LES EXPERIENCES EROTIQUES DE FRANKENSTEIN
Titre: La maldición de Frankenstein
Réalisateur: Jesús Franco
Interprètes: Alberto Dalbés

 

Dennis Price
Howard Vernon
Beatriz Savón
Anne Libert
Britt Nichols
Lina Romay
Année: 1972
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

Au début des seventies, Jess Franco, en pleine frénésie cinématographique, enchaine les tournages et s’intéresse aux grands classiques du fantastique, lesquels (les pauvres !) n’en demandaient pourtant pas tant. Le cinéaste propose donc une sorte de trilogie thématique composée de LA FILLE DE DRACULA, DRACULA PRISONNIER DE FRANKENSTEIN et LES EXPERIENCES EROTIQUES DE FRANKENSTEIN et suit en cela une mode volontiers révisionniste qui comprend des titres aussi improbables que DRACULA Vs FRANKENSTEIN ou LADY FRANKENSTEIN CETTE OBSEDEE SEXUELLE. Bref, Mary Shelley ne se contente plus de se retourner dans sa tombe, elle fait à présent la toupie !

Le film débute par la vision de Frankenstein (Dennis Price) occupé à bidouiller sa créature à la peau argentée sous l’œil d’un assistant sinistre (Franco en personne). Survient Melissa, une femme oiseau vaguement vampire (Anne Libert) qui agit pour le compte d’un magicien, le terrible Cagliostro, incarné par le vétéran cabotin Howard Vernon. Celui-ci semble persuader de pouvoir créer une race supérieure en accouplant la créature de Frankenstein, considérée comme une « pure œuvre d’art » avec une demoiselle d’une grande pureté.

Comme souvent avec les expériences (érotiques ou non) des savants fous, l’intérêt de ce genre de manipulations reste à démontrer mais passons et continuons notre exploration d’un film dont la principale qualité n’est certes pas la cohérence. Un protagoniste apparemment sympathique, le docteur Seward, entre alors en scène et décide d’enquêter sur la mort de son ami Frankenstein, lequel l’a supplié, avant son décès, de veiller « au nom de la science », sur son monstre. Eva, la fille du baron décédé, débarque ensuite et ressuscite son paternel dans le but d’en découvrir davantage sur son trépas.

Divers événements surviennent encore : la créature attaque, une gitane nommée Esmeralda (Lina Romay dans son premier rôle) énonce quelques prédictions, des zombies déambulent longuement dans les bois, Cagliostro fouette des jeunes filles kidnappée et le spectateur, pour sa part, renonce à tenter de comprendre ce qui se passe à l’écran, porté par la folie d’un Jess Franco en roue libre. En effet, le cinéaste, en pleine tentative expérimentale, se la joue avant-gardiste et multiplie les plans biscornus, les flous plus ou moins volontaires, les contre-jour aveuglantset les cadrages absurdes. Dans quel but ? Mystère !

Est-ce un total délire de mise en scène, un « je m’en foutisme » absolu ou simplement un renoncement complet à se plier aux plus élémentaires règles cinématographiques ? La question reste posée devant le résultat, souvent pratiquement irregardable en dépit d’une agréable photographie aux couleurs bien tranchées.

L’histoire racontée passe, elle, au second (voire au troisième plan) et le scénariste parait perdre des chapitres entiers de son scénario, déjà rachitique, au fur et à mesure de la projection. Pour meubler et atteindre la durée réglementaire, Franco doit donc ruser comme un beau diable. Il étire toutes les scènes au-delà du supportable, filme longuement un ruisseau qui glougloute (c’est beau comme une publicité pour Herta) ou s’appesantit durant de longues minutes une forêt dans laquelle se traine des silhouettes fantomatiques (ou plus prosaïquement des figurants enveloppés d’un drap).

L’ensemble s’avère dès lors si languissant que Jean Rollin et Amando De Ossorio ressemblent, par comparaison, à des réalisateurs de films d’action. Comme beaucoup de « bisseries » de cette époque, LES EXPERIENCES EROTIQUES DE FRANKENSTEIN existe en plusieurs versions : l’une comprend de nombreuses scènes de nudité intégrale, l’autre, destinée à une exploitation espagnole sous le régime franquiste, reprend les mêmes passages en mode « habillé ».

Cependant, bien des scènes diffèrent également entre les deux montages et seuls le « soft » comprend, par exemple, le personnage de la bohémienne incarné par Lina Romay. Une sous-intrigue sans intérêt probablement incluse, une fois encore, uniquement pour atteindre la durée réglementaire. Pitoyable !

Seul le casting confère à LES EXPERIENCES EROTIQUES DE FRANKENSTEIN un semblant d’intérêt puisqu’on y retrouve le vétéran Dennis Price (THE EARTH DIES SCREAMING, THEATRE DE SANG) dans un de ses derniers rôles. A ses côtés, les habitués de Jess Franco sont bien sûr de la partie, à commencer par le vétéran Howard Vernon accompagné de Britt Nichols (QUARTIER DE FEMMES) et de la starlette du cinéma érotique Anne Libert (LE JOURNAL INTIME D’UNE NYMPHOMANE).

La musique, pour sa part, est signée de l’inévitable Daniel White qui livre ici une partition bruitiste et pénible, particulièrement désagréable à supporter et rarement en accord avec les images proposées. Atroce. On oubliera charitablement les pitoyables effets spéciaux et les maquillages complètement ratés, ainsi que la pauvreté des décors (in)dignes d’un serial de troisième zone.

Quelques saynètes sadiennes incongrues ponctuent toutefois le long-métrage et le rendent vaguement distrayant pour les inconditionnels du cinéaste. Citons en particuliers cette longue scène surréaliste qui voit la créature de Frankenstein fouetter un couple placé au centre d’une pièce garnie de pointes métalliques menaçantes. Cagliostro, de son côté, ricane aux côté de sa femme-oiseau manifestement excitée par le spectacle. Du délire !

Malheureusement, cela ne suffit pas à rendre intéressantes ces EXPERIENCES EROTIQUES DE FRANKENSTEIN franchement soporifiques, d’autant qu’à la même époque CHAIR POUR FRANKENSTEIN proposait un mélange nettement plus convaincant d’horreur et d’érotisme. D’ailleurs même les plus mauvais films de Paul Naschy paraissent largement supérieurs à cette oeuvrette ratée qui échoue totalement à raviver la flamme des classiques de l’épouvante.

Hommage complètement absurde et débilitant aux grands mythes du fantastique revisités de manière désordonnée et foutraque, LES EXPERIENCES EROTIQUES DE FRANKENSTEIN demeure, surtout, une expérience pour le pauvre spectateur témoin de ce festival d’incongruités.

Une des pires réalisations de Jess Franco. C’est dire l’étendue du désastre !

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013