RED
Titre: Red
Réalisateur: Trygve Allister Diesen & Lucky McKee
Interprètes: Brian Cox

 

Tom Sizemore
Noel Fisher
Kyle Gallner
Shiloh Fernandez
Robert Englund
Amanda Plummer
Année: 2008
Genre: Thriller / Drame
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Longtemps délaissé l’écrivain Jack Kechtum voit enfin ses œuvres portées à l’écran avec réussite : après l’insoutenable THE GIRL NEXT DOOR et le potable THE LOST, RED débarque sur les écrans alors que se prépare la version cinéma de OFF SAISON, son premier et célèbre roman, lequel valut à Ketchum sa réputation de « pornocrate de la violence ». Etonnamment, RED se montre particulièrement mesuré et réaliste alors que ses prémices laissaient penser à un nouveau thriller orienté vers le « vigilante ».

L’intrigue nous présente Avery « Av » Ludlow, un vétéran de la guerre de Corée contraint à la solitude suite à diverses tragédies familiales. Propriétaire d’un petit magasin, Av mène une existence paisible en compagnie de Red, un vieux chien que sa femme, aujourd’hui décédée, lui a offert il y a quatorze ans. Un jour, Av part pêcher avec son chien et trois petites crapules viennent lui demander de l’argent. En repartant, le chef de la bande abat Red sans raison.

Déterminé à ce que justice soit faite Av découvre peu à peu l’identité des coupables : Danny, le chef tient Pete, un type un peu paumé, sous son influence de Danny et semble particulièrement dangereux. Harold, le frère de Danny, éprouve pour sa part des remords et essaie de calmer le jeu. Persuadé que Danny est le principal responsable de la mort de son chien, Red tente d’obtenir la coopération de Michael McCormack, le père de Danny. Mais ce-dernier, un nouveau riche, refuse de voir la vérité et se retranche derrière son argent, son influence et ses avocats. Av découvre également que la vie d’un animal n’a aucune valeur et que la justice ne fera rien, d’autant que Michael McCormack a mis le juge dans sa poche. Toujours aussi déterminé, Av trouve le soutien d’une reporter de la télévision locale, Carrie Donnel, et décide de poursuivre sa croisade pour obtenir des excuses de la part des McCormack. De provocations en agressions, la spirale de violences s’enclenche.

RED utilise les ficelles coutumières du thriller d’auto-défense en présentant un système judiciaire corrompu, des adolescents cruels, des parents irresponsables ou prêt à toutes les bassesses pour couvrir les actes de leurs progénitures et un homme seul souhaitant que l’on reconnaisse la justesse de sa cause. Cependant le métrage évite l’aspect brutal et divertissant des nombreux succédanés d’UN JUSTICIER DANS LA VILLE pour se rapprocher d’un cinéma plus intimiste, dramatique et crépusculaire. Quitte à chercher la comparaison à tout prix, disons que RED se rapproche davantage de GRAN TORINO que de DIRTY HARRY.

L’interprétation des différents acteurs se révèle absolument sublime, à commencer surtout par un Brian Cox impérial dans son rôle de vieil homme triste essayant néanmoins de comprendre les raisons de l’acte absurde du jeune Danny. Loin de la colère, Brian Cox compose un personnage apaisé, souhaitant recevoir des excuses de la part de son ennemi, gardant une attitude digne de gentleman aux manières quelques peu anachroniques. Cependant notons qu’il comprend immédiatement la dangerosité de ses adversaires et ne les sous-estime aucunement, loin du couple d’EDEN LAKE par exemple, incapable d’admettre la cruauté des adolescents les menaçant.

Danny, le chef du trio de voyou, est incarné par Noel Fisher (vu dans de nombreuses séries télévisées et, dans un petit rôle, dans DESTINATION FINALE 2), également très crédible. Petite frappe aimant humilier autrui, exerçant une influence néfaste sur son frère et un de ses amis, Danny voit ses actions couvertes par un père cynique aimant probablement frapper son épouse effacée. Toujours soucieux de tirer la couverture à lui et de s’imposer comme une véritable terreur, Danny passe d’un confortement quasi normal à une brute psychopathe, sans oublier de laisser parfois entrevoir ses fêlures. Peut-être moins excusable et donc plus détestable encore, le père, incarné par le très bon Tom Sizemore, représente l’individu le plus haïssable du métrage, un arriviste sans scrupule persuadé que son argent peut tout acheter et qu’il détient un pouvoir total sur l’ensemble de sa communauté. Notons encore la présence d’un Robert Englund fort sobre dans le rôle secondaire du père alcoolique de Pete, un individu plus pathétique qu’effrayant entièrement à la botte de Michael McCormak.

Bien développés, les personnages sont le principal garant de RED, lequel n’hésite pas à adopter un rythme volontairement lent et parfois même contemplatif sans jamais ennuyer le spectateur. Les deux cinéastes offrent à Brian Cox l’occasion de montrer l’étendue de son talent dans une série de scènes intimistes et dramatiques, sèches et efficaces, versant parfois vers le drame lacrymal tout en restant toujours sobres et pudiques. RED reste jusqu’au bout fidèle à son réalisme et prend le risque d’une conclusion en demi-teinte dont la morale pourrait être « la vengeance ne résout rien ».

Le spectateur avide de carnage et rêvant de voir Brian Cox sortir le shotgun pour un ultime baroud en sera donc pour ses frais et, une nouvelle fois, le métrage appelle la comparaison avec GRAN TORINO en biaisant au final sur les attentes du spectateur. Bien ficelé, écrit avec tact par Stephen Susco et réalisé avec compétence par Lucky McKee et le norvégien Trygve Allister Diesen (difficile de déterminer qui a fait quoi au final), RED s’impose comme une belle réussite à peine tempérée par une love-story bateau inintéressante au possible entre Brian Cox et la reporter télé. Toutefois, malgré ces légitimes réserves, RED constitue un excellent thriller dramatique et cruel capable de tenir en haleine le spectateur sans user d’une violence excessive ni de clichés éculés. En résumé, une excellente surprise.

Présenté au BIFFF - Festival International du Film Fantastique de Bruxelles - en avril 2009

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2009