LA DAME ROUGE TUA SEPT FOIS
Titre: La dama rossa uccide sette volte
Réalisateur: Emilio Miraglia
Interprètes: Barbara Bouchet

 

Ugo Pagliai
Marina Malfatti
Sybil Danning
Marino Masé
Pia Giancaro
 
Année: 1972
Genre: Thriller / Giallo / Horreur
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Né en Italie en 1924, Emilio P. Miraglia débuta sa carrière au début des années ’50 en exerçant divers métiers liés au cinéma. En 1961, Miraglia prend du galon et devient assistant réalisateur sur quatorze longs-métrages dont une poignée de péplums.

Il réalise son premier film, LA PEUR AU TRIPES, en 1967, suivi de deux autres thrillers, THE FALLING MAN et L’AFFAIRE VATICAN. En 1971, Miraglia goute aux joies du giallo via L’APPEL DE LA CHAIR, qu’il enchaîne avec le western JOE DAKOTA. Puis vient son second giallo, LA DAME ROUGE TUA SEPT FOIS, qui restera son sixième et dernier film en dépit de ses grandes qualités et qui, aujourd’hui, peut être considéré comme un authentique classique du genre.

Son scénario s’inscrit logiquement dans le policier à énigme basé sur une sombre affaire d’héritage compliquée par les inévitables chantages, meurtres, viols et autres manipulations coutumiers des meilleurs thrillers italiens. Un whodunit teinté d’un soupçon de surnaturel mais à la conclusion finalement très terre à terre, pour une enquête que n’aurait pas reniée certains ténors du roman policier à suspense teinté de fantastique comme par exemple John Dickson Carr.

Evelyne et Kitty Wildenbrück connaissent la malédiction pesant sur leur famille : tous les 100 ans une jeune femme devient possédée par l’esprit d’une étrange dame rouge. La prochaine personne à subir ce maléfice devrait être Evelyne, en 1972 mais, lors d’une promenade dans le parc du château familial, Kitty tue accidentellement sa sœur. Le temps s’écoule et, alors qu’arrive la fatidique année 1972, le grand père des deux jeunes filles meurt assassiné dans des circonstances étranges. Le mystère s’épaissit et une meurtrière vêtue de rouge commence à décimer l’entourage de Kitty, laquelle soupçonne sa sœur Evelyne de n’être pas morte et d’exercer une terrible vengeance.

L’intrigue de LA DAME ROUGE TUA SEPT FOIS n’hésite pas à se montrer tortueuse et embrouillée, les personnages n’étant évidemment pas tous ce qu’ils paraissent être au premier abord. Usurpation d’identité et retournements de situations nombreux complexifient grandement un scénario un peu confus dans lequel le spectateur aura bien du mal à se retrouver. Cependant ce « défaut » s’avère assez fréquent dans le giallo et l’important réside plutôt dans l’atmosphère angoissante développée par le cinéaste que dans la rigueur d’une enquête un peu lâche. Or, au niveau de ce climat de suspicion et de terreur, Miraglia marque des points en concoctant un suspense prenant saupoudré d’éléments fantastiques finalement expliqués (du moins en partie) lors d’un final surprenant et totalement inattendu, dans la grande tradition du genre.

Le climax se révèle d’ailleurs bien exécuté et novateur, impliquant une pièce se remplissant d’eau dans laquelle l’héroïne se trouve coincée en compagnie d’une horde de rats redoutables. Une fort belle idée dont les excès sadiques rappellent les meilleures heures de l’horreur gothique transalpine, jamais avare en demoiselles subissant diverses cruautés. La réussite de cette séquence compense d’ailleurs le côté un peu brouillon et confus des révélations en cascades des dernières minutes, lesquelles tentent de donner une vraie cohérence aux différentes sous-intrigues, sans toutefois y parvenir véritablement. Mais qu’importe si de nombreux points du scénario ne résistent guère à l’analyse puisque le spectateur aura eu son content de suspense et de frissons, mâtiné d’un zeste d’érotisme et d’une cuillère de violence perverse.

Ingrédient indispensable d’un giallo réussi, les actrices sexy sont évidemment de la partie, à commencer par Barbara Bouchet, figure familière du genre née en 1943 et vue dans des titres comme AMUCK, MEURTRE DANS LA 17ème AVENUE, LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME, LA TARENTULE AU VENTRE NOIR,…Le cinéaste élabore même une scène de viol inutile à l’intrigue pour permettre au spectateur d’admirer le physique de miss Bouchet. Un procédé discutable mais typique du cinéma d’exploitation des années ’70 qui n’hésitait pas à proposer des passages gratuitement racoleurs pour titiller le public et l’attirer dans les salles de cinéma.

Autre actrice réputée pour son physique et sa propension à se dénuder, l’autrichienne Sybil Danning (dont la carrière va de AIRPORT 80 CONCORDE à S.A.S. A SAN SALVADOR en passant par l’innommable HURLEMENTS 2 et le nanar REFORM SCHOOL GIRL) nous dévoile une nouvelle fois ses charmes lors de quelques séquences chaudes. Enfin, Marina Malfatti, second rôle de plusieurs gialli (LE TUEUR A L’ORCHIDEE, TOUTES LES COULEURS DU VICE, L’APPEL DE LA CHAIR) est également de la partie pour augmenter le quota de charmes d’un métrage qui n’en manque décidément pas.

Les meurtres, nombreux, sont pour leur part joliment orchestrés et étonnamment sanglants : sans verser dans le grand-guignol ils s’inscrivent dans la tradition lancée par Mario Bava avec BAIE SANGLANTE, annonçant les futurs débordements du slasher. Le crime le plus original et brutal reste sans doute l’empalement d’une victime sur une grille dont les pointes lui transpercent la gorge. Sanglant et efficace !

Miraglia propose avec LA DAME ROUGE TUA SEPT FOIS un giallo efficace et prenant, jamais ennuyeux en dépit d’une intrigue peu aisée à comprendre. La présence de la belle et convaincante Barbara Bouchet, les charmes de Sybil Danning et Marina Malfatti, la bande sonore une fois de plus superbe de Bruno Nicolai et l’inventivité des meurtres proposés sont autant d’atout maître dans la réussite d’un titre méritant bien de figurer en bonne place parmi les meilleurs gialli des seventies.

Bref, une incontestable réussite qui, en dépit de menus défauts, mérite d’être (re)découverts par tous les amateurs du genre !

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2010