DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES
Titre: Satanic Rites of Dracula
Réalisateur: Alan Gibson
Interprètes: Christopher Lee

 

Peter Cushing
Michael Coles
Freddie Jones
Joanna Lumley
William Franklyn
 
Année: 1973
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Débuté en 1958 avec le classique LE CAUCHEMAR DE DRACULA signé Terence Fisher, la saga du comte vampire, au sein de la Hammer Films, s’est poursuivie avec plus ou moins de bonheur au cours des années ’60. Le studio livra en effet, entre 1960 et 1971, pas moins de cinq long-métrages variablement inspirés (LES MAITRESSES DE DRACULA, DRACULA PRINCE DES TENEBRES, DRACULA ET LES FEMMES, UNE MESSE POUR DRACULA et LES CICATRICES DE DRACULA) sur le sujet.

Pour le septième épisode, justement nommé DRACULA 72, la compagnie décida de déplacer l’intrigue dans le temps et lui fit accomplir un bon de près d’un siècle, jusqu’au swingin’ London du début des seventies. Le comte vampire poursuivit ses méfaits dans le monde (alors) contemporain et affronta encore une fois la famille Van Helsing, représentée par Lorrimer, le descendant du fameux Abraham. En dépit d’un accueil assez tiède, la Hammer Film remit le couvert une huitième fois avec ce DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES qui semble marcher dans les traces des James Bond ou d’un épisode de la série télévisée « Chapeau Melon et Bottes de cuir ».

Le vénérable spécialiste de l’occulte Lorrimer Van Helsing est choisi par les services secrets britanniques pour enquêter sur des messes noires impliquant de hautes personnalités du royaume. Ses investigations le mènent à un institut qui effectue des recherches bactériologiques sur la peste et abrite dans ses caves des femmes vampires enchaînées. Van Helsing soupçonne rapidement le comte Dracula, qu’il a pourtant abattu deux ans plus tôt, d’être le cerveau maléfique derrière un plan visant à l’anéantissement total de l’espèce humaine via la Mort Noire. Dans les bureaux du richissime homme d’affaire D.D. Denham, Van Helsing reconnaît son vieil ennemi mais ne parvient pas à le supprimer. Démasqué, le seigneur des vampires kidnappe la petite fille du savant et lui promet une mort horrible…

Si DRACULA 72 se contentait de reprendre des recettes connues pour les actualiser aux années ’70 (le scénario calquait d’ailleurs celui d’UNE MESSE POUR DRACULA tourné deux ans plus tôt), DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES se montre plus original. L’intrigue repense en effet la personnalité du comte vampire qui ressemble ici à un « méchant de James Bond » rêvant non pas de conquérir le monde mais bien d’anéantir l’espèce humaine. Lassé de l’existence (du moins selon la théorie énoncée par Van Helsing !), Dracula a choisi de disparaître avec les Hommes et veut pour cela ravager la Terre par l’entremise de la peste.

Ce scénario, croquignolet et surprenant, semble propice à donner des boutons aux admirateurs de l’épouvante gothique mais sa folie douce tranche, plutôt agréablement, avec les intrigues routinières des trois épisodes précédents. Malheureusement, DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES échoue en partie à importer un personnage aussi victorien que Dracula à l’époque moderne quoique son identité secrète, celle d’un millionnaire vivant reclus dans un immeuble de haute sécurité et désireux de lâcher des armes bactériologiques sur le monde ne manque pas d’intérêt.

Interprète indissociable de Dracula, Christopher Lee n’apparaît, pourtant, que durant le dernier tiers du film afin d’accomplir un plan de destruction massive apparemment préparé durant deux ans et qui s’écroule lamentablement suite à l’intervention de Van Helsing. Pas très crédible. Bien que toujours très professionnel, Christopher Lee parait peu concerné par un rôle dont il s’est manifestement lassé, au point de jeter l’éponge pour l’épisode suivant (le dernier), LA LEGENDE DES 7 VAMPIRES D’OR.

De son côté, Peter Cushing semble heureux de reprendre, une nouvelle fois, le rôle du vénérable et héroïque Van Helsing, livrant une interprétation sans reproche qui donne au long-métrage une véritable énergie. La mise en scène d’Alan Gibson, pour sa part, manque clairement d’ampleur pour illustrer un script qui, à la base, possédait une réelle audace et aurait mérité un meilleur traitement et davantage de délires.

Sans doute par peur de s’aliéner complètement les amateurs des volets antérieurs, DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES reste hélas trop classique pour emporter totalement l’adhésion mais quelques idées très plaisantes permettent de passer un bon moment. Enfin, la mort du vampire a toujours stimulé l’imagination des scénaristes mais cette fois, en dépit d’une idée novatrice (Dracula se trouve piégé dans des buissons d’aubépines), le climax s’avère très décevant et mal amené. Une impression accentuée par une fin abrupte : le comte se décompose et l’image se fige sur le visage satisfait de Peter Cushing tandis que les crédits défilent. Heureusement, la courte durée du film lui confère un rythme soutenu et, permissivité des seventies oblige, la Hammer s’autorise de brefs plans de nudité et une touche de gore, notamment lors de l’empalement d’une femme vampire qui révèle sa poitrine.

Malgré ses nombreuses faiblesses, DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES se revoit aujourd’hui avec un plaisir par les amateurs conciliants. Mal accueilli à sa sortie, le film s’est bonifié avec le temps et mérite à présent davantage d’indulgence. Si la saga Dracula était à bout de souffle, ce huitième épisode tentait, certes avec maladresse, de renouveler la donne et de lui rendre un peu de son tonus perdu. DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES mérite donc une vision nostalgique, ne serait-ce que pour retrouver une ultime fois Christopher Lee et Peter Cushing dans leurs rôles emblématiques.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010