SARTANA
Titre: Se incontri Sartana prega per la tua morte
Réalisateur: Gianfranco Parolini
Interprètes: Gianni Garko

 

William Berger
Fernando Sancho
Sydney Chaplin
Klaus Kinski
Andrea Scotti
Gianni Rizzo
Année: 1968
Genre: Western
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Sorti en 1968, ce métrage imposa le personnage de Sartana, déjà joué par Gianni Garko en 1966 dans LES COLTS DE LA VIOLENCE, également sous la direction de Parolini. Cependant son rôle y était différent et le réalisateur ne va en retenir que ce nom intrigant pour élaborer ce « nouveau » SARTANA. Celui-ci va définir le personnage, pistolero vêtu de noir, fossoyeur quasiment surnaturel qui surgit, tel un Diable, pour exterminer des dizaines d’adversaires. On le revit dans quatre séquelles officielles (LE FOSSOYEUR, BONNE FUNERAILLE AMI SARTANA PAIERA, UNE TRAINEE DE POUDRE…LES PISTOLEROS ARRIVENT et, enfin, DJANGO ARRIVE PREPAREZ VOS CERCEUIL dans lequel George Hilton reprend le rôle de Garko).

Bien sûr, à l’image de Django, Sabata et autre Trinita, les producteurs continuèrent d’exploiter le filon à travers (au moins) une dizaine de titres (SARTANA DANS LA VALLEE DES VAUTOURS, SARTANA NE PARDONNE PAS,…) souvent très éloignés de la caractérisation initiale d’un héros (?) définit, par le cinéaste Gianfranco Parolini comme « une sorte de James Bond de l’Ouest ».

L’intrigue de SARTANA, volontairement embrouillée, complique à plaisir une idée de base classique, celle d’une ville transformée en panier de crabes dans laquelle chacun trahit tout le monde pour des raisons vénales. Quelques riches notables d’une petite ville, associés au directeur de la banque, imaginent une arnaque à l’assurance en commanditant le vol d’une importante somme d’argent à des bandits mexicain mené par Mendoza. Cependant, un tueur à gages, Lasky, et ses hommes sont engagés pour abattre les Mexicains. Un mystérieux étranger, se définissant comme « un fossoyeur de première classe », Sartana, vient troubler la fête en montant les différentes bandes de bandits l’un contre l’autre…

Même si SARTANA eut une importance considérable dans l’Histoire du western européen, le revoir aujourd’hui permet de constater qu’il a malgré tout pris un sérieux coup de vieux. Toutefois, il marque certainement une rupture définitive avec le modèle américain, Parolini créant ici un nouvel univers qui refuse le réalisme et se montre beaucoup plus exubérant et sombre. Les grands espaces se confinent à des petites villes étouffantes écrasées de soleils, les demoiselles vertueuses cèdent la place à des filles vénales se vendant au plus offrant et les héros disparaissent, remplacés par des individus louches et cupides toujours prêt à se trahir et à tuer pour une poignée de dollars.

Sartana lui-même, d’ailleurs, se révèle l’intérêt premier du film. Ce pistolero invincible, utilisant un petit pistolet à quatre coups dissimulé dans sa manche, est ainsi doué d’un surprenant don d’ubiquité : il est partout à la fois et connaît tout sur tout, au point que l’on doute même de son humanité. Ne serait il pas une sorte de spectre vengeur venu s’amuser dans l’Ouest ? La fin du métrage le voit repartir comme il était venu, mystérieux et invaincu, prêt à en découdre avec de nouveaux adversaires, tout de noir vêtu sur son cheval blanc.

Sérieux et violent (on ne compte plus les morts, même si certains sites spécialisés parlent de 84 victimes !), SARTANA s’appuie sur un casting comprenant quelques familiers de l’Ouest made in Cinecitta. Gianni Garko, bien sûr, mais aussi William Berger (KEOMA, SABATA,…) et les inévitables Fernando Sancho et Klaus Kinsky dans un rôle secondaire. Enfin, Sydney Chaplin (le fils de Charlot), tenté par une carrière dans le cinéma populaire européen (LIZ ET HELEN, LE CLAN DES SICILIENS) est également de la partie.

La réalisation de Parolini, pour sa part, s’avère originale et parfois travaillée, avec un certain sens des cadrages, mais compense pas complètement le manque de rythme du métrage, lequel parait finalement bien long. L’intrigue, faible et surtout inutilement complexe, multiplie les retournements de situation mais aboutit, au final, à un duel attendu et sans grande saveur. On en attendait davantage de ce SARTANA devenu aujourd’hui quasi mythique.

Petit western mélangeant un ton sérieux et brutal à quelques touches d’humour noir bien amenées, SARTANA se laisse voir sans déplaisir mais demeure un titre un peu languissant et même décevant. Aujourd’hui surestimé, l’œuvre de Parolini mérite cependant une vision, au minimum « historique » pour les fans de westerns à l’italienne.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011