LE METRO DE LA MORT
Titre: Raw Meat / Death Line
Réalisateur: Gary A. Sherman
Interprètes: Donald Pleasence

 

Norman Rossington
David Ladd
Sharon Gurney
Christopher Lee
Hugh Armstrong
 
Année: 1972
Genre: Horreur
Pays: Grande-Bretagne
Editeur  
Critique:

Réalisé par l’américain Gary Sherman, LE METRO DE LA MORT fut considéré par le très sérieux British Film Institute comme le « plus important premier film de l’année » à sa sortie. Trente ans plus tard, un panel de critiques britanniques l’incluait dans leur liste des « dix meilleurs films d’horreur britanniques du XXème siècle ». Difficile de critiquer une production aussi renommée et, pourtant, la vision du METRO DE LA MORT s’avére légèrement décevante. Cependant, Sherman offrait un spectacle intéressant et largement précurseur des futurs débordements du genre en ponctuant son récit, axé sur l’enquête policière et l’épouvante, de scènes graphiques plutôt gore pour l’époque.

Donald Pleasence s’octroie ici le rôle principal, celui de Calhoun, un inspecteur de police confronté à une difficile enquête. Deux jeunes gens découvrent le corps d’un homme allongé dans une station de métro mais, à l’arrivée de la police, le cadavre a disparu. Calhoun soupçonne la victime d’être James Manfred, un personnage exerçant de hautes fonctions dont on est sans nouvelles. L’inspecteur va bientôt se trouver confronté à l’impensable : un sans-abri vivant dans les couloirs déserts du métro retourné à la barbarie et au cannibalisme.

Gary Sherman rompt ici avec la tendance gothique du cinéma d’épouvante anglais illustrée principalement par la Hammer et la Amicus. Ces deux compagnies sont, au début des années 70, en bout de course et tentent difficilement de moderniser leur fond de commerce pour plaire à un public avide d’émotions fortes depuis les succès de LA NUIT DES MORTS VIVANTS ou L’EXORCISTE. Gary Sherman, de son côté, livre une œuvre intéressante qui préfigure un métrage comme C.H.U.D. ou la nouvelle « Le Train de l’abattoir » de Clive Barker (adaptée en 2007 sous le titre MIDNIGHT MEAT TRAIN).

LE METRO DE LA MORT, filmé en décor naturel, capture l’univers glauque et désespéré de Londres, théâtre d’atrocités qui se déroulent la nuit, dans les sous-sols, là où la police ne met normalement jamais les pieds. Seule la disparition d’un important fonctionnaire de l’Etat décide l’inspecteur joué par Donald Pleasence à mener l’enquête dans le milieu des pauvres, des clochards et des laissés pour compte. Survivants oubliés d’un éboulement les ayant condamnés à une lente agonie et à un retour à la sauvagerie, les ouvriers responsables de la construction du métro londonien sont donc devenu une communauté de cannibales qui vit en reclus à l’image de Jupiter dans LA COLLINE A DES YEUX ou des tarés de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE. L’aspect sale et repoussant du principal dégénéré, assimilé à une goule hantant les sous-sols, préfigure pour sa part un titre comme ANTHROPOPHAGEOUS de Joe d’Amato qui illustre une semblable chute dans la sauvagerie.

Les long-métrages ultérieurs de Gary Sherman (REINCARNATIONS, VICE QUAD) confirmeront d’ailleurs les qualités de ce premier essai avant que les échecs artistiques et commerciaux de MORT OU VIF (actualisation poussive de la série télévisée avec Steve Mc Queen interprétée par Rutger Hauer et Gene « Kiss » Simmons) et du piteux POLTERGEIST III ne mettent un terme à sa carrière cinématographique.

Malheureusement, LE METRO DE LA MORT possède autant de défauts que de qualités. Si Donald Pleasence se montre très convaincant, son personnage s’avère rapidement irritant de part son manque d’énergie et son approche très nonchalante de l’enquête. L’intrigue policière se développe ainsi sur un rythme exaspérant dont la lenteur plaira sans doute aux adeptes de « Derrick ». Comment ne pas pester devant les palabres longuettes de Pleasence et de son collègue alors ou les longues déambulations du cannibale dans les couloirs du métro. Concession commerciale aux fans de l’épouvante à l’ancienne, la présence de Christopher Lee tient, elle, davantage de la simple apparition clin d’œil que du rôle développé et ses trois minutes de présence à l’écran n’ont, objectivement, guère d’intérêt. Quand à David Ladd, pourtant dans un des rôles principaux, il s’avère particulièrement médiocre en particuliers lors du final dramatique, alors que l’anthropophage a kidnappé sa copine.

LE METRO DE LA MORT souffre donc d’une interprétation allant de l’excellent au décevant, d’un rythme déficient et d’un scénario certes original mais pauvrement développé qui comprend, en outre, beaucoup de « trous » déstabilisants. Difficile de croire, par exemple, que des cannibales puissent hanter le métro londonien durant un siècle sans être découverts, même en dévorant uniquement des « personnes sans importance ».

Cependant, l’atmosphère putride, les éclaboussures sanglantes et le savoir-faire de Gary Sherman permettent à ce métrage de traverser les âges et l’ensemble se révèle historiquement important tant LE METRO DE LA MORT apparaît, rétrospectivement, comme un point de rupture entre l’épouvante britannique à l’ancienne et l’horreur sanglante de la seconde moitié des seventies.

En dépit de la sévérité des censeurs britanniques, le film, pourtant violent et dérangeant, a pu sortir dans les salles avec une « simple » interdiction aux moins de 18 ans et n’a souffert que d’une minute de coupes.

Si Gary Sherman livre un produit tout à fait honorable, LE METRO DE LA MORT demeure plus intéressant que réellement convaincant et s’avère sans doute inférieure à sa flatteuse réputation. Quoiqu’il en soit, LE METRO DE LA MORT mérite bien une vision pour les amateurs de cinéma horrifique et s’impose comme un des titres clé de l’histoire du genre

 

Fred Pizzoferrato - Février 2009