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Débuté en 1958 avec le classique LE CAUCHEMAR DE DRACULA signé Terence Fisher, la sage du comte vampire, au sein de la Hammer Films, s’est poursuivie avec plus ou moins de bonheur au cours des années ’60, le studio livrant pas moins de cinq long-métrages variablement inspirés (LES MAITRESSES DE DRACULA, DRACULA PRINCE DES TENEBRES, DRACULA ET LES FEMMES, UNE MESSE POUR DRACULA et LES CICATRICES DE DRACULA) entre 1960 et 1971. Pour le septième épisode de la saga, justement nommé DRACULA 72, la compagnie décide de déplacer l’intrigue dans le temps en lui faisant accomplir un bon de près d’un siècle. Le comte vampire poursuit donc ses méfaits dans le swingin’ London du début des seventies mais affronte toujours la famille Van Helsing, représentée cette fois par Lorrimer, le descendant du fameux Abraham. En dépit d’un accueil assez tiède, la Hammer Film remet le couvert une huitième fois avec ce DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES semblant parfois marcher dans les traces des James Bond ou d’un épisode de « Chapeau Melon et Bottes de cuir ». Le vénérable spécialiste de l’occulte Lorrimer Van Helsing est choisi par les services secrets britanniques pour enquêter sur des messes noires impliquant de hautes personnalités du royaume. Ses investigations le mènent à un institut effectuant des recherches bactériologiques sur la peste et abritant dans ses caves des femmes vampires enchaînées. Van Helsing soupçonne rapidement le comte Dracula, qu’il a pourtant abattu deux ans plus tôt, d’être le cerveau maléfique d’un plan visant à anéantir l’espèce humaine en utilisant la Mort Noire. En se rendant dans les bureaux du richissime homme d’affaire D.D. Denham, Van Helsing reconnaît son vieil ennemi mais ne parvient pas à le supprimer. Démasqué, le seigneur des vampires kidnappe Jessica, la petite fille du savant, et lui promet une mort horrible… Si DRACULA 72 se contentait de reprendre des recettes connues pour les actualiser aux années ’70 (le scénario de ce dernier métrage calquant celui d’UNE MESSE POUR DRACULA tourné deux ans plus tôt), DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES se montre plus original en repensant la personnalité du comte vampire, lequel ressemble ici à une sorte de « méchant de James Bond » rêvant non pas de conquérir le monde mais bien d’anéantir l’espèce humaine. Lassé de l’existence (du moins selon la théorie énoncée par Van Helsing !), Dracula a en effet choisit de disparaître avec les Hommes en ravageant la Terre par l’entremise de la Peste. Un scénario assez croquignolet et surprenant, propre à donner des boutons aux admirateurs de l’épouvante gothique, mais donc la folie douce tranche agréablement avec les intrigues quelque peu routinières des trois épisodes précédents.
Malheureusement, DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES échoue en partie à importer un personnage aussi victorien que Dracula à l’époque moderne même si son identité secrète, celle d’un millionnaire reclus vivant dans un immeuble de haute sécurité et rêvant de supprimer l’humanité en lâchant des armes bactériologiques sur le monde ne manque pas d’intérêt. Interprète indissociable de Dracula, Christopher Lee n’apparaît pourtant que durant le dernier tiers du film afin de tenter d’accomplir un plan de destruction massive apparemment préparé durant deux ans et qui, pourtant, s’écroule lamentablement suite à l’intervention de Van Helsing. Pas vraiment crédible, d’autant que Christopher Lee parait peu concerné par son rôle dont il est manifestement lassé, au point qu’il jettera l’éponge pour l’épisode suivant (le dernier), LA LEGENDE DES 7 VAMPIRES D’OR. Peter Cushing, lui, semble plus heureux de reprendre une nouvelle fois le rôle de Van Helsing et livre une interprétation très professionnelle et sans défaut, donnant au métrage une véritable énergie. La petite fille du chasseur de vampires se voit incarnée par Joanna Lumley qui deviendra ensuite célèbre grâce aux "Chapeau melon et bottes de cuir" version 1976-1977 avant de participer à la série culte "Absolutely Fabulous". La mise en scène d’Alan Gibson, pour sa part, manque clairement d’ampleur pour illustrer un script qui, à la base, possédait une certaine audace et aurait mérité un meilleur traitement et davantage de délires. Enfin, la mort du vampire a toujours stimulé l’imagination des scénaristes et réalisateurs mais cette fois, en dépit d’une idée originale (Dracula se trouve piégé dans des buissons d’aubépines), le climax s’avère très décevant, impression encore accentuée par une fin abrupte : le comte se décompose et l’image se fige sur le visage satisfait de Peter Cushing tandis que les crédits défilent. Toutefois la courte durée du film lui confère un rythme relativement soutenu et, permissivité seventies oblige, la Hammer se permet quelques brefs plans de nudité et un peu plus de gore que précédemment, notamment lors de l’empalement d’une femme vampire révélant sa poitrine. En dépit de ses nombreuses faiblesses, DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES se revoit finalement avec un certain plaisir. Mal accueilli à sa sortie, il mérite aujourd’hui davantage d’indulgence car, même si la saga Dracula était à bout de souffle, ce huitième épisode tentait, certes avec maladresse, de renouveler la donne et rendait un peu de tonus à une Hammer alors exsangue. Rien que pour ça, et pour le plaisir de retrouver une ultime fois Lee et Cushing s’affrontant férocement, DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES mérite une vision nostalgique.
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Fred Pizzoferrato - Décembre 2010 |
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