SATAN's BLOOD
Titre: Escalofrio
Réalisateur: Carlo Puerto + Juan Piquer Simon
Interprètes: Ángel Aranda

 

Sandra Alberti
Mariana Karr
José María Guillén
 
 
 
Année: 1978
Genre: Fantastique / Erotique / Horreur
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

Curiosité méconnue en provenance de l’Espagne, SATAN’s BLOOD constitue une oeuvrette déstabilisante réalisée par Carlo Puertos mais aussi par le redoutable Juan Piquer Simon, ici officiellement uniquement crédité comme producteur. Le métrage commence de manière assez bizarre (quoique ce type de présentation ait déjà été vu dans des titres de la même époque) visant à nous convaincre de l’existence du Démon. En effet un autoproclamé spécialiste du surnaturel nous apprend que si le Bien existe un principe antagoniste doit forcément exister, à savoir le Mal. Bien sûr, quiconque souscrit à l’existence de Dieu ne peut que craindre son rival déchu, Satan.

Après ce sympathique préambule, l’intrigue débute par le viol d’une innocente demoiselle sur l’autel impie d’un prêtre maléfique. Puis, nous entrons réellement dans le vif du sujet en suivant un jeune couple, Andres et Ana, partis se balader en voiture au cours d’un week-end d’ennui. Arrêté à un feu rouge, Andres est interpellé par un certain Bruno, lequel se présente comme un ancien condisciple perdu de vue depuis une vingtaine d’années. Bruno et sa compagne, Berta, se propose aussitôt de conduire les deux amoureux chez eux afin de boire un verre en se remémorant le bon vieux temps. Andres, pour sa part, remarque des incohérences dans le récit de son soi-disant ancien ami, dont il n’a d’ailleurs aucun souvenir. Les deux couples partent cependant pour un trajet de plus d’une heure qui les conduit hors de la ville, dans la demeure isolée de Bruno et Berta, lesquels se livrent manifestement à des rites sataniques.

Une séquence de spiritisme avec planchette Oui-Ja suivra au cours de la soirée, les esprits nous apprenant que Ana est toujours amoureuse de son beau-frère et que Bruno mourra bientôt, apparemment de sa propre main. Au cours de la nuit, Ana va échapper à une tentative de viol Ana avant de décider de quitter les lieux en compagnie de son compagnon…Mais tous les deux tomberont dans les griffes des démoniaques Bruno et Berta. Envouté par l’atmosphère de l’endroit, les deux couples se lancent à corps perdu (enfin façon de parler, ils ne sont pas perdus pour tout le monde !) dans une orgie satanique.

SATAN’s BLOOD débute de manière relativement sérieuse avant de laisser ses deux personnages principaux tomber dans le piège des infâmes sataniques débauchés, le métrage ayant alors de faux airs de ROCKY HORROR PICTURE SHOW, notre couple égaré sombrant dans la luxure en compagnie des maîtres des lieux. Ensuite, le cinéaste marche sur les traces de titres réputés comme ROSEMARY’s BABY (même si la grossesse de l’héroïne ne joue finalement aucun rôle dans le déroulement de l’intrigue) mais suit encore davantage la voie tracée par des bisseries italiennes comme BLACK MAGIC RITES ou NUE POUR SATAN. Tout devient alors prétexte à de longues scènes érotiques bon chic bon genre typiques du cinéma d’exploitation des années 70 (n’oublions pas que EMMANUELLE ou HISTOIRE D’O venaient de triompher sur les grands écrans).

L’intérêt de SATAN’s BLOOD décline alors rapidement, tant le cinéaste multiplie les invraisemblances, les poncifs et les situations prévisibles (même la scène de la voiture refusant de démarrer nous est présentée) sans guère de soucier d’une intrigue prétexte en pleine déliquescence. Difficile de maintenir l’intérêt durant 80 minutes avec un scénario aussi mince mais le cinéaste joue cependant la carte des références religieuses et offre une mise en scène relativement soignée à la photographie très esthétique.

Dommage que SATAN’s BLOOD tourne finalement en rond en multipliant les séquences dialoguées de peu d’intérêt et les longueurs. Peu aidé par un rythme anémique, le spectateur tente néanmoins d’entrer dans cette intrigue de plus en plus confuse virant au final au portnawak complet. Volontairement (?) abscons, SATAN’s BLOOD ne peut même pas conter sur ces scènes chocs (finalement bien rares !) pour générer un quelconque intérêt. Reste un érotisme gentillet, un climat glauque et ambiance étouffante de piège implacable se refermant lentement sur les héros.

Parfois présenté comme un classique culte de l’épouvante érotique et satanique, SATAN’s BLOOD ne se montre malheureusement (pratiquement) jamais à la hauteur de cette réputation enviable. Si l’atmosphère angoissante fonctionne par intermittence, le métrage dans son ensemble se révèle surtout très lent et un peu ridicule. Les dernières vingt minutes se montrent un peu plus réussies dans leur délire hallucinatoire mais SATAN’s BLOOD demeure essentiellement une petite production érotique agrémentée d’un thème satanique porteur et de quelques vagues moment horrifiques. Les passages impliquant une poupée de porcelaine animée de mauvaises intentions et le sort réservé au chien des héros illustrent le cahier des charges de l’épouvante mais seules les 10 dernières minutes, nanties de l’une ou l’autre scène gore, s’avèrent réellement effectives à ce niveau.

Malgré sa bonne réputation SATAN’s BLOOD se montre globalement décevant et ne mérite sans doute qu’une vision distraite pour les amateurs insatiables de curiosités orientées (s)exploitation. Les autres s’abstiendront sans regret.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2009