RED WATER
Titre: Red Water
Réalisateur: Charles Robert Carner
Interprètes: Lou Diamond Phillips

 

Kristy Swanson
Coolio
Jaimz Woolvett
Rob Boltin
Langley Kirkwood
Dennis Haskins
Année: 2003
Genre: Horreur / Sharksploitation / Thriller
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Sous-genre hybride entre le récit d’aventures, le drame et l’épouvante, la « sharksploitation » (en clair les métrages mettant en scène des requins mangeurs d’homme agressifs) renait régulièrement de ses cendres. Après une première vague ayant suivi le succès des deux premiers épisodes des DENTS DE LA MER à la fin des années ’70 et au début des années ’80 (LA MORT AU LARGE, APOCALYPSE DANS L’OCEAN ROUGE, LES MACHOIRES INFERNALES, SHARK KILL, LES DENTS DE LA MORT, TINTOTERA,…), le succès du DEEP BLUE SEA / PEUR BLEUE de Renny Harlin et la démocratisation des effets spéciaux numériques permit une nouvelle série de titres au début des années 2000. Nous vîmes ainsi surgirent des flots des tas de sous-produits à destination des vidéoclubs (et/ou des chaînes de télévision) comme la trilogie SHARK ATTACK, LA CHASSE AU REQUIN TUEUR, MEGALODON, DARK WATERS, RAGING SHARKS, SHARKZONE, SHARK HUNTER,…

Une mode toujours vivace d’ailleurs puisque l’on a vu ensuite débarquer PANIQUE SUR LA CÔTE, MALIBU SHARK ATTACK, MEGASHARK Vs GIANT OCTOPUS, DINOSHARK, SHARK SWARM, SHARK IN VENICE et quelques autres, en attendant une possible résurrection du genre sur les écrans.

Réalisé pour la télévision par Charles Robert Carner (une dizaine de téléfilms à son actif depuis le début des années ’90), RED WATER ne se distingue absolument pas des nombreuses sharksploitation produites au début des années 2000, si ce n’est qu’il propose comme espèce menaçante le méconnu requin-bouledogue. L’animal (qui refera parler de lui dans le nettement plus convaincant 12 JOURS DE TERREUR) possède la caractéristique, étonnante pour un squale, de se déplacer aussi bien en eaux douces que salées.

RED WATER va donc délaisser les plages pour s’en aller folâtrer dans le bayou, là où un requin (plus ou moins assimilé à un dieu par les natifs du coin) se montre soudainement agressif. La première victime est la traditionnelle demoiselle en bikini dévorée sous les yeux de sa copine. Un vieux pêcheur sera ensuite gobé par le gros poisson alors qu’il se ballade en bateau en compagnie de son petit-fils. Comme de coutume un riche industriel, père de la demoiselle boulotée par le monstre, propose 50 000 dollars à quiconque lui ramènera la peau du requin. Cette somme rondelette intéresse un certain John Sanders (le has-been Lou Diamond Phillips vu dans LA BAMBA et LA NUIT DES CHAUVE SOURIS), d’autant que le bonhomme éprouve quelques difficultés à rembourser un prêt et que la banque menace de saisir son bateau. Pourtant Sanders préfère se contenter de conduire son ex-femme (Kristy Swanson, L’AMIE MORTELLE, BUFFY TUEUSE DE VAMPIRES – LE FILM, LE FANTOME DU BENGALE, HOT SHOTS !) et un de ses associés vers une station de forage pétrolier située sur la rivière. Mais leur chemin croise celui du gangster Ice (le toujours désastreux rappeur Coolio devenu acteur cabotin dans CHINA STRIKE FORCE, PTERODACTYLS ou DAREDEVIL), à la recherche de trois millions de dollars perdu au fond du Mississipi. La situation se complique d’autant plus que le requin meurtrier rôde dans les parages.

Si les acteurs sont uniformément médiocres (Lou Diamond Phillips se montre toutefois passable mais Coolio est, pour sa part, imbuvable !), le côté stéréotypé des personnages ne permettait de toutes façons aucun miracle et RED WATER se contente d’aligner un maximum de clichés au fil d’une intrigue sans aucune surprise. Plus navrant pour l’amateur de sharksploitation, le côté thriller prend largement le pas sur l’aventure et l’horreur, les quelques séquences d’attaques étant maladroitement groupées en début de métrage. Des scènes de toutes façons peu intéressantes car purement suggestives et dépourvues d’imagination, tout comme de tension et d’hémoglobine. Seule celle montrant une militante écologiste happée par les mâchoires du squale en traversant une passerelle de bois partiellement inondée s’avère un minimum efficace, du moins au niveau de l’idée car la mise en scène se montre, hélas, fort paresseuse.

Le final, après d’interminables parlottes dont l’intérêt voisine le zéro absolu, réveille à peine le spectateur courageux en lui offrant quelques agressions animales basiques mais toujours sympathiques, le redoutable prédateur exterminant une partie du casting (les méchants, comme par hasard !) avant d’être tué à son tour par le héros. La mise à mort du requin se montre d’ailleurs un poil plus originale que de coutume et possède un petit côté bis relativement agréable. Cela ne sauve pas le métrage du naufrage, loin de là, mais cette séquence permet néanmoins de terminer, in extremis, RED WATER sur une note un tout petit peu plus positive.

Au niveau des effets spéciaux, RED WATER offre une alternance entre des effets mécaniques relativement potables pour un téléfilm et les habituelles images de synthèse de piètre qualité. Celles-ci ne feront illusion que pour les plus indulgents même si le requin parait un peu plus convaincant que ses congénères tout numérique de chez Nu Image.

Quoique présenté comme une sharksploitation, RED WATER demeure surtout un piètre petit thriller mâtiné d’aventures dans lequel les interventions du requin tueur sont ramenées à la portion congrue. A réserver aux inconditionnels absolus du genre, lesquels risquent toutefois de se montrer déçus et d’estimer avoir été trompés sur la marchandise.

Bref rien d’emballant même si on a vu bien pire en matière de série Z direct-to-vidéo.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2010