L'ESCLAVE DE SATAN
Titre: Satan's Slave
Réalisateur: Norman J. Warren
Interprètes: Michael Gough

 

Martin Potter
Candace Glendenning
Barbara Kellerman
Michael Craze
Gloria Maley
James Bree
Année: 1976
Genre: Horreur
Pays: Grande-Bretagne
Editeur Néo Publishing
Critique:

La paranoïa satanique des années ’70, consécutive à l’affaire Charles Manson, servit rapidement d’inspiration aux cinéastes pour le meilleur (L’EXORCISTE, LA MALEDICTION) et pour le pire. Malheureusement, cette petite production britannique appartient clairement à la seconde catégorie.

Tout commence par l’invitation de Catherine à rencontrer Alexandre, son oncle médecin qu’elle n’a jamais vu. La jeune fille, quelques jours avant son vingtième anniversaire, part donc avec ses parents pour la campagne mais, hélas, aux abords de la maison du tonton, le père de Catherine perd le contrôle de son véhicule et s’encastre dans un arbre. Seule la jeune fille échappe à la mort avant que la voiture explose sous les yeux d’Alexandre. Ce dernier se propose de soigner la désormais orpheline avec l’aide de son fils Stephen. Isolée dans cette propriété campagnarde, Catherine découvre, peu à peu, la vérité sur sa famille et l’horrible raison de sa présence en ces lieux…

Débutant par un très sympathique rituel satanique conforme à tous les clichés requis par le genre (officiant portant une tête de bouc, sacrifice de vierge dénudée et éclairages saturés), L’ESCAVE DE SATAN développe ensuite sa véritable intrigue, laquelle concerne la lourde hérédité de l’héroïne. Au fil du métrage, de révélations en flashbacks, la jeune femme comprend qu’elle descend d’une longue lignée de sorcière. De plus, son oncle, serviteur du Diable convaincu, souhaite la sacrifier afin de ramener à la vie une de ses ancêtres jadis condamnée au bûcher.

Malheureusement, en dépit d’un prologue intriguant, L’ESCLAVE DE SATAN se révèle rapidement languissant et même soporifique. Une grande partie du métrage est, en effet, occupé par les déambulations, dans la propriété campagnarde, de Catherine, laquelle pressent de funestes événements et ressent un climat pesant souligné par une musique synthétique minimaliste et répétitive.

Pour tirer le spectateur de sa torpeur, Norman J. Warren utilise avec une certaine générosité la grosse artillerie du cinéma d’exploitation et mise tout sur l’érotisme et la tripaille. Si le côté sexy reste faiblard en dépit de nombreuses scènes de nu intégral, le gore se révèle plus agressif et généreux. Le cinéaste se permet donc une dizaine de passages riches en hémoglobine mais, hélas, pauvres en frissons.

Pour la bonne bouche, L’ESCLAVE DE SATAN propose encore un inévitable flashback au cours duquel une sorcière dénudée, après avoir craché sur le crucifix tendu par un Inquisiteur, est marquée au fer rouge puis fouettée à mort. Afin d’élever le propos, Warren filme les promenades bucoliques de ses protagonistes qui se baladent dans les bois et débitent des fadaises censées épaissir leurs relations mais l’ensemble reste creux et ennuyeux. Catherine parait d’ailleurs se ficher complètement du décès de ses parents et souhaite seulement surmonter la situation au plus vite, sans paraître ressentir la moindre émotion excepté une attirance trouble pour son cousin.

Le jeu approximatif de Candace Glendenning n’aide pas, bien sûr, à rendre crédible son personnage ni à susciter la moindre empathie chez le spectateur somnolant. Dans ce casting terne, seul Michael Gough, acteur à la filmographie pléthorique (plus de 170 films étalés sur six décennies) se détache et surjoue avec délectation.

Aux frontières du ridicule ou de l’auto-parodie, Gough dilapide son talent mais propose un agréable cabotinage et accumule les clichés. Son personnage de truculent vieillard qui dissimule, sous son apparence respectable, un suppôt de Satan adepte des sacrifices humains constitue, en tout cas, une des seules raisons de regarder L’ESCLAVE DE SATAN.

La charge anticatholique reste ainsi maladroite et l’ébauche d’une relation incestueuse entre l’héroïne déboussolée et son cousin ne débouche sur rien de concret ou de transgressif. De rares bonnes idées qui paraissent, malheureusement, gâchées et sous exploitées par un metteur en scène seulement motivé par les effets chocs à peu de frais. Si L’ESCLAVE DE SATAN n’est guère mémorable, le double twist final, ni très crédible ni très original, fonctionne cependant avec efficacité, sans toutefois compenser les trop nombreuses faiblesses du long-métrage.

Dans l’ensemble, L’ESCLAVE DE SATAN reste une curiosité dispensable dont la vision sera réservée aux inconditionnels de l’épouvante anglaise ou aux fans de Norman J. Warren, lequel récidiva peu après avec le similaire mais plus réussi LA TERREUR DES MORTS VIVANTS.

Une mise en scène assoupie, un scénario prévisible et une interprétation très « limite » rendent en effet ce film ennuyeux et sans grand intérêt. Seuls quelques scènes timidement érotiques et une poignée de meurtres gore, inspirés par le giallo, permettent d’arriver au bout de ces longuettes quatre vingt-six minutes sans sombrer dans le sommeil.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2012