmer ses craintes les plus sinistres et la soi-disant mort du "héros", suivi de son retour d'entre les morts pour une vengeance implacable.

Bien sûr, L'ENTERRE VIVANT demeure un agréable petit film fantastique. En dépit d'un script déjà vu, d'acteurs tout juste corrects (Ray Milland étant clairement un pauvre substitut pour Vincent Price et le reste de la distribution ne paraissant pas vraiment concernée) et de moyens restreints, Roger Corman maintient un minimum de savoir-faire.

Mais l'ensemble manque vraiment de conviction et d'intérêt pour s'élever au-dessus d'une honnête curiosité pour les "complétistes" du genre.

Fred Pizzoferrato - Mars 2007