ROBOT JOX : LES GLADIATEURS DE L'APOCALYPSE
Titre: Robot Jox / Robojox
Réalisateur: Stuart Gordon
Interprètes: Gary Graham

 

Anne-Marie Johnson
Paul Koslo
Robert Sampson
Hilary Mason
Carolyn Purdy-Gordon
Jeffrey Combs
Année: 1987/1990
Genre: Science-fiction
Pays: USA
Editeur  
Critique:

L’idée de ROBOT JOX (à l’origine titré « Robojox ») remonte au milieu des années 80, en plein triomphe des dessins animés et des jouets de la gamme « Transformers ». Le producteur Charles Band, via sa célèbre compagnie Empire, décide d’exploiter le concept, mais sans payer les droits évidemment, et ROBOT JOX est lancé avec fracas en 1987. Malheureusement, le budget trop important entraîne la ruine d’Empire et il faudra attendre plus de deux ans pour que le film sorte finalement grâce à la Colombia. Le projet partait pourtant sous les meilleurs auspices au vu de l’implication de Stuart Gordon, alors le protégé d’Empire, qui venait de réaliser coup sur coup trois belles réussites : RE-ANIMATOR, DOLLS et FROM BEYOND.

Si l’idée de base provient de Stuart Gordon, le scénario va être écrit par le grand écrivain de science-fiction Joe Haldeman (détenteur de deux Hugo du meilleur roman pour « La Guerre éternelle » et « La Paix éternelle »), une belle caution artistique pour un Charles Band décidé à offrir un grand spectacle. Le producteur voyait donc grand et Haldeman envisageait une intrigue menée comme une grande fresque épique, mâtiné de drame antique (comme en témoigne, entre autre, les noms des protagonistes empruntés à la mythologie grecque) mettant en scène de véritables gladiateurs modernes proches de ceux de ROLLERBALL.

Rapidement, hélas, de grandes divergences vont apparaître entre Haldeman et Gordon, le premier envisageant une œuvre adulte et plutôt politique, le second souhaitant un spectacle familial montrant des robots gigantesques s’affronter sous la mer à coup de missiles. Difficile de concilier les sensibilités opposées et de nombreuses réécritures seront nécessaires (on parle d’une dizaine), amenant Dennis Paoli, scénariste réputé d’Empire, à venir s’en mêler pour sauver les meubles.

Le budget estimé sera également ramené de 30 à 7 millions de dollars ce qui parait relativement peu au regard des ambitions mais énorme par rapport aux standards de Charles Band dont c’est – et de loin – le film le plus couteux. Un dépassement important (le budget total étant estimé à environ 10 millions) finira d’ailleurs par couler la prospère compagnie. Pour les effets spéciaux, ROBOT JOX engage le spécialiste de l’animation image par image David Allen, lequel se charge de donner vie aux machines géantes. Sans se départir complètement de l’aspect saccadé intrinsèque à la technique de la stop-motion, les effets sont de très grande qualité, d’autant que la relative rigidité des robots accentue l’aspect pesant et titanesque de ces monstres de métal. Dommage que certains vaisseaux paraissent bien moins réussis et que les interactions entre les humains et les géants de fer ne soient pas toujours bien maîtrisées. De menus défauts dans l’ensemble car les trucages pré-images de synthèse de ROBOT JOX restent charmants et efficaces. A l’image du film même si, malheureusement, le rabotage des ambitions, suite à la faillite d’Empire, transforme une superproduction voulue colossale en une modeste série B sans grande envergure.

La sortie de ROBOT JOX se fera finalement en novembre 1990 aux Etats-Unis, après une gestation de plus de trois ans. A cette époque la mode des « Transformers » est (provisoirement) passée et les images de synthèses révolutionnent le cinéma de divertissement. Comme on peut s’y attendre, les recettes de ROBOT JOX seront proprement catastrophiques, le métrage parvenant à grandes peines à récolter un peu plus d’un million de dollars. La réputation désastreuse de ROBOT JOX le poursuivra de longues années mais, en le voyant aujourd’hui, une vingtaine d’années plus tard alors que les passions se sont tues, il est possible d’y prendre un certain plaisir.

Le scénario, lui, s’avère très simple : dans un futur proche le monde a été victime de tant de guerres que l’air est devenu irrespirable. Les conflits entre armées, jugés trop destructeurs, ont donc été abolis et les guerres se résolvent donc par l’intermédiaire de robots géants pilotés par des combattants surentrainés. Ils opposent principalement les forces de la Confédération (en gros l’URSS) et du Marché (les USA) qui continuent de s’affronter pour la domination des ressources planétaires.

Au cours d’une de ses joutes, Hercule, un des meilleurs guerriers du Marché, perd la vie face au terrible Alexander, champion de la fédération. Son ami Achille décide de le venger mais le combat suivant se termine sur un match nul après qu’un accident ait provoqué la mort de plus de trois cents spectateurs. Achille renonce donc à combattre. Une jeune recrue féminine, Athéna, est alors choisie pour le prochain combat contre Alexander mais Achille, amoureux de la demoiselle, refuse qu’elle risque sa vie et revient pour affronter le cruel gladiateur. Malheureusement, Athéna ne l’entend pas ainsi : elle injecte un somnifère à Achille et prend sa place dans le cockpit du robot géant, bien décidée à combattre Alexander.

Cette intrigue, prévisible et linéaire, manque terriblement de vie et de surprises et il serait sans doute intéressant de connaître la version de Joe Haldeman tant l’adaptation filmée semble avoir évacué toute ambiguïté et considérations sociopolitiques au profit d’une sorte de comic-book filmé. Bref, nous sommes loin du grand film de science-fiction épique escompté, d’autant que les acteurs choisis ne sont pas vraiment connus ou convaincants, même si ce sont des familiers de la télévision.

Gary Graham joua ainsi dans la série dérivée de FUTUR IMMEDIAT (ALIEN NATION) avant d’obtenir un rôle récurent dans « Star Trek : Enterprise ». On retrouva Anne-Marie Johnson dans le dérivé télévisuel, en 118 épisodes, de DANS LA CHALEUR DE LA NUIT. Et, enfin, Paul Koslo, incarnant l’infâme Alexander, a fréquenté en invité quasiment toutes les séries télé de ces trente dernières années, ses seuls rôles notables au cinéma étant dans LE SURVIVANT de Boris Sagal, VANISHING POINT et CHAINED HEAT 2 aux côtés de Brigitte Nielsen. Notons cependant les seconds rôles très anecdotiques de Carolyn Purdy-Gordon (l’épouse du cinéaste) et de Jeffrey Combs apparaissant en spectateur prenant les paris sur les combats en cours.

Si les interprètes ne sont guère fameux, la caractérisation des différents protagonistes n’est surement pas le point fort de ROBOT JOX. Le personnage de l’ancien héros devenu entraineur qui se révèle finalement – oh étonnement ! – le traître au service de l’ennemi, le gladiateur russe (son accent et son attitude sont si manifestement russes qu’il ne sert à rien de tergiverser à ce sujet) dépeint comme un fou homicide, la demoiselle élevée en laboratoire pour devenir une machine à tuer découvrant finalement les vertus des sentiments humains et le fier combattant rempilant pour un dernier combat par amour de la donzelle précitée paraissent tous avoir le mot « cliché » inscrit en grand sur leur front.

La romance s’avère, elle, tout aussi insipide et in-inspirée tant les acteurs échouent à retranscrire la moindre émotion, peu aidés il est vrai par des dialogues globalement plats et affligeant. Seules quelques remarques isolées, ainsi que l’une ou l’autre considération sur l’état du monde semblent témoigner d’une certaine recherche, sans doute de vagues réminiscences d’un projet initial bien plus ambitieux. La signification de la chance pour les combattants ou la révélation de l’identité du traitre par écran vidéo interposé restent, par exemple, de belles séquences qui traduisent ce qu’aurait pu être ROBOT JOX avec un budget plus conséquent, des interprètes plus concernés et, surtout, une approche plus franche de la science-fiction d’orientation sociopolitique.

Stuart Gordon semble d’ailleurs hésiter sur le ton à adopter, oscillant entre un certain sérieux disons réaliste et un humour semi-parodique. Pas vraiment dupe de son sujet, sans doute, notre cher Gordon met le paquet au niveau des séquences d’action, proposant deux affrontements spectaculaires entre les robots géants. Si le premier combat reste « réaliste », le second vire au pur délire bis, lourdement inspiré des « Transformers », les adversaires mécaniques allant combattre dans l’espace avant de revenir sur terre pour se transformer en véhicules de combats. Le méchant Alexander pilote ainsi un engin destructeur, proche des tripodes de LA GUERRE DES MONDES, équipé d’une énorme tronçonneuse et d’un redoutable « fulguro-poing » tandis que le gentil Achille change son robot en une sorte de blindé tout-terrain monté sur chenilles. Le combat final se poursuit par un duel à mort des deux pilotes finalement interrompu par une réconciliation à l’optimisme naïf dans une envolée fraternelle digne du final de ROCKY IV.

Pourtant, même si l’évolution incroyable des effets spéciaux risque de rendre aujourd’hui ROBOT JOX très daté, le charme opère encore sporadiquement et le métrage s’avère bien plus divertissant que beaucoup l’ont prétendu. En dépit de ses nombreux défauts, ROBOT JOX reste une bonne petite série B sympathique et distrayante qui se regarde sans ennui à condition d’accepter l’aspect très bande dessinée d’un métrage qu’on eut aimé un poil plus ambitieux.

Mais, dans l’ensemble, ROBOT JOX demeure très honnête et mérite bien une vision pour les amateurs de robots géants qui se bastonnent avec énergie. Ce n’est pas très intelligent mais, franchement, ça se suit avec plaisir et au vu de la production et de la genèse chaotiques du métrage c’est déjà pas mal.

A noter que le rusé Charles Band réutilisa certains concepts (en particulier les couteux robots) dans au moins trois productions ultérieures : CRASH AND BURN et deux pseudo séquelles de ROBOT JOX, les bien nommés ROBOT WARS et ROBO WARRIORS.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2009