PULSIONS
Titre: Dressed To Kill
Réalisateur: Brian De Palma
Interprètes: Michael Caine

 

Nancy Allen
Angie Dickinson
Keith Gordon
Dennis Franz
David Margulies
Ken Baker
Année: 1980
Genre: Thriller / "Giallo"
Pays: USA
Editeur Carlotta
Critique:

Réalisé en 1980, PULSIONS poursuit l’exploration du thriller à suspense entamée par Brian DePalma avec SŒURS DE SANG et OBSESSION. Cette fois, cependant, aux évidents emprunts hitchcockiens du scénario s’ajoute une fascination pour le giallo à l’italienne dont PULSIONS peut se targuer d’être une des plus belles et convaincantes déclinaisons américaines.

Assassin vêtu de cuir noir, meurtre au rasoir, scène de douche, érotisme prononcé, intrigue tortueuse jouant des faux-semblants, rebondissements en cascade et retournement de situation finale, fantasmes féminins volontiers masochistes, mélodie angoissante et sensuelle…DePalma égrène les conventions du giallo avec une bonne santé réjouissante qui devrait ravir les amateurs.

Kate Miller, quadragénaire frustrée, se plaint de sa vie sexuelle auprès de son psychiatre, le docteur Robert Elliott. Kate, qui aime fantasmer sur des inconnus et imaginer des scénarios masochistes basés sur le viol, passe ensuite son après-midi dans un musée. Elle y rencontre un homme et entame un jeu de séduction qui se termine par une aventure torride. Après avoir découvert que son amant souffre d’une maladie vénérienne, Kate quitte l’appartement paniquée et prend l’ascenseur pour rentrer chez elle. Malheureusement, elle tombe sur une blonde mystérieuse qui la tue à coup de rasoir. L’unique témoin de la scène, une call-girl nommée Liz Blake, devient aussitôt à la fois suspecte et cible potentielle de la meurtrière. Avec l’aide de Peter, le fils de Kate, elle tente de coincer l’assassin.

Prenant probablement pour base de son travail le PSYCHOSE d’Hitchcock, Brian DePalma se laisse ici pénétrer par l’influence d’un autre disciple avoué du maitre du suspense, Dario Argento, dont il reprend plusieurs lieux communs, à commencer par les crimes au rasoir qui laissent les pauvres victimes baignant dans leur sang. Le traumatisme du meurtrier et les nombreux jeux de reflets (par exemple sur les miroirs) témoignent, eux aussi, de l’attrait exercé par le giallo sur Brian DePalma, lequel ne se prive pas d’en reprendre une autre caractéristique, à savoir l’érotisme prononcé et voyeuriste.

Dès la première scène, PULSIONS orchestre donc un scénario fantasmatique vécu par une Angie Dickinson occupée à se savonner sous la douche tout en s’imaginant « victime » d’un viol. Le cinéaste joue la carte sexy et dénude totalement sa vedette (doublée pour les gros plans de son intimité) afin d’entamer son long-métrage de façon attractive. Acceptant son côté ludique et l’inévitable désaveu de ses détracteurs (lesquels voient souvent en lui un Hitchcock bis se complaisant dans les grosses ficelles), DePalma flirte sans retenue avec le cinéma d’expoitation dont il reprend les thématiques (tueur inconnu, sexualité affichée, crimes sanglants) ici sublimées par une mise en scène virtuose.

La suite de PULSIONS, autrement dit le premier tiers du film, s’accorde à ce climat de drame érotique intimiste et multiplie les séquences visuellement ébouriffantes, en particulier celle du musée, un des sommets de la carrière de DePalma. Durant une dizaine de minutes dénuées de tout dialogue, la caméra précise du metteur en scène suit le jeu de séduction d’Angie Dickinson en se focalisant sur les détails, comme ce gant ou ces peintures volontiers sensuels qui augmentent le climat « sexy » de la séquence.

A la manière de PSYCHOSE, le film effectue toutefois un déboitement brutal lorsqu’Angie Dickinson, tout comme Janet Leigh (tout juste vingt ans plus tôt) meurt sous les coups d’un meurtrier mystérieux. A partir de là, le long-métrage s’intéresse à deux nouveaux protagonistes : une call-girl sympathique et un jeune homme débrouillard décidés à arrêter le criminel. La parenté avec le giallo se fait, dès lors, plus évidente et manifeste dans ce renversement de rôle qui voit la victime potentielle d’un assassin mener l’enquête afin de le démasquer. La suite devient donc une course pour les deux principaux protagonistes, joués par Keith Gordon et Nancy Allen afin de démasquer l’assassin, lequel sera, forcément, dévoilé lors d’un final efficace mais quelque peu prévisible.

Doté d’un casting classieux dominé par le toujours impeccable Michael Caine, PULSIONS se révèle une bande très divertissante, pleine de scènes formidables qui jouent habilement la carte d’érotisme et du suspense (excellent passage dans le métro).

Un excellent thriller dont la gratuité et le « mauvais goût » assumé (à l’instar de l’excellent BASIC INSTINCT ou du très plaisant JADE) sont véritablement réjouissants et sauront enchanter les amateurs qui se doivent de le découvrir (ou le redécouvrir) d’urgence.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2013