PRISON TRES SPECIALE POUR FEMMES
Titre: Prison très spéciale pour femmes
Réalisateur: Gérard Kikoïne
Interprètes: Olinka Hardiman

 

Monique Carrère
Connie Hörnum
Alban Ceray
Jean-Pierre Armand
Olivier Mathot
Piotr Stanislas
Année: 1982
Genre: Porno / Women In Prison
Pays: France
Editeur Alpha France
Critique:

En 1982, Gerard Kikoïne a déjà une belle carrière derrière lui, devenu un véritable spécialiste du porno de qualité, souvent loué pour l’inventivité de ses scènes hard, son humour et le soin apporté à ses mises en scènes. Il s’attaque dès lors au thème, éminemment fantasmatique, des prisons de femmes, un sous genre crapoteux du cinéma d’exploitation revenu sous les feux de l’actualité par le biais d’une palanquée de séries B (ou Z) qui firent les beaux jours des vidéoclubs durant les années ’80.

L’intrigue de PRISON TRES SPECIALE POUR FEMMES, simpliste, convie tous les clichés du Women In Prison : le directeur d’un cours privé de français est associé avec un réseau de traite des blanches fonctionnant sur la région parisienne. Des jeunes étudiantes esseulées, qui ne manqueront à personne, sont arrêtées par de faux flics et conduite dans une prison de femmes. Sur place, elles sont, bien évidemment, soumises aux désirs pervers des gardiens et gardiennes. Après un dressage sévère, les demoiselles sont expédiées dans un harem du Moyen-Orient…

A l’image des Women In Prison traditionnels, cette variation porno égrène les situations attendues comme l’inévitable scène de douche commune, l’examen médical qui dégénère, les matons voyeurs ou les scènes saphiques plus ou moins contraintes. L’intrigue, elle, reste bien sûr minimaliste mais relativement cohérente et scénarisée, ce qui permet de maintenir l’attention du spectateur hors des passages chauds.

Ceux-ci occupent cependant la moitié du temps de projection et deviennent quelque peu répétitif durant la dernière demi-heure. Heureusement, le cinéaste reprend ensuite le fil de son récit et suit les pas du petit ami d’une des détenues qui, sans nouvelles de sa belle, tente de la retrouver. Un passage avec de pervers Scheiks arabes ridiculement vêtus se rapproche, pour sa part, des bandes dessinées pour adultes les plus caricaturales. On sourira néanmoins devant l’accent impayable des comédiens cabotins qui s’exclament « Vas y salope, fait jaillir mon pétrole ». Le final se conforme une fois de plus aux standards du Women In Prison avec une évasion de prisonnière poursuivie par des gangsters armés.

On regrettera seulement l’absence quasi-totale de violences et de sévices (une seule flagellation !), éléments pourtant considérés comme indissociables de ce sous-genre. Mais le mélange sexe et violence a toujours été délicat et sévèrement réprimé par la censure…

Du côté du casting, le cinéaste convie dans le rôle principal Olinka Hardiman, célèbre starlette de l’époque qui exploita sa frappante ressemblance avec Marylin Monroe dans une quarantaine de long-métrages classés X. Elle joue plutôt juste, dans les limites du genre évidemment, et les dialogues, souvent humoristiques ou décalés (« je n’ai plus d’encre dans mon porte plume »), rendent l’entreprise agréable. A noter que l’actrice se voit alternativement appelée Christine ou Olinka par ses partenaires, lesquels, dans le feu de l’action, en oublie leur texte. On leur pardonnera ce manque de professionnalisme bien excusable au vu du physique avenant d’Olinka.

Les autres actrices incluent Monique Carrère qui avait débuté dans le très sympathique LA CLINIQUE DES FANTASMES du même Kikoïne avant d’alterner porno et comédie gauloise comme FAUT S’LES FAIRE SES LEGIONNAIRES ! ou CHARLOTS’ CONNECTION.

Chez les mâles, pas de surprise, tous les gros membres du hard français de l’âge d’or répondent présents : Alban Ceray (dans le rôle d’un certain Don Corleone !), Jean-Pierre Armand, Jacques Marboeuf et Piotr Stanislas. Signalons aussi la présence, en professeur de français, du distingué Olivier Mathot, second rôle inusable du cinéma bis aperçu dans d’innombrable productions Eurociné ou Jess Franco.

D’une durée réduite (à peine 72 minutes), PRISON TRES SPECIALE POUR FEMME ne perd pas son temps et avance à un rythme alerte, servi par la réalisation toujours très correcte de Gerard Kikoïne. Ce-dernier joue d’ailleurs totalement la carte de l’exploitation et se moque de son manque de budget, tout comme de ses décors minimalistes (in)dignes d’un WIP de Jess Franco ou Bruno Mattei.

S’il n’est surement pas un classique de cinémathèque, ce PRISON TRES SPECIALE POUR FEMMES ne démérite pas parmi les nombreux Women In Prison des années ’80. Les amateurs de ce genre de spectacle qui se désolent de leur érotisme trop « soft » seront, par conséquent, ravis devant cette déclinaison hardcore relativement plaisante dans les limites de ses très modestes ambitions.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2013