SANTO CONTRE LES MOMIES DE GUANAJUATO
Titre: Las momias de Guanajuato
Réalisateur: Federico Curiel
Interprètes: Blue Demon

 

Mil Máscaras
Santo
Manuel Leal
Elsa Cárdenas
Julio Cesar
Jorge Pinguino
Année: 1972
Genre: Aventures / Catch / Horreur
Pays: Mexique
Editeur  
Critique:

Pour ceux qui l’ignorent, Santo est un lutteur mexicain masqué, surnommé El Enmascarado de Plata. Né en 1917, Rodolfo Guzmán Huerta (son véritable nom) débute sa carrière en 1934 et multiplie les pseudonyme jusqu’à opter pour celui de Santo en 1942. Il appartient alors au camp rudos (équivalent des « heels » américains, autrement dit « les méchants ») mais rejoint ensuite les tecnicos (les « gentils » ou « faces »). Devenu très populaire, Santo est, dès le début des années ’50, le premier catcheur à voir ses aventures publiées sous forme de bandes dessinées.

Le succès se prolonge par une seconde carrière d’acteur de cinéma, le lutteur jouant, dès 1958, dans SANTO CONTRO EL CEREBRO DEL MAL et SANTO CONTRA LOS HOMBRES INFERNALES, coproduits avec Cuba. Jusque sa retraite en 1982, Santo va apparaître dans plus de cinquante long-métrages et affronter des dizaines d’adversaires : vampires, loups-garous, zombies, martiens, savants fous, etc.

Cet épisode, le plus populaire auprès des fans, le voit se mesurer à une horde de momies mené par un lutteur mort vivant adorateur du diable. Ce fut le plus gros succès de toute l’histoire du « film de catch mexicain » même si, paradoxalement, Santo n’y tient qu’un rôle secondaire et laisse la vedette à ses deux amis, Blue Demon et Mil Mascaras.

L’intrigue prend place à Guanajuato, une ville mexicaine réputée pour ses momies, conservées grâce à la sécheresse de l’air. Plus d’une centaine de corps ainsi conservés sont présentés au public mais, dans SANTO CONTRE LES MOMIES DE GUANAJUATO seule une demi-douzaine seront visibles.

Un nain dénommé Pingouin (sic !), mascotte des catcheurs Blue Demon et Mil Mascaras, gagne sa pitance en offrant aux touristes une visite des catacombes de la ville où reposent les momies, exposées de manière fort peu respectueuse sur un banc. L’une d’elles est d’ailleurs le méchant catcheur Satan, battu voici un siècle par l’ancêtre de Santo et toujours affublé de son costume de ring en parfait état. Le lutteur, qui a vendu son âme au diable, a juré de revenir se venger un siècle plus tard (pourquoi toujours ce besoin d’attendre ?) et une touriste demande à Pingouin quand ce sinistre événement aura lieu.

Après une courte réflexion, la personne de petite taille s’exclame : « aujourd’hui » (ah ben ça, ça tombe bien alors !). Et hop, sitôt l’endroit fermé au public, Satan revient à la vie et va chercher noises à Blue Demon, au point qu’il s’empare de son masque et en affuble une des momies, également ressuscitée, qui va commettre divers méfaits afin de compromettre le héros aux yeux des forces de l’ordre. Heureusment, Mil Mascaras arrive à la rescousse et les deux compagnons mènent la contre-attaque. Alors que l’invasion des zombies menace la ville, Santo débarque à son tour pour combattre Satan et ses sbires.

Il faut aujourd’hui (tout comme hier sans doute) beaucoup d’indulgence et de naïveté pour apprécier réellement SANTO CONTRE LES MOMIES DE GUANAJUATO. Assimilés à d’authentiques super-héros, nos valeureux catcheurs ne quittent jamais leur tenue de sport ni leur masque, même pour conduire leur voiture, prendre leur douche ou s’offrir un restaurant en compagnie de leur dulcinée. D’où des séquences surréalistes et involontairement hilarantes qui raviront les initiés et consternerons les amateurs de grand cinéma.

A deux reprises, l’intrigue, déjà mince, se met en outre en pause pour permettre aux spectateurs d’apprécier les prouesses des lutteurs voltigeurs. Le premier match (sur un ring décoré d’un énorme logo Pepsi !) confronte Mil Mascaras et Blue Demon à deux méchants puis un flashback dévoile le titanesque affrontement ayant opposé Satan et Santo. Le reste du métrage se contente d’aligner les figures imposées : les catcheurs refusent tout d’abord de croire en la résurrection des momies puis, finalement convaincu de leur existence, les affrontent en usant de prises variablement spectaculaires.

Lors du dernier quart d’heure, Santo, qui passait opportunément par là, vient prêter main forte à Blue Demon et Mil Mascaras, dépassé par le nombre, et notre valeureux trio tabasse joyeusement les revenants. Constatant l’inefficacité relative de la lucha libre contre les morts vivants, Santo se rappelle alors la présence, dans son véhicule de tournée, de quelques lance-flammes qui s’avèrent bien utiles pour renvoyer Satan et ses séides en enfer.

Dans l’ensemble, SANTO CONTRE LES MOMIES DE GUANAJUATO remplit son contrat de divertissement complètement décérébré. La durée, déjà réduite (à peine une heure et vingt minutes) se voit encore rognée par deux numéros musicaux affligeants qu’il est vivement conseillé de zapper, et l’essentiel du métrage se limite à des combats entre les catcheurs masqués et les momies aztèques.

L’ensemble est, par conséquent, bien rythmé et jamais ennuyeux, plein de fougue, de bonne humeur et de scènes sidérantes de stupidité mais traitées avec un sérieux savoureux. Voir nos combattants déambuler en rue, affublé de collants criards et de masques colorés, une jolie fille à leur bras, se révèle un spectacle sans prix dont il est difficile de se lasser.

A condition d’aimer les films de monstres, les super héros en collants et, surtout, le catch, SANTO CONTRE LES MOMIES DE GUANAJUATO constitue donc un divertissement tout à fait réjouissant dont l’unique objectif est de vider complètement le cerveau du spectateur pour lui offrir 80 minutes d’évasion et de n’importe quoi assumé. Un bon moment de pur cinéma populaire, plaisant et nostalgique, à savourer avec le sourire et en appréciant le charme suranné de ces aventures délirantes.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012