PRISONER OF PARADISE (NAZI LOVE ISLAND)
Titre: Gail Palmer's Prisoner of Paradise / Nazi Love Island / Nassau
Réalisateur: Bob Chinn & Gail Palmer
Interprètes: John Holmes

 

Seka
Sue Carol
Jade Wong
Nikki Anderson
Mai Lin
Gail Palmer
Année: 1980
Genre: Porno / Naziexploitation / Women In Prison
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Devenu une trilogie culte, la saga « Ilsa » (qui comprend officiellement ILSA LA LOUVE DES SS, ILSA LA CHIENNE DU CHEIK et ILSA LA TIGRESSE DE SIBERIE) se vit adjoindre un quatrième opus signé Jess Franco, le bien connu ILSA ULTIMES PERVERSIONS dans lequel Dyanne Thorne reprend son célèbre rôle de tortionnaire nazie. Si d’autres dérivés furent envisagés à la fin des années ’70 (dont le mythique mais jamais tourné « Ilsa meets Bruce Lee in the Bermuda Triangle »), et que de nombreuses naziexploitations exploitèrent un procédé identique en variant simplement le prénom de « l’héroïne » (HELGA LA LOUVE DE STILBERG, ELSA FRAULEIN SS, ERIKA LES DERNIERS JOURS DE LA SS), il n’y eut plus, par la suite, de « Ilsa » officiels.

Cependant, la popularité de la franchise fut suffisante pour que le personnage ait droit à son détournement dans un porno méconnu de 1980, PRISONER OF PARADISE, également disponible sous le titre plus racoleur de « Nazi Love Island ». De manière surprenante, ce long-métrage ne se contente pas de surenchérir graphiquement sur la saga officielle mais prend le temps de construire un semblant d’intrigue.

Joe, un soldat américain, échoue, durant la Seconde Guerre Mondiale, sur une île supposée déserte. Il s’y souvient du destin tragique de sa compagne, Sue, tuée lors d’un raid aérien. Inconsolable, notre militaire tente de survivre, en parfait Robinson Crusoe. Il établit son camp au son d’une chanson sirupeuse, se nourrit de noix de coco et prend des douches sous des cascades. Explorant l’île, Joe découvre l’existence d’un camp nazi dirigé par les bourreaux féminins Ilsa et Greta, sous les ordres du sadique commandant Heinz. La principale occupation de ce petit monde, aidé par la Japonaise Suke, consiste à saluer le drapeau, écouter de la musique « teutonne », boire du Schnaps et, bien sûr, torturer, fouetter et violer deux captives américaines, pour les contraindre à dire « j’aime le Furher ».

Après une tentative d’évasion des prisonnières orchestrées par John Holmes, celui-ci est « condamné » à coucher avec Ilsa pendant que Greta trouve une utilisation inédite et plus pacifiste à son Luger dont la crosse phallique lui inspire bien du plaisir. La scène se déroule sous le regard concupiscent du commandant, assis devant un drapeau nazi, et de la gardienne japonaise soudainement tout excitée devant le membre monumental de John Holmes. Forcément, la « Chevauchée des Walkyries » rythme les ébats de ce petit monde. Le héros rejoint ensuite la Nippone, parvient à s’évader et mène ses compagnes vers la liberté en utilisant une mitrailleuse pour repousser les Nazis avant de détruire le camp par le feu.

Tourné à la fin de l’âge d’or du porno, PRISONER OF PARADISE est une oeuvrette curieuse qui ne sait pas toujours sur quel pied danser. La première scène hard, entre John Holmes et la débutante Mai Lin est ainsi adroitement filmée et empreinte d’un romantisme aujourd’hui disparu de la production pornographique. Cette tendre relation se termine par la vision de Holmes qui pleure en serrant dans ses bras la défunte, tuée lors d’un raid aérien (des « images d’archives » teintées et apparemment extraites de la superproduction TORA ! TORA ! TORA !). Les autres passages chauds, plus classiques mais potables, incluent généralement John Holmes qui s’occupe d’abord de Seka puis de Jade Wong. Les scènes X sont, d’ailleurs, peu nombreuses selon les standards actuels, ce qui n’est pas nécessairement négatif à condition, bien sûr, de proposer quelque chose d’intéressant entre les passages osés. Or, ici c’est souvent loin d’être le cas comme en témoigne, par exemple, les longs errements de John Holmes sur l’île supposée déserte où il tente de communiquer la douleur ressentie par son deuil par son jeu habité et quelque peu cabotin.

L’acteur (un des plus prolifique du X puisqu’il apparaît dans plus de 2200 long-métrages) est, de toutes manières, largement mis en vedette et apparait comme la véritable star de l’entreprise, bien davantage que ses partenaires féminines pâmées devant son incroyable « engin de travail ». A ses côtés, Seka apparaît malheureusement comme un pauvre substitut à la véritable Ilsa campée par Dyane Thorne et ne développe jamais la perversité de la véritable louve des SS.

Sans doute pour éviter tous problèmes de censure, PRISONER OF PARADISE évite de s’appesantir sur l’imagerie nazie, les tortures ou tous autres sujets pouvant porter à controverse. Loin d’une version hardcore d’ILSA LA LOUVE DES SS, ce modeste porno se contente donc d’en utiliser le décorum minimum (swastika, commandant botté de cuir, uniformes tout droit sortis d’ILSA LA CHIENENE DU CHEIK, musique wagnérienne) pour aboutir à un résultat tiède et sans saveur particulière.

L’originalité relative du sujet, le tournage en extérieur, la mise en scène un peu moins relâchée que de coutume assurée par le déjà vétéran Bob Chinn (qui tourna du X dès 1970 et imposa le personnage fétiche de Holmes, le détective privé Johnny Wadd dans le film éponyme), les scènes hard correctes et la beauté de Seka rendent cependant PRISONER OF PARADISE potable à défaut de véritablement réussi.

Mais cette association, à la fois évidente et quelque peu contre nature, entre la naziexploitation et la pornographie laisse, au final, le spectateur sur sa faim. Le sujet méritait davantage d’audaces et moins de retenue dans le vice.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013