PUPPET MASTER IV
Titre: Puppet Master IV
Réalisateur: Jeff Burr
Interprètes: Gordon Currie

 

Chandra West
Ash Adams
Teresa Hill
Guy Rolfe
Felton Perry
Stacie Randall
Année: 1993
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Décidé à exploiter un filon porteur (la saga reste une des plus prolifiques et rentables de la Full Moon), Charles Band confie le quatrième volet des PUPPET MASTER à un spécialiste des séquelles, Jeff Burr. Un temps petit espoir du fantastique suite à son nostalgique et très réussi NUITS SANGLANTES (une anthologie à sketches présentée par Vincent Price), Jeff Burr signa ensuite le sanglant STEPFATHER 2 puis un MASSACRE A LA TRONCONNEUSE 3 intéressant en dépit d’un montage tripatouillé au point de le rendre incompréhensible. On lui doit aussi un médiocre PUMPKINHEAD 2, début de son déclin puisqu’il se vit, par la suite, condamné aux productions à petit budget.

PUPPET MASTER 4 témoigne, déjà, de l’essoufflement de Jeff Burr et fait pâle figure à côté du troisième épisode mais reste, dans l’ensemble, sympathique et distrayant à condition de ne pas en attendre davantage qu’une modeste série B. Décidé à changer son fusil d’épaule, sans doute dans la volonté de rendre les poupées plus populaires, PUPPET MASTER 4 poursuit le changement de perspective de PUPPET MASTER 3 et transforme les créations d’André Toulon en « héros » bienveillants.

Concierge dans le vieil hôtel réputé maudit de Bodega Bay, le jeune Rick Myers trompe son ennui en jouant à une sorte de « laser game » avec deux petits robots. Parfois, il tente également d’avancer dans son projet d’intelligence artificielle commandité par ses supérieurs, les docteurs Baker et Piper. S’approchant dangereusement du secret de la vie (« itself ! »), notre petit génie attire l’attention du démon Sutek et de ses séides, des monstres de trente centimètres de haut particulièrement hargneux.

Parallèlement, avec l’aide de la marionnette Blade, Rick découvre les créatures d’André Toulon et leur insuffle à nouveau la vie. Devant affronter les redoutables émissaires de Sutek, les poupées se résolvent à animer un des leurs encore incomplet mais déjà impressionnant, Decapitron, afin de se préparer à la bataille finale.

Jamais à court d’idée pour économiser les budgets, Charles Band recycle dans PUPPET MASTER 4 le Decapitron, lequel dispose de têtes multi-usages interchangeables et aurait dû bénéficier de son propre long-métrage. Un projet avorté dont on retrouve quelques éléments dans cet épisode des Puppet Master voyant, cette fois, les marionnettes d’André Toulon se placer du côté des « gentils » pour lutter contre des petits monstres fortement inspirés des Gremlins. Après la nostalgie de PUPPET MASTER 3, situé durant la Seconde Guerre Mondiale, PUPPET MASTER 4 joue, pour sa part, la carte technologique et verse plus volontiers dans la science-fiction. Aux poupées et aux démons s’ajoutent, par conséquent, des robots et des rayons laser, la franchise rajeunissant également son principal protagoniste (un geek d’une vingtaine d’années) pour se rapprocher, sans aucun doute, de son public cible.

Visuellement et techniquement, PUPPET MASTER 4 se révèle d’un honnête niveau et Jeff Burr donne un peu de style et d’ampleur à la franchise, du moins lors des séquences situées sur Terre car les passages dans la dimension parallèle où règne le démon Sutek se révèlent, malheureusement, faiblards. L’interprétation tout juste passable et la caractérisation minimale des personnages se voit, pour sa part, contrebalancée par des effets spéciaux nombreux et sympathiques en dépit de leur aspect souvent mal dégrossi et rudimentaire. Sutek lui-même s’apparente à un figurant engoncé dans un costume de caoutchouc ridicule tout droit sorti d’une série télévisée japonaise de type « sentaï ». Une dommageable faute de goût.

Un autre problème récurent de la franchise réside dans son manque de cohérence et ses nombreuses invraisemblances d’un épisode à l’autre : des personnages apparaissent ou disparaissent, les méchants d’hier deviennent les héros d’aujourd’hui et vice-versa et des pans entiers de l’intrigue sont évacués sans autre forme de procès. Plutôt qu’une fresque cohérente chaque volet doit par conséquent s’envisager comme globalement indépendant. A noter toutefois que PUPPET MASTER 4 se termine en queue de poisson au terme d’une heure et quinze minutes de projection et laisse ainsi la porte ouverte à l’inévitable PUPPET MASTER 5 tourné simultanément pour économiser le budget. Toujours aussi roublard, ce Charles Band.

Conscient du manque d’ambition du métrage, Jeff Burr y glisse quelques références cinéphiliques bien amenées (Indiana Jones et, forcément, FRANKENSTEIN via une scène de résurrection en provenance directe des classiques de la Universal) et se permet un zeste d’humour salutaire. Au niveau du gore, PUPPET MASTER 4 limite la violence à un niveau minimal, devenant ainsi un divertissement quasiment grand public destiné principalement aux adolescents avides de science-fiction et d’horreur « light ».

Dans l’ensemble et en dépit de ses faiblesses, PUPPET MASTER 4 demeure un petit film sans prétention qui parvient à divertir sans se montrer trop ennuyeux ou stupide. Pour la troisième séquelle, directement destinée à la vidéo, d’une modeste série B des années 80 c’est pratiquement déjà un exploit.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011