LE CRI QUI TUE
Titre: Return of Bruce / Le cri de la mort / Le Retour de Bruce Lee / Zhong lie Jing wu men / Bruce défie la mort / Quand le tigre s'en mêle
Réalisateur: Joseph Velasco
Interprètes: Bruce Le (aka Kenneth Rivero)

 

Meng Fei
Lo Lieh
James Nam
Christina Cheung
 
 
Année: 1978
Genre: Bruceploitation
Pays: Hong Kong
Editeur  
Critique:

Si, en 1973, Bruce Lee part pour un autre monde, quatre ans plus tard, une modeste série B nous convie à son retour…sous les traits de Bruce Le. Cette petite production en provenance des Philippines, originellement titrée « Return of Bruce », est, en effet, sortie sous une foule de titres français différents, dont "Le Retour de Bruce" mais aussi "Quand le tigre s’en mêle", "Bruce le vengeur kamikaze", "Le cri de la mort" ou encore "Bruce défie la mort".

Malheureusement, toutes ces appellations différentes ne peuvent masquer l’évidence : LE CRI QUI TUE est une des pires bruceploitation jamais tournées ! L’intrigue, simpliste, met en scène un certain Wong Lung (Bruce Le sous le pseudonyme de Kenneth Rivero) qui découvre un trafic de femmes, dans les bas-fonds de Manille, dirigé par le fameux criminel Cruz.

Après diverses péripéties, notre héros voit sa copine menacée puis kidnappée avant que son cousin ne soit tué par Cruz, lequel fait régner la terreur à l’aide d’une milice privée composée d’experts en arts martiaux. Excédé, Wong Lung décide de rendre justice et, seulement armé de ses poings, de ses pieds et de son cri rageur (qui tue), il investit le repaire des truands !

Cette obscure série B, pratiquement dénuée d’intérêt, fut réalisée par le spécialiste Joseph Velasco qui livre ici le service minimum (voire en deçà). Le scénario, basique, égrène de son côté tous les clichés du « kung-fu » standard de cette époque, à commencer par une petite touche sentimentale et larmoyante, indispensable à la recette, amenée par la rencontre de Bruce Le avec un gamin des rues, surnommé Piggy, qu'il va prendre sous son aile. D’où quelques scènes énervantes au possible qui tentent, maladroitement, de titiller la fibre sensible du spectateur.

D’autres passages, voulus humoristiques, sont tout aussi pesants et impliquent un personnage particulièrement caricatural de truand maigrichon et efféminé. Ce-dernier accumule les comportements de « grande folle » sans parvenir à décrocher au public le moindre sourire. Triste ! Bruce Le, pour sa part, accomplit son numéro habituel d’imitation forcenée de tous les tics établis par le véritable Petit Dragon : il miaule comme un chat en rut, se touche le nez en prenant un air concentré, goutte son sang et arrache les poils directement sur les ventres velus des racailles.

Si, pendant une quinzaine de minutes, ce pillage éhonté amuse l’amateur conciliant, la suite devient rapidement lassante, pour ne pas dire pitoyable. LE CRI QUI TUE recycle ainsi, sans la moindre imagination, les lieux communs des véritables films de Bruce Lee et les empile sans se soucier de la moindre cohérence. Les scènes d’action se succèdent par conséquent sans jamais passionner, entrecoupées de gags bien lourds destinés à allonger la sauce et à permettre au long-métrage d’atteindre la durée réglementaire.

Les duels martiaux, pour leur part, sont nombreux mais, hélas, quantité ne rime pas forcément avec qualité, un adage confirmé par ce CRI QUI TUE dans lequel les coups sont hésitants et rarement portés. Les chorégraphies, rudimentaires, jouent la carte du combat de rue et s’inspirent outrageusement des frappes sèches et précises de Bruce Lee sans jamais, évidemment, en retrouver l’énergie communicative. Le grand final voit cependant Bruce Le affronter une vingtaine de crapules durant une longue demi-heure.

Hélas, ce qui s’annonçait, sur le papier, comme dantesque se révèle, à l’écran, soporifique tant cette suite de bagarres pataudes provoque davantage d’ennui que d’excitation. Pour maintenir éveillé le pauvre spectateur, le cinéaste, en fier routier de l’exploitation, saupoudre son film d’une pincée de violence et d’une dose de nudité gratuite mais l’ensemble n’est guère plus intéressant pour autant.

Perdu dans un casting majoritairement composé d’inconnus, le vétéran Lo Lieh, ex-star de la Shaw Brothers, intervient de manière abrupte lors du climax et interprète, comme souvent, un cruel Japonais que Bruce Le combat en guise de « boss » ultime. Rien de mémorable.

Seul le final, pessimiste et désespéré (tout le monde meurt sauf le gamin, une nouvelle fois orphelin !), apporte un soupçon d’originalité à cette bruceploitation mollassonne et pas franchement recommandable, y compris par les aficionados du genre. A éviter.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2014