RED ROOM
Titre: Akai misshitsu (heya): Kindan no ôsama geemu
Réalisateur: Daisuke Yamanouchi
Interprètes: Hiroshi Kitasenju

 

Sheena Nagamori
Mayumi Ookawa
Yuuki Tsukamoto
 
 
 
Année: 1999
Genre: Horreur / Torture Porn
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Quoique le terme renvoie volontiers à des métrages récents comme SAW ou HOSTEL, les « torture porn » existent, sur le principe, depuis longtemps dans le cinéma, en particulier asiatique. Dès la fin des années ’60, le Pays du Soleil Levant proposa par exemple la saga JOY OF TORTURE construite autour de tortures sadiques infligées à des demoiselles dévêtues. Le phénomène atteignit son point culminant au milieu des années ’80 avec les six moyens métrages GUINEA PIG et en particulier les deux premiers qui, sous forme de faux snuff movie, se composaient entièrement de supplices répugnants.

RED ROOM s’inscrit résolument dans cette tradition excessive en déroulant, durant à peine 68 minutes, une intrigue ultra minimaliste. 4 personnes entrent dans une pièce éclairée de rouge. Un couple, une lycéenne (en réalité un transsexuel) et une jeune femme. Ils jouent à un jeu de carte très simple, le jeu du Roi, et, au terme de chacune des parties, le gagnant impose ses volontés au perdant, l’obligeant à accepter une épreuve humiliante. Le but est de forcer ses adversaires à abandonner afin de toucher le gros pactole de dix millions de yens…Qui sortira vivant de la chambre rouge ?

Réalisé en 1999, soit bien avant les déclinaisons américaines sur le même thème, RED ROOM constitue surtout une critique acerbe de la téléréalité et de certaines émissions racoleuses où des participants acceptent les pires bassesses pour gagner un peu d’argent. Un phénomène récemment découvert en Occident mais connu depuis longtemps au Japon où ces « jeux » ne reculent devant rien pour faire grimper l’audience. Second long métrage de Daisuke Yamanouchi, qui récidiva l’année suivante avec un inévitable RED ROOM 2, cette modeste production tournée en vidéo cherche simplement à choquer le public et y parvient souvent en usant d’une progression prévisible dans la violence.

Les scènes de tortures débutent tout d’abord par des humiliations, lesquels seront sans doute déjà insupportables pour la majorité des spectateurs. La première, inspirée par une scène similaire de GUINEA PIG 1, montre le transsexuel attaché à une chaise que l’on fait tourner à grande vitesse. La scène, en temps réel, dure trois minutes et se conclut par un jet de vomi peu ragoutant. La suite se devait de surenchérir et nous avons droit à une longue douche dorée, le transsexuel se vengeant de celle qui l’a précédemment humiliée en lui urinant dans la bouche et en l’obligeant à avaler toute sa pisse. Un autre supplice consiste à enfoncer un sèche-cheveux dans la bouche d’un des participants pour lui souffler un air chaud menaçant de l’étouffer.

RED ROOM monte ensuite d’un cran dans la brutalité et l’homme se voit contraint de battre sa femme, ce qu’il fait rapidement avec enthousiasme jusqu'à ce que la pauvre ne soit sérieusement amochée. La suite déroule toutes les ignominies possibles : sexe forcé, viol à l’aide d’un tournevis, ampoule électrique enfoncée puis brisée dans le vagin d’une victime, pénis sectionné à coup de dents au terme d’une fellation…Dans le dernier quart d’heure, l’horreur se déchaîne et le sang coule à flot, les quatre joueurs finissant logiquement par s’entretuer.

Linéaire et prévisible, RED ROOM utilise ses limitations (la technique est rudimentaire, la photographie laide, la mise en scène primitive) pour transcender son manque de budget et offrir au spectateur une expérience extrême et malsaine. A ce niveau, Yamanouchi parvient probablement à ses fins, à savoir mettre le public mal à l’aise et le confronter à ses pires zones d’ombre. La critique sous-jacente de la télé réalité, de l’égoïsme et de l’appât du gain semble évidente tant le cinéaste crache au visage du spectateur en lui disant, en substance, « vous voulez du sadisme, vous voulez des viols, vous voulez jouer au voyeur…vous allez être servis » !

Malheureusement, l’absence, volontaire ou non de toute dimension divertissante (on est loin de SAW ou HOSTEL qui, aussi gore soient ils, n’en restent pas moins essentiellement ludiques et distrayants) rend l’entreprise très difficile à aborder.

En dépit d’une durée restreinte, RED ROOM se révèle en outre assez ennuyeux et longuet et l’utilisation de l’accéléré apparaît parfois salvateur. Les éclairages rouges sursaturés donnent, pour leur part, rapidement mal aux yeux et rendent l’expérience encore plus déplaisante, tout comme les bruits humides absolument insupportables et exagérés lors des nombreuses scènes sexuelles. A leur sujet, on ne parlera d’ailleurs pas d’érotisme car, à moins d’être sérieusement dérangé, il semble difficile de trouver la moindre excitation à la vue de ces passages brutaux et dépravés.

D’une totale gratuité, dénué de la moindre valeur en termes d’implication, de divertissement ou d’intérêt dramatique, RED ROOM constitue une expérience extrême, désagréable et malsaine. La prédominance de tortures et autre humiliations dégueulasses au détriment du gore et l’extrême prévisibilité du métrage rend en outre tout cela bien pénible, y compris pour les amateurs de cinéma d’horreur déviant et extrême. Pas vraiment recommandable, même pour les curieux. (Il existe une séquelle similaire sortie en 2000)

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011