SANS MOBILE APPARENT
Titre: Sans mobile apparent
Réalisateur: Philippe Labro
Interprètes: Jean Louis Trintignant

 

Jean-Pierre Marielle
Stéphane Audran
Sasha Distel
Carla Gravina
Laura Antonelli
Dominique Sanda
Année: 1971
Genre: Thriller / Polar / Giallo
Pays: France / Italie
Editeur  
Critique:

Né en 1936, Philippe Labro part, à 18 ans, sur les routes américaines puis, revenu en Europe, entame une carrière de journaliste, notamment pour Europe1 puis France Soir. Par la suite, on le retrouve à RTL, TF1, Antenne2, Paris Match, etc. Animateur radio mais aussi directeur de RTL, Labro fonde la chaine Direct8 et écrit des textes pour Johnny Halliday et Serge Gainsbourg. Ecrivain réputé, il manque à plusieurs reprises le Prix Goncourt mais se voit décoré commandeur de la Légion d’Honneur en 2010.

Après un téléfilm en 1966, Philippe Labro signe son premier long-métrage pour les salles obscures, TOUT PEUT ARRIVER, en 1969. Sa seconde tentative, SANS MOBILE APPARENT, est généralement considérée comme sa plus belle contribution au Septième Art et témoigne de ses influences et admiration. Adapté de « Dix plus un », une série noire de Evan Hunter (alias Ed McBain), le film conjugue le polar à l’américaine, les influences du policier à la Jean-Pierre Melville et le thriller européen qui lui valurent de se voir, fréquemment, catégorisé dans le giallo. Non sans raison puisque, si Labro ne se conforme pas à tous les clichés du genre, il en reprend cependant de nombreux éléments constitutifs qui feront la joie des amateurs.

Nice. Deux hommes en vue, Tony Forest et Pierre Barroyer, sont assassinés en deux jours par un mystérieux tireur fou qui les abat d’une balle en pleine tête. L’enquête est confiée à l’inspecteur Carella (Trintignant) mais celui-ci ne parvient pas à découvrir de liens entre les deux victimes, excepté une connaissance commune, un astrologue nommé Hans Kleinberg. Avant d’être interrogé, ce-dernier meurt à son tour, lui aussi victime du supposé « tireur fou » qui sème une véritable psychose dans la cité. La seule piste réside dans un carnet de rendez-vous dans lequel Forest notait scrupuleusement ses conquêtes féminines. L’une d’elles n’est autre, d’ailleurs, que Jocelyne Rocca, ancienne maîtresse de Carella, abattue à son tour alors qu’elle venait de s’entretenir avec l’inspecteur. Ce-dernier fait dès lors le serment de stopper l’assassin et fouille le passé des différentes victimes, à la recherche d’une connexion entre elles. Bientôt, il apparait que toutes avaient participé, huit ans auparavant, à une représentation théâtrale. Or, coïncidence ou non, la pièce « maudite » s’apprête à être rejouée pour la première fois, le metteur en scène ayant rassemblé une nouvelle troupe…

Dévoilant Nice de manière menaçante en s’attardant sur l’architecture de la cité, SANS MOBILE APPARENT se déroule sous un soleil de plomb et dans un climat de tension. Divers cartons décomptent les jours qui s’écoulent et correspondent à autant de victimes, frappées par un assassin inconnu. L’enquête policière avance, elle, laborieusement et les forces de l’ordre semblent impuissantes à stopper le meurtrier. Celui-ci, pour sa part, reste mystérieux et ganté de cuir mais, à la différence de ses collègues de la Péninsule, use d’une plus pratique carabine équipée d’un silencieux.

Si le modus operandi éloigne notre « tireur fou » des stéréotypes transalpins, ses motivations, elles, sont purement « giallesques » (et nous ne les dévoilerons évidemment pas !). Face au criminel vengeur se dresse l’impeccable Jean Louis Trintignant, d’ailleurs familier du giallo puisqu’on le vit dans le SI DOUCES SI PERVERSES d’Umberto Lenzi et dans trois œuvres curieuses à la lisière du genre (LA MORT A PONDU UN ŒUF, EN CINQUIEME VITESSE et LA FEMME DU DIMANCHE). Il incarne ici un inspecteur très sobre (parfois un peu trop peut-être !) décidé à coincer le maniaque qui obéit, de son côté, à un plan machiavélique et précis. Jean-Pierre Marielle, en gentleman anglais, le chanteur Sasha Distel, Stéphane Audran, Carla Gravina (affublée d’une jupe ultra courte) et Laura Antonelli complètent cette distribution de qualité.

Comme dans de nombreux giallo ou thrillers de la même époque, SANS MOBILE APPARENT brosse en outre un portrait plutôt virulent des « notables » niçois, lesquels planquent leur argent en Suisse, trompent leur femme, participent à des orgies, combinent des magouilles peu reluisantes, etc. Les flics, de leur côté, ne sont pas montré à leur avantage, à l’exception du héros, situé entre les incorruptibles du poliezsco et les durs à cuire façon L’INSPECTEUR HARRY. Une parenté accentuée par un final désabusé qui prend place après un climax un brin décevant et trop précipité pour convaincre.

Enfin, la partition d’Ennio Morricone soutient efficacement l’action et achève de rendre ce long-métrage très plaisant, notamment lors d’une scène « musclée » au cours de laquelle Trintignant traque le tueur (blessé au bras) sur le port de Nice. Du vrai bon cinoche populaire dans le meilleur sens du terme !

En dépit de l’une ou l’autre faiblesse (notamment cette conclusion précipitée qui arrive de manière abrupte), SANS MOBILE APPARENT reste une œuvre solide et rondement menée. Une jolie réussite à placer sans hésiter aux côtés de PEUR SUR LA VILLE dans la catégorie des polars / thrillers influencés par le « filone » italien.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2013