LE DOSSIER ROSE DE LA PROSTITUTION
Titre: Prostituzione
Réalisateur: Rino di Silvestro
Interprètes: Maria Fiore

 

Elio Zamuto
Krista Nell
Orchidea de Santis
Magda Konopka
Andrea Scotti
Liana Trouche
Année: 1974
Genre: Thriller / Giallo / Erotique (Porno)
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1974, LE DOSSIER ROSE DE LA PROSTITUTION témoigne de la triste évolution du giallo, ici simple prétexte à de nombreuses scènes érotiques plaquées sur une trame archi-convenue. Une jeune fille de vingt-deux ans, Gisèle, est découverte assassinée dans un quartier chaud.

L’enquête de police établit rapidement qu’elle s’y livrait, de manière occasionnelle, à la prostitution afin de payer ses études universitaires. Cependant, une boite à musique de grande valeur, retrouvée dans l’appartement de la demoiselle, intrigue l’inspecteur chargé de l’affaire. Peu à peu, le flic découvre un sordide chantage auquel se prêtait Gisèle avec la complicité d’un photographe amateur, lequel prenait des clichés compromettants des clients de la belle de nuit.

Les amateurs de bis italien connaissent le style putassier de Rino di Silvestro, coupable de productions racoleuses comme LA VIE SEXUELLE DANS LES PRISONS DE FEMMES, A 16 ANS DANS L’ENFER D’AMSTERDAM ou LES DEPORTEES DE LA SECTION SPECIALLE SS. Son approche du giallo se traduit donc par un film sans grand intérêt qui privilégie essentiellement les scènes sordides ou voulues érotiques. Une tendance accentuée par la catastrophique version française qui comprend d’inutiles et pénibles inserts pornographiques, à côté de très longues séquences déjà aux limites du hard dont une orgie peu excitante.

Soucieux, plus ou moins consciemment, de ne pas présenter la prostitution sous un jour attrayant, Rino di Silvestro filme platement ses scènes de sexe (difficile, en effet, de leur adjoindre l’adjectif « érotiques ») et offre un spectacle glauque ou s’enchainent partouzes tristounettes, sodomie forcée et viols collectifs. L’aspect policier, pour sa part, se perd en route et, arrivé au terme du long-métrage, le spectateur se fiche totalement de connaître l’identité et les motivations du tueur.

Une sous-intrigue se développe également cahin-caha, celle d’un jeune homme qui, après avoir couché avec une prostituée, invite ses amis à profiter gratuitement et sauvagement de la demoiselle. Une bande de motards se charge ensuite d’organiser une expédition punitive qui se termine par l’introduction brutale d’une bouteille dans l’anus de l’indélicat. La scène, traitée à la manière d’un western spaghetti (musique évocatrice incluse !) reste une des seules valables dans cet océan de platitudes.

Le film flirte aussi, vaguement, avec le « poliziesco », ces polars musclés à l’italienne dans lequel les flics, forcément réactionnaires, aiment à appliquer une justice expéditive. LE DOSSIER ROSE DE LA PROSTITUTION se rapproche, par conséquent, de ces hybrides entre le giallo et le polar burné, apparus dans la seconde moitié des années ’70, et dont le plus bel exemple reste LA LAME INFERNALE.

Le thème de la prostitution occasionnelle de jeunes filles vénales se retrouvent d’ailleurs dans ce dernier titre, tout comme dans MAIS QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ?, ENIGMA ROSSO ou MORT SUSPECTE D’UNE MINEURE, pour ne citer que les titres les plus connus. Cependant, Rino di Silvestro cherche manifestement moins à discuter d’un problème de société qu’à exciter / horrifier le bourgeois en exposant, hypocritement, ce qu’il dénonce, à savoir la condition misérable de demoiselles conduites à la prostitution par appât du gain facile.

Entre le giallo de bas étage, le polar « choc », le soap-opéra pseudo documentaire sur les milieux de la prostitution et l’érotisme sadique, LE DOSSIER ROSE DE LA PROSTITUTION se révèle surtout une oeuvrette de pure exploitation, réalisée de manière expéditive, bâclée et complaisante.

La pauvreté sidérante de la mise en scène, réduite à sa plus simple expression, et le côté agaçant de la bande sonore achèveront les plus indulgents. Seule la présence de quelques starlettes italiennes à la cuisse légère comme Orchidea de Santis, Maria Fiore, Krista Nell ou Lucretia Love relève la sauce de ce produit indigeste à réserver aux inconditionnels du giallo qui désirent voir tous les films de se « filone ». Les autres s’abstiendront avec raison.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2013