ROCKILL
Titre: Rocktober Blood
Réalisateur: Beverly Sebastian
Interprètes: Tray Loren

 

Nigel Benjamin
Donna Scoggins
Cana Cockrell
Renee Hubbard
Ben Sebastian
Tony Rista
Année: 1984
Genre: Slasher
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Ferdinand et Beverly Sebastian travaillent dans le cinéma depuis la fin des années ’60. Leur carrière, qui s’est prolongé jusqu’en 1993, s’inscrit dans le créneau du cinéma d’exploitation et le couple s’occupe généralement de la plupart des postes clés sur leurs long-métrages : réalisation, scénario, production, direction photographique, montage, etc. Leur film le plus « célèbre » reste GATOR BAIT, tourné en 1974, fortement inspiré de DELIVRANCE, qui atteint un statut quasi culte au fil du temps et engendra une séquelle quinze ans plus tard : GATOR BAIT 2 : CAJUN JUSTICE.

ROCKILL (ou ROCKTOBER BLOOD) constitue la tentative du dynamique duo pour conjuguer deux modes en vogue au milieu des années ’80 : le slasher et le heavy metal, tendance glam avec maquillages, moule-burnes et paillettes. Le résultat, malheureusement, s’avère une cruelle déception et délivre plus d’ennuis que de frissons.

L’intrigue s’intéresse à Billy Harper, le chanteur de Rocktober Blood, un populaire groupe de heavy metal, condamné à mort sur la chaise électrique pour avoir tué 25 personnes. Après la mort de Harper, les autres musiciens décident cependant de continuer et, deux ans plus tard, Lynne Starling, son ex copine, prend le relais derrière le micro. Le lancement de ce groupe « remanié » et rebaptisé Headmistress, est un tel succès qu’une tournée mondiale est planifiée. Mais plusieurs personnes dans l’entourage des rockeurs sont brutalement assassinées et Lynne tente de convaincre ses amis que Billy est revenu de la tombe pour se venger…

ROCKILL est un exemple quasi archétypal du slasher du milieu des années ’80 avec tous les codes indispensables à ce genre de film : un script idiot, des acteurs calamiteux, une mise en scène approximative, de prudents effets gore, des filles nues et une bande originale orientée heavy metal gentillet pour plaire au public de MTV.

Le rôle principal, celui du tueur fantôme (ou non ?), échoit à Nigel Benjamin, un chanteur ayant œuvré au sein des légendaires Mott The Hoople puis de London (ou débutèrent, entre autres, Nikki Sixx, Slash, Blackie Lawless et Izzy Stradlin) et finalement de Sorcery, ces-derniers assurant la musique (plutôt sympa d’ailleurs) de ROCKILL. Si les capacités vocales de Benjamin sont indéniables, ses talents d’acteurs se révèlent, par contre, terriblement risibles, à l’image de l’ensemble du casting, terrassant d’amateurisme. L’intrigue, pour sa part, aligne tous les clichés du slasher des années ’80, laisse planer le doute sur la possible nature surnaturelle du meurtrier et étire la plupart des scènes au-delà du supportable.

Si les vingt premières minutes font vaguement illusions (elles sont étonnamment rythmées et délivrent une suite de morts violentes), la suite s’enfonce malheureusement dans la médiocrité. L’interminable séquence du cimetière (l’héroïne désire déterrer le tueur supposé pour s’assurer qu’il est bel et bien mort) achèvera les plus patients, lesquels devront pourtant encore subir, ensuite, un bon quart d’heure de concert qui n’apporte strictement rien au scénario avant un final précipité et franchement décevant.

Le gore, pour sa part, est très peu présent (le body count est, de toute façon, peu élevé) et se limite à des maquillages simplistes mais ROCKILL se montre heureusement un poil plus généreux au niveau de la nudité féminine gratuite. Cependant, rien de tout cela ne justifie la vision du long-métrage, excepté pour les inconditionnels du slasher.

Quelques lignes de dialogues amusantes (« I want your hot steaming pussy blood all over my face ») n’excusent pas le sérieux excessif d’un titre qui aurait surement beaucoup gagné à jouer davantage la carte de l’humour et du second degré. Toutefois, quelques passages sont (involontairement ?) drôles, en particuliers lorsque le chanteur maléfique démembre deux choristes sur scène en plein concert, le public imaginant qu’il s’agit simplement d’un effet spécial à la Alice Cooper intégré au spectacle.

Dans l’ensemble, ROCKILL ne présente guère d’intérêt. Il s’agit d’un banal slasher, complètement noyé dans la masse, excepté par son côté heavy metal (en outre relativement fréquent durant les années ’80 comme en témoigne, par exemple, BLOOD TRACKS ou TERROR ON TOUR) qui pourra plaire aux nostalgiques indulgents. Les autres s’abstiendront avec raison.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2012