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PROPHECY appartient à la vague, typiquement seventies, des films fantastiques à tendance écologique, la menace de la pollution remplaçant la crainte de l’énergie atomique dans des titres comme SOUDAIN LES MONSTRES ou DAY OF THE ANIMALS. A ces considérations sur une possible « revanche de la nature sur l’homme » s’ajoute le principe de l’animal gigantesque venant commettre un petit carnage dans une région bien définie. PROPHECY succède donc au classique LES DENTS DE LA MER, lui-même déjà suivi par une poignée de métrages plus ou moins convaincants comme GRIZZLY, ORCA ou PIRANHAS. La popularité de ces films conduit le cinéaste John Frankenheimer à accepter cette commande de la Paramount même si il n’est guère familier du genre. Cinéaste éclectique généralement doué, Frankenheimer (1930 – 2002) a œuvré avec bonheur dans le thriller paranoïaque (UN CRIME DANS LA TÊTE), le film de guerre (LE TRAIN), le film catastrophe (BLACK SUNDAY) ou le polar musclé (DEAD BANG, RONIN). Il eut, par contre, moins de succès avec sa piètre version de L’ÎLE DU Dr MOREAU et ce PROPHECY témoigne, lui aussi, de son peu d’implication dans le fantastique. Le cinéaste considérait d’ailleurs PROPHECY comme son plus mauvais film et blâmait la faiblesse du script, pourtant signé de David Seltzer, lequel venait de rédiger l’excellent scénario de LA MALEDICTION.
Une énorme papeterie, dirigée par un nommé Isley, tourne à plein régime dans une région reculée du Maine, provoquant les protestations des Indiens vivants dans la région, mené par John Hawks et sa sœur Ramona. Médecin habitué aux pires quartiers des ghettos américains, le désillusionné Robert Verne y part en compagnie de son épouse, Maggie, pour enquêter sur les risque de pollutions. A peine arrivé, le docteur assiste à un combat furieux entre Hawks, armé d’une hache, et un des gardes d’Isley brandissant une tronçonneuse. L’affrontement tourne au désavantage de l’Indien mais celui-ci finit par rencontrer Verne et lui affirme que la papeterie déverse dans la nature de dangereux produits chimiques. Au fil des jours, le docteur Verne commence à penser que John Hawks pourrait avoir raison. Il découvre, en effet, un têtard de cinquante centimètres, un immense saumon ou d’étranges fœtus avant d’être attaqué dans sa demeure par un raton laveur particulièrement agressif. Dans le même temps, les problèmes de couple des Verne s’accentuent, Robert refusant catégoriquement l’idée de procréer tandis que Maggie, décidée à enfanter, lui cache sa grossesse. Poursuivant son enquête, le médecin soupçonne les businessmen d’utiliser du mercure, bon marché, lors de leurs activités industrielles ce qui aurait entrainé d’effroyables mutations. Bientôt, les Verne, Isley, Hawks et quelques autres sont traqués par un immense ours mutant, résultat de la pollution locale et identifié par les Indiens au légendaire Catadine, le défenseur de la forêt. Si le métrage débute de manière brutale par l’attaque mystérieuse d’une poignée d’alpinistes, la suite se révèle, hélas, beaucoup moins intéressante et accuse un ventre mou prononcé, le cinéaste se concentrant sur les difficultés de l’héroïne à dévoiler sa grossesse à son mari, réfractaire à la paternité. Le possible empoisonnement du fœtus par la nourriture, contaminée par le mercure, complique encore la situation et donne quelques sueurs froides à la jeune femme. Si ces scènes confèrent indéniablement une certaine épaisseur aux principaux protagonistes, elles entrainent également de regrettables baisses de rythme, John Frankenheimer délaissant l’épouvante mais ponctuant cependant le récit de quelques attaques variablement réussies.
Le casting, solide, comprend Armand Assante (LA TAVERNE DE L’ENFER, J’AURAIS TA PEAU,…) dans le rôle d’un Indien combattif, Richard Dysart (PALE RIDER, THE THING, METEOR) et le couple vedette composé de Talia Shire et Robert Foxworth. La première doit l’essentiel de sa célébrité aux sagas ROCKY et LE PARRAIN, le second est connu pour son rôle récurent dans le feuilleton fleuve « Falcon Crest » mais également pour LES NAUFRAGES DU 747 et DAMIEN – LA MALEDICTION 2. Même si les interprètes se montrent concernés par leur rôle, difficile toutefois de s’intéresser à leur personnage, caricaturaux au possible, en particuliers Assante, véritable cliché ambulant (« j’ai étudié vos lois mais elles ne s’appliquent pas aux Indiens, j’ai étudié votre langue mais vous ne voulez pas entendre »). Malheureusement, les effets de maquillage, pourtant confectionné par le studio de Thomas Burman (HALLOWEEN 3, HAPPY BIRTHDAY TO ME, LA FELINE,…), manquent de réalisme et le monstre mutant n’est guère convaincant. Si le design de la créature s’avère original (une sorte d’ours gigantesque à la peau retournée et aux chairs à vif), il manque vraiment de naturel dans les scènes d’attaques et on comprend que John Frankenheimer ait souhaité limiter ses apparitions au maximum. Peu sanglantes et souvent confuses, les mises à morts émaillant le métrage ne dégagent pas la férocité escomptée et versent même dans le comique involontaire, comme en témoigne la mort, particulièrement absurde, d’un jeune randonneur tentant de fuir emmitouflé dans son sac de couchage.
Au final, PROPHECY se laisse distraitement regarder mais, en dépit d’un budget conséquent et des noms prestigieux figurant au générique, ressemble surtout à une sorte de série B de luxe. Reprenant tous les poncifs des « monster movies » des années ’50 en y greffant quelques considérations écologiques dans l’air du temps, PROPHECY n’a rien d’un chef d’œuvre oublié mais demeure suffisamment divertissant pour mériter une vision nostalgique même si un peu de second degré aidera sans doute à l’apprécier à sa « juste » valeur.
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Fred Pizzoferrato - Janvier 2011 |
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