REQUIESCANT - TUE ET FAIS TA PRIERE (TEL ETAIT SON NOM)

Titre: Requiescant
Réalisateur: Carlo Lizzani
Interprètes: Lou Castel

 

Mark Damon
Pier Paolo Pasolini
Barbara Frey
Rossana Martini
Mirella Maravidi
Ninetto Davoli
Année: 1967
Genre: Western
Pays: Italie / Allemagne
Editeur Arrow (Blu ray)
Critique:
Un an après le réputé DU SANG DANS LA MONTAGNE, Carlo Lizzani tourne un second western, une œuvre originale et réussie qui aborde des thématiques politiques et religieuses sous couvert d’un simple divertissement à l’italienne. A la fin de la Guerre de Sécession tout un village mexicain est anéanti par un officier esclavagiste, Fergusson. Seul un jeune garçon en réchappe avant d’être recueilli par un pasteur qui l’élève avec sa fille, Princy. Dix ans plus tard la jeune femme quitte le foyer familial et tombe dans la prostitution. Son demi-frère, surnommé Requiescant, tente de l’en sortir et croise à nouveau la route de Fergusson, lequel fait la loi dans la ville de San-Antonio. Le fils adoptif du pasteur va devoir faire parler la poudre.



REQUIESCANT – TUE ET FAIS TA PRIERE se distingue en premier lieu par son casting très intéressant puisque, dans le rôle principal, nous découvrons le Colombien Lou Castel alors à ses débuts. On l’avait remarqué précédemment dans le très politisé EL CHUNCHO et il se montre ici particulièrement convaincant en campant un héros candide, élevé dans la foi religieuse, confronté à la violence des Hommes. Le jeune homme se voit plus ou moins clairement assimilé à un envoyé de Dieu venu apporter le jugement aux Hommes comme en témoigne son adresse miraculeuse et innée avec le six-coups.

Mark Damon (JOHNNY YUMA, BYLETH) campe son adversaire, Fergusson, véritable incarnation de la tyrannie, personnage haineux mais cultivé, aristocrate misogyne et fascinant. Son look blafard et fantomatique lui confère une aura quasiment fantastique et l’apparente à une sorte de mort vivant sadique qui règne en despote absolu sur la ville de San Antonio. Pourtant, ce personnage ne sombre pas dans la caricature et demeure crédible tandis que ses discours dominateurs s’appuient sur une rhétorique érudite. Une prestation remarquable et un méchant aussi intéressant qu’ambigu, loin des despotes ricanant vus dans de trop nombreux spaghetti.

Enfin, Pier Paolo Pasolini (qui aurait participé au scénario sans être crédité), pour un de ses rares rôles, campe un prêtre tiraillé entre le message christique et les nécessités de la révolution, entre le sermon et l’obligation de la violence.

Malgré son fond politico-socio-religieux, le film ne ménage pas le spectaculaire et offre un final impressionnant dans lequel s’exprime une Gatling utilisée à bon escient. On relève encore quelques scènes originales comme ce duel au cours duquel les adversaires, la corde au cou, tentent de se pendre mutuellement en brisant les pieds d’un tabouret. Original et bien pensé. Intelligent, efficace, bien filmé et interprété, REQUIESCANT – TUE ET FAIS TA PRIERE, bercé par la guitare inspirée de Riz Ortolani, s’impose comme un classique à redécouvrir du western italien.

Du tout bon !

Fred Pizzoferrato - Mai 2017