RAPED BY AN ANGEL
Titre: Xiang Gang qi an: Zhi qiang jian / Naked Killer 2: Raped By An Angel
Réalisateur: Andrew Lau
Interprètes: Simon Yam

 

Chingmy Yau
Mark Cheng
Jacqueline Ng
Dennis Chan
Linda Cheung
 
Année: 1993
Genre: Thriller / Rape and Revenge / Catégorie3
Pays: Hong Kong
Editeur HK Video
Critique:

Présenté à sa sortie comme une séquelle du fameux NAKED KILLER, ce film d’exploitation pur et dur fut un joli succès à Hong-Kong qui donna naissance à une nouvelle série puisque quatre suites suivirent. Typique du redoutable Wong Jing, RAPED BY AN ANGEL ne connait guère de limites dans l’excès et mélange de manière complètement aberrante (du moins à des yeux occidentaux) comédie romantique, drame réaliste, polar façon triades, suspense judiciaire, violence, érotisme, kung fu urbain, comédie et, surtout, rape and revenge. Un mix au mauvais goût assumé comme en témoigne son intrigue particulièrement saugrenue.

Un avocat pervers aime orchestrer avec sa copine des scénarios sadomasochistes basés sur le viol. Toutefois, ses récentes escalades dans le malsain inquiètent la demoiselle et l’homme de loi se retrouve seul et célibataire. Par conséquent, il doit trouver d’autres manières d’assouvir ses fantasmes de plus en plus déviants. Son attention se porte rapidement sur la jolie Chu Man Man et sa meilleure amie, Yau, une étudiante en droit qui arrondit ses fins de mois en jouant dans des publicités sexy. Pour sa part, Yau est courtisée par Monsieur Tso, un parrain des Triades.

Réalisé par Andrew Lau (devenu célère ensuite avec l’excellente trilogie INFERNAL AFFAIRS), cette Catégorie III franchement douteuse s’inscrit dans la veine des films d’exploitations basés sur le viol sortis à Hong Kong durant les années ’80 et ’90. Proche des « rape and revenge », le long-métrage revendique son côté outrancier et son absence de tabou. Toutefois, ses outrances résident surtout dans les intentions et la thématique générale car, graphiquement, RAPED BY AN ANGEL demeure timide.

Bien sûr, on relève quelques passages sexy, l’un ou l’autre viol, pas mal de nudité et une sodomie facilitée par une bonne dose de crème fraiche répandue sur le postérieur mais, comparé à de nombreuses Catégorie3, le tout reste étonnamment soft. La scène la plus dérangeante (et dérangée) reste celle où le violeur ramène chez sa victime, ligotée en position de soumission, un handicapé mental qui entreprend de la besogner à son tour. La violence reste, elle, minimale en dépit d’une scène, plus suggérée que dévoilée, au cours de laquelle le violeur découpe à la tronçonneuse le corps d’une jeune morte ensuite détruit à l’acide.

A la mise en scène, Andrew Lau assure un service minimum, plutôt correct dans la limite de ses modestes ambitions. Evidemment, le manque de moyen reste toujours criant, en particulier dans les scènes urbaines défavorisées par une figuration réduite et des spectateurs très heureux d’observer un tournage aux premières logues. Si on évite les filtres bleutés caractéristiques des productions érotiques de cette époque, d’autres clichés répondent présents comme l’inévitable musique d’ascenseur agrémentée de saxophone langoureux.

Le rythme, défaillant, rend, en outre, l’entreprise assez languissante, les éléments romantiques ou humoristiques s’intégrant difficilement à un long-métrage voulu choquant et sans concession. Les acteurs, eux, sont des habitués du cinéma populaire chinois puisqu’on retrouve en tête de distribution le toujours cabotin mais correct Simon Yam, l’homme qui tourne plus vite que son ombre puisqu’on l’a vu dans près de deux cents long-métrages étalés sur une trentaine d’années. Starlette emblématique des années ’90, Chingmy Yau est toujours aussi mignonne. Elle a gratifié de sa beauté très sexualisée une cinquantaine de films au cours des années ’90 avant de prendre, à tout juste 30 ans, une retraite bien méritée pour goûter aux joies du mariage et de la maternité. Ici, elle se dévoile timidement et offre surtout une jolie scène de strip-tease en dessous et porte-jarretelles blancs. Plaisant.

Sous couvert de promouvoir le « safe sex » et de dénoncer l’attitude de la société envers les victimes de viol, considérées comme plus coupables que leurs agresseurs, Wong Jing se soucie surtout d’offrir un authentique spectacle d’exploitation. Comme souvent, RAPED BY AN ANGEL encourage la loi du talion après avoir démontré l’inefficacité de la justice durant une longue et guère passionnante scène de tribunal. La victime, publiquement humiliée, se retrouve quasiment au banc des accusés alors que le violeur, décidément très manipulateur, s’en sort avec le sourire. Inacceptable comme en témoigne le plan vengeur, particulièrement tordu, imaginé pour conclure cette petite production pas très réussie mais suffisamment représentative de la CatégorieIII pour mériter une petite vision curieuse. Même si, au final, le tout ne dépasse jamais la moyenne et se révèle même un peu ennuyeux.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2013