THE PYJAMA GIRL CASE
Titre: La ragazza dal pigiama giallo
Réalisateur: Flavio Mogherini
Interprètes: Ray Milland

 

Dalila Di Lazzaro
Michele Placido
Mel Ferrer
Howard Ross
Ramiro Oliveros
Rod Mullinar
Année: 1977
Genre: Drame / Thriller / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Rattaché par sa nationalité et les prémices de son intrigue au giallo, THE PYJAMA GIRL CASE se révèle toutefois beaucoup plus proche d’un whodunit policier traditionnel mâtiné d’un drame et saupoudré d’une pincée d’érotisme.

THE PYJAMA GIRL CASE s’inspire d’une véritable affaire criminelle survenue en Australie, en 1934 : la découverte, sur une plage, du corps d’une jeune femme défigurée âgée d’une trentaine d’année. Pour découvrir son identité, la police conserva le cadavre dans le formol et le rendit même accessible au public de Sidney afin de recueillir des informations à son sujet. L’affaire demeura irrésolue durant dix ans puis de nouvelles analyses permirent d’identifier la défunte comme étant Linda Agostini. Son époux, Tony, confessa finalement le meurtre, qu’il prétendit accidentel, thèse retenue par le jury qui le condamna de manière surprenante à seulement six ans de prison. Libéré au bout de quatre années, Tony Agostini retourna en Italie où il mourut en 1969. Aujourd’hui, des faits nouveaux laissent cependant penser que Linda Agostini n’était pas la « fille en pyjama » assassinée. Son époux ne serait peut-être pas, lui non plus, le meurtrier. Toutefois, le film de Flavio Mogherini reprend cette hypothèse du drame passionnel comme base de son scénario.

L’intrigue use d’une narration alternée originale et présente deux histoires, celle d’une jeune femme aux mœurs légères et celle d’un flic sur le retour enquêtant sur la mort d’une demoiselle retrouvée le visage carbonisé sur une plage. Une bonne partie du film parait, par conséquent, difficile à suivre même si la connexion entre les deux histoires apparaît rapidement comme une évidence.

Au final, THE PYJAMA GIRL CASE va tenter, sans vraiment y parvenir, de marier une investigation policière traditionnelle à un drame sordide qui nous plonge dans la psyché tourmentée d’une jeune femme peu équilibrée. Un inspecteur à la retraite, Thompson, décide d’aider un de ses collègues, Ramsey, aux prises avec une ténébreuse affaire de meurtre. Une fillette a, en effet, découvert sur une plage de Sidney les restes défigurés d’une jeune femme nue. Le seul indice permettant d’espérer l’identifier est un morceau de son pyjama jaune. Pendant ce temps, une intrigue parallèle nous invite à partager le quotidien de Glenda, une demoiselle d’une trentaine d’années partagée entre un médecin et un employé d’usine nommé Roy. Lassée de cette existence, Glenda rencontre finalement le timide Antonio qu’elle finit par épouser. Mais Glenda s’ennuie rapidement et son comportement frivole suscite la jalousie d’Antonio.

En dépit de moyens sans doute modestes, THE PYJAMA GIRL CASE s’appuie sur un casting solide dominé par le vétéran Ray Milland. Véritable star de la Paramount durant les années ’30 et ’40, Milland a marqué de son empreinte de belles réussites comme BEAU GESTE, LA FALAISE MYSTERIEUSE ou LE CRIME ETAIT PRESQUE PARFAIT. Dans les années ’60, on le retrouve chez Roger Corman (L’ENTERRE VIVANT, L’HORRIBLE CAS DU DOCTEUR X) puis dans de gros succès comme LOVE STORY.

Sa fin de carrière, hélas, le voit figurer dans des sous-produits horrifiques indignes de son talent comme LA CHOSE A DEUX TÊTES, FROGS, TERROR IN THE WAX MUSEUM, THE CATS KILLERS ou QU’EST IL ARRIVE AU BEBE DE ROSEMARY ? Dans cette masse de titres médiocres, THE PYJAMA GIRL CASE apparaît pratiquement comme une oasis de fraicheur et permet au moins à l’acteur de livrer une performance solide, impliquée et non dénuée d’humour. Ces passages légers, pas toujours bien intégrés à un climat voulu pesant, s’avèrent néanmoins agréables et distrayants.

Dalila Di Lazzaro, pour sa part, se montre convaincante dans son premier grand rôle après une série de caméos (entre autre dans CHAIR POUR FRANKENSTEIN et TON VICE EST UNE CHAMBRE CLOSE DONT MOI SEUL AIT LA CLE). La belle Italienne, alors âgée de 25 ans, n’hésite pas à se dénuder fréquemment ou à participer à des scènes osées comme lorsque, pour se venger des infidélités de son compagnon, elle se prostitue à trois inconnus lors d’un gang bang.

Rendu célèbre par son rôle dans la série télévisée « La piovra », Michele Placido, de son côté, se montre très crédible dans le rôle de l’effacé puis jaloux Antonio. Mel Ferrer (LE GRAND ALLIGATOR, L’AVION DE L’APOCALYPSE, LA SECTE DES CANNIBALES,…) complète cette intéressante distribution.

Hélas, en dépit de ses qualités, THE PYJAMA GIRL CASE souffre d’un rythme lénifiant et d’une longueur excessive de 104 minutes ce qui est, probablement, beaucoup trop. Le cinéaste aurait été grandement inspiré de couper une bonne vingtaine de minutes et de resserrer les mailles un peu lâche de son intrigue. Certains moments laissent également songeurs. La scène surréaliste au cours de laquelle les forces de l’ordre expose le corps dénudé de la victime dans une sorte d’aquarium rempli de formol constitue, par exemple, un moment particulièrement bizarre.

Si l’idée s’avère intéressante (et s’inspire de faits authentiques), son exécution sombre dans le mauvais goût putassier tant le cinéaste se montre maladroit : beaucoup trop longue et racoleuse (avec un zoom rageur sur une spectatrice qui s’évanouit), la scène ennuie en dépit des efforts de Flavio Mogherini pour susciter une certaine réflexion sur le voyeurisme morbide.

La bande originale, pour sa part, se montre complètement inappropriée, la musique électronique de Riz Ortolani (CANNIBAL HOLOCAUST) étant franchement peu adaptée à l’atmosphère pesante voulue par le cinéaste. Les deux chansons, atrocement datées (mais néanmoins catchy et mémorables) chantées par Amanda Lear (si !) dans une veine lounge teintée de disco apaisé trahissent, elles, l’année de sortie de ce PYJAMA GIRL CASE et s’avèrent tout aussi « out of place ».

Dans l’ensemble, THE PYJAMA GIRL CASE échoue à susciter l’intérêt du spectateur et les efforts du cinéaste pour insister sur les aspects sordides, sexuels et brutaux de cette affaire rendent malheureusement – et paradoxalement - l’ensemble ennuyeux et difficile à suivre. Les interprètes concernés, les quelques notes d’humour et l’une ou l’autre scène marquante (pour de bonnes ou de mauvaises raisons) en rendent néanmoins la vision plaisante mais le film ne s’élève jamais au-dessus de la moyenne et parait être passé en grande partie à côté de son sujet.

Dommage car ce faits divers mystérieux laissait présager un long-métrage intriguant et passionnant, ce que THE PYJAMA GIRL CASE n’est clairement pas.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2013