RED KILLER: UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT
Titre: Una libélula para cada muerto
Réalisateur: León Klimovsky
Interprètes: Paul Naschy

 

Erika Blanc
María Kosty
Susana Mayo
Eduardo Calvo
Mariano Vidal Molina
 
Année: 1974
Genre: Giallo
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

Cinéaste argentin touche-à-touche, León Klimovsky (1906 – 1996) débute sa carrière à la fin des années ’40 par quelques adaptations de classiques littéraires (LE JOUEUR de Fiodor Dostoïevski, LE COMTE DE MONTE CHRISTO d’Alexandre Dumas).

Dans les fifties, Klimovsky s’installe en Espagne et y devient un grand pourvoyeur du cinéma populaire, passant alternativement du western (QUELQUES DOLLARS POUR DJANGO, LE COLT DU REVEREND) au fantastique. Bien évidemment, le cinéaste est amené à travailler avec Paul Naschy, la plus grande star ibérique de l’épouvante, notamment pour DR. JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO ou LA FURIE DES VAMPIRES. Au total, les deux hommes collaborent à huit reprises et, en 1974, ils tâtent du giallo, toujours en vogue même si, déjà, sur une pente descendante…

L’inspecteur Paolo Scaporella (Naschy) enquête, à Milan, sur une série de crimes commis par un mystérieux assassin tout de rouge vêtu. Investi d’une mission « purificatrice », le meurtrier s’en prend, en effet, à ceux qui fréquentent les bas-fonds de la cité italienne, et tue tour à tour des dealers, des prostituées, des partouzeurs, des drogués ou des homosexuels. Le seul indice permettant d’espérer l’identifier est une libellule déposée sur chacun des cadavres…

Scaporella découvre toutefois un bouton en apparence arraché au manteau du tueur et qui, espère t’il, pourra faire avancer l’enquête. Il demande l’aide d’un couturier gay, ami de son épouse Silvana (Erika Blanc), mais celui-ci est malheureusement assassiné à son tour. Désireuse de le venger, Silvana, décide, elle aussi, de découvrir le coupable et remonte une piste très dangereuse. En 1974, le giallo tire ses dernières cartouches et cède, peu à peu, le pas au polar burné sous-tendus de considérations socio-politiques, dit poliziottesco.

Production espagnole inspirée du modèle italien, RED KILLER se situe, d’ailleurs, dans une veine proche de ces films et présente un inspecteur de police dur à cuir qui n’hésite pas à user de méthodes musclées (les biens pensants diraient « douteuses ») pour mener son enquête.

Le tueur, de son côté, délaisse la panoplie en cuir noir pour un pantalon rouge (d’où son surnom) et emploie des armes blanches variées : une hache et une épée mais, aussi, un plus surprenant parapluie muni d’une lame rétractable.

Le scénario, très classique, va pour sa part alterner les exactions du criminel, accompagnées de quelques éclaboussures sanglantes et d’une large dose de nudité, et les efforts du flic pour le coincer. Joué par Paul Naschy, cet inspecteur passe beaucoup de temps en compagnie de sa charmante épouse, incarnée par la désirable Erika Blanc, ce qui permet au cinéaste de meubler le temps de projection par de fréquentes saynètes décrivant leur vie de couple. Si celles-ci ne sont pas toujours passionnantes, elles permettent, néanmoins, d’épaissir un personnage sinon très schématique. Cet effort, louable, reste à souligner, d’autant que le cinéaste met au premier plan l’épouse du policier et distille un humour sympathique qui contrebalance le machisme satisfait du héros.

Malheureusement, RED KILLER manque de nerfs et de hargne pour pleinement convaincre : quoique situé dans les bas-fonds, il reste en surface et le cinéaste, timide, effleure à peine cet univers interlope. Diverses perversions sont ainsi évoquées mais jamais étalées et le tout manque de complaisance, y compris au niveau des meurtres, trop timorés pour susciter l’enthousiasme du spectateur voyeur, lequel peut, toutefois, se consoler avec une nudité généreuse et bienvenue.

Si la plupart des scènes sanglantes se déroulent hors champ, le bodycount s’avère élevé et compte une douzaine de meurtres. Une bonne manière de garder un semblant de rythme car l’enquête policière n’est, hélas, pas très intéressante : en dépit de l’abondance de crimes, le spectateur finit par décrocher de la banale intrigue. La conclusion, prévisible et précipitée, déçoit mais demeure honnête et se situe dans la moyenne du genre, ni complètement bâclée ni vraiment satisfaisante.

L’interprétation, elle, se montre de qualité, dominée par un Paul Naschy impliqué et une Erika Blanc futée et séduisante. Deux stars du cinéma populaire toujours agréable à revoir sur un écran, y compris dans des titres relativement mineurs comme celui-ci. La mise en scène, enfin, est soignée, professionnelle, bien menée et servie par une photographie de qualité même si nous sommes loin des vraies réussites aux couleurs chatoyantes de Bava ou Argento. En un mot cette réalisation efficace possède, dans sa sobriété et son classicisme, un côté nostalgique encore accentué par une partition réussie qui se contente, pourtant, de mélanger plusieurs bandes originales antérieures.

Sur le modèle balisé du flic opiniâtre traquant un tueur en série désirant purger une ville de ses « indésirables », RED KILLER n’est guère original mais se laisse suivre d’un œil distrait. Mieux vaut sans doute revoir les excellents PEUR SUR LA VILLE ou SE7EN mais, pour un giallo ibérique du milieu des seventies, le film de León Klimovsky ne démérite pas et se regarde gentiment, sans passion mais sans ennui.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012