LES RENDEZ VOUS DE SATAN
Titre: Perché quelle strane gocce di sangue sul corpo di Jennifer? /
The Case of the Bloody Iris
Réalisateur: Giuliano Carnimeo
Interprètes: Edwige Fenech

 

George Hilton
Annabella Incontrera
Paola Quattrini
Giampiero Albertini
Franco Agostini
Oreste Lionello
Année: 1972
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Sous ce titre folklorique sans doute destiné à attirer les amateurs de films sataniques sortis dans le sillage de L’EXORCISTE, se dissimule un très classique mais plaisant giallo. Réalisé en 1971, il ne connaîtra cependant une exploitation dans les salles françaises que cinq ans plus tard sous une affiche complètement farfelue.

L’intrigue se révèle à la fois conventionnelle et embrouillée, dans la grande tradition du thriller italien. Après l’assassinat brutal de deux jeunes femmes dans un même immeuble, Andrea, le propriétaire (l’habitué George Hilton) propose à Jennifer et son amie Marylin d’y emménager et de poser pour sa prochaine campagne publicitaire. Andrea se rapproche rapidement de Jennifer, laquelle est également poursuivie par son ex-époux, partisan d’une secte vouée au libertinage sexuel. Cependant, l’homme meurt à son tour et la police commence à soupçonner Andrea mais celui-ci, victime d’une peur phobique du sang, parait incapable de commettre ces crimes brutaux. Dans l’entourage de Jennifer, les morts se succèdent et la vérité reste nébuleuse.

Réalisateur bien connu des amateurs de westerns, Guiliano Carmineo s’est illustré, sous le nom d’Anthony Ascott, en créant le personnage de Sartana, figure emblématique de l’Ouest made in Cinecittà. Si ses meilleurs réussites se trouvent dans le western (avec des titres comme LE MOMENT DE TUER ou DJANGO ARRIVE, PREPAREZ VOS CERCUEILS), le cinéaste se frotta, selon les époques, à d’autres genres porteurs comme l’érotisme (L’EMPRISE DES SENS), la comédie grivoise (LA CHAMPIONNE DU COLLEGE), la science fiction « post nuke » (LES EXTERMINATEURS DE L’AN 3000) ou le gore (RATMAN).

Bizarrement, Carmineo goûta peu aux charmes du giallo et LES RENDEZ-VOUS DE SATAN constitue son unique incursion dans ce domaine. Pourtant, si le long-métrage ne peut rivaliser avec les plus belles réussites du genre, le résultat s’avère plaisant. Le cinéaste a, en effet, eut l’intelligence de s’appuyer sur une équipe technique rodée qui comprend le fameux scénariste Ernesto Gastaldi, le compositeur Bruno Nicolai et le directeur photo Stelvio Massi (lequel fut par la suite un cinéaste d’exploitation bien connu et signa, sous le pseudonyme de Max Steel, les nauséeux MONDO CANE 3 et MONDO CANE 2000).

Le casting, lui aussi, rassemble quelques pointures du cinéma de genre européen, dont les inévitables Edwige Fenech et George Hilton, héros de très nombreux gialli et une fois de plus utilisés à bon escient par Carmineo. LES RENDEZ VOUS DE SATAN se suit donc avec plaisir même si, hélas, il ne dépasse jamais une honnête moyenne et ne surprendra nullement les habitués. Son classicisme s’avère, en effet, à la fois rassurant (tous les éléments attendus sont présents) et frustrant (aucune surprise à attendre de cette intrigue tortueuse mais aux rebondissements routiniers). L’association de talents rassemblés aurait put donner une œuvre marquante mais débouche, au final, sur un film sympathique malheureusement noyé dans la masse des dizaines de titres similaires sortis au cours des années ‘70.

Bien sûr, Carnimeo entretient l’attention du spectateur et lui proposa une galerie conséquente de suspects, chaque habitant de l’immeuble dans lequel se déroulent les meurtres cachant, en effet, un secret. L’architecte est trop charmeur pour ne pas figurer parmi les suspect en dépit de sa peur affirmée du sang, la voisine lesbienne semble bizarre, la vieille dame dissimule quelque chose et sa lecture effrénée de revues policières la rend soupçonnables tandis que le vieux professeur jouant du violon à longueur de journée pourrait, lui aussi, être l’assassin.

Dans la tradition du giallo, le criminel, bien évidemment vêtu de noir, commet quelques crimes graphiques (mais point trop) à l’arme blanche qui permettent d’intéressants tableaux morbides. Souvent efficace, la mise en scène donne au long-métrage un rythme nerveux, se permet quelques coquetteries visuelles aujourd’hui un brin datées mais plaisantes pour les nostalgiques des seventies et dispense un érotisme timide agréable à l’œil.

Le scénario, pour sa part, ne s’égare pas trop sur le terrain des explications psychanalytiques vaseuses et demeure crédible ou, du moins, vraisemblable, loin de certains délires abracadabrants vus dans les gialli ultérieurs.

Si le rythme d’ensemble reste un peu mollasson, le derniers tiers de ces RENDEZ VOUS DE SATAN s’accélère et propose, au final, une conclusion satisfaisante même si, à ce moment, l’identité du tueur semble évidente. Sans s’élever au niveau des meilleurs giallo, LES RENDEZ VOUS DE SATAN reste une production sans temps morts qui se suit avec plaisir pour les amateurs, lesquels ne seront probablement guère surpris par l’intrigue mais passeront néanmoins un bon moment à démêler les fils de l’enquête pour percer à jour l’identité du maniaque.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2011