LE MONSTRE (QUATERMASS)
Titre: The Quatermass Xperiment
Réalisateur: Val Guest
Interprètes: Brian Donlevy

 

Jack Warner
Margia Dean
Thora Hird
Gordon Jackson
David King-Wood
Harold Lang
Année: 1955
Genre: Science-fiction / Horreur
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1955, LE MONSTRE constitue un des premiers succès de la Hammer et un important jalon de l’histoire du cinéma de science-fiction horrifique. En provenance de Grande-Bretagne, le métrage s’avère, en fait, le remake, destiné aux grands écrans, d’une production télévisée de la BBC datant de 1953 et déjà écrite par Nigel Kneale.

Suite au succès de ce téléfilm, la Hammer, alors une petite compagnie spécialisée dans le policier « vite fait bien fait », décide de donner plus d’ampleur à l’intrigue dans une version destinée aux salles obscures.

Cependant, en 1955, la censure est encore très forte et le système anglais, le Board of Film Censors, se distingue en labellisant nombre de productions apparentées à la science-fiction d’un outrageux « Adults Only » et autre « X Rated ». Néanmoins, certaines associations entre producteurs anglais et américains conduisent peu à peu à un relâchement des interdits. Michael Carreras, alors à la tête de la Hammer, prend par conséquent le risque de produire LA MARQUE et d’en confier la réalisation à Val Guest.

En dépit d’un classement X (sur lequel la Hammer va fonder une partie de sa publicité, jusqu’au titre choisi, « The Quatermass Xperiment »), LA MARQUE obtient un énorme succès et donne lieu à trois séquelles. Mais, surtout, le film lança véritablement la compagnie qui se spécialisa pour les vingt années suivantes dans le fantastique et l’horreur.

L’intrigue, aux évidentes influences « Lovecraftiennes » (le titre américain, « The Creeping Unknown » aurait d’ailleurs très bien convenu à une nouvelle du reclus de Providence !) débute par le crash d’une fusée anglaise. Le projet, initié par le professeur Quatermass, consistait à envoyer trois hommes dans l’espace mais, au retour, deux astronautes ont disparus et un seul a survécu, Victor Caroon. Ce dernier se voit, bien sûr, soupçonné du meurtre de ses collègues mais Quatermass ne croit pas à sa culpabilité et finit par en convaincre l’inspecteur Lomax de Scotland Yard. Devant l’impossibilité du crime, Lomax, complètement dépassé, accepte l’aide de Quatermass et d’un autre scientifique, Gordon Briscoe, décidés à résoudre le mystère.

Cependant, après plusieurs jours de traitements infructueux dispensés par les savants, l’état de Caroon ne s’améliore pas et le malade est transféré dans un hôpital. Il apparaît finalement qu’un organisme extraterrestre, constitué de pure énergie, a pris possession du corps de l’astronaute avant de tuer les autres passagers du vaisseau spatial. Ignorant tout cela, l’épouse de Caroon, Julia, tente de faire sortir son mari de l’hôpital avec l’aide d’un détective mais ce dernier est tué par l’astronaute possédé dont Julia subit également les attaques. L’astronaute, transformé en une horrible créature extraterrestre se décomposant lentement, dévore toutes formes de vie placées sur son chemin. Seul Quatermass semble capable d’arrêter l’invasion !

Film matriciel de la science-fiction horrifique, LE MONSTRE s’avère également un authentique thriller se déroulant à un rythme soutenu qui ne laisse guère de place à l’inaction. Riche en péripéties LE MONSTRE se montre en outre d’une concision exemplaire et Val Guest ramasse son intrigue sur 80 minutes avant d’achever le récit par un climax de toute beauté en dépit de pesantes contraintes budgétaires et d’effets spéciaux bricolés. Cette séquence spectaculaire touche du doigt la matérialisation des horreurs cosmiques et indicibles chères à Lovecraft et démontre le talent d’un cinéaste capable de proposer des merveilles d’imagination avec trois bouts de ficelles.

Une des nombreuses bonnes idées de ce premier « Quatermass » cinématographique réside également dans l’obstination du savant à poursuivre ses expériences. Alors que de nombreuses productions similaires se terminaient sur la mort du scientifique puni d’avoir voulu concurrencer Dieu (ou, au minimum, sur ses profonds remords !), LE MONSTRE se clôt sur l’image d’un Quatermass sûr de lui déclarant « je vais avoir besoin d’aide, nous allons recommencer à zéro nos expériences ». Loin d’un héros naïf aux limites du boy scout ou de l’apprenti sorcier, Quatermass se voit dépeint avec réalisme : un homme peu sympathique mais extrêmement intelligent, capable de juguler une dangereuse invasion, même s’il doit pour cela recourir à des méthodes radicales.

Mélangeant la science-fiction et l’épouvante, sans oublier quelques références sous forme de clin d’œil aux grands mythes du fantastique (une séquence rend un hommage appuyé au FRANKENSTEIN de James Whale), LE MONSTRE constitue, en résumé, une belle réussite et s’impose comme un modèle de série B nerveuse et efficace.

A (re)découvrir impérativement.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011