SAVAGE STREETS
Titre: Savage Street
Réalisateur: Danny Steinmann
Interprètes: Linda Blair

 

John Vernon
Robert Dryer
Johnny Venocur
Linnea Quigley
Lisa Freeman
 
Année:  
Genre: Thriller / Slasher / Rape and revenge
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Danny Steinmann n’est certainement pas le plus connu des réalisateurs de cinéma d’exploitation et il ne réalisa d’ailleurs que quatre long-métrages, tous également scénarisé par ses soins. Le premier, un porno « artistique » nommé HIGH RISE sorti en 1973 (sous le pseudo de Danny Stone) et Steinmann ne revient à la mise en scène que 9 ans plus tard via L’INVISIBLE, un petit film d’horreur correct qu’il signa pourtant du pseudonyme de Peter Foleg suite à des divergences concernant le final cut.

SAVAGE STREETS fut son film suivant et se gagna au fil du temps une réputation de petit classique de l’exploitation bis, ce qui permit sans doute à Steinmann d’enchaîner avec le médiocre VENDREDI 13 CHAPITRE 5, lequel mit un terme à sa carrière. Très daté et complètement ancré dans les années 80, SAVAGE STREETS constitue aujourd’hui une expérience nostalgique pas vraiment désagréable mais qui s’adresse exclusivement aux amateurs enthousiastes de ce type de production, lesquels l’on carrément érigé en « cult movie ».

Evidemment, la présence de Linda Blair est pour beaucoup dans l’intérêt porté à ce métrage. Après avoir connu la célébrité via L’EXORCISTE puis L’HERETIQUE, l’actrice se trouvait alors en pleine période noire (en gros sex drugs and rock and roll) et tournait des métrages de sexploitation aussi euh…passionnants… que RED HEAT, LES ANGES DU MAL ou SAVAGE ISLAND. A ses côtés nous retrouvons John Vernon, un acteur ayant travaillé avec les plus grands cinéastes mais qui reste surtout célèbre pour ses rôles dans L’INSPECTEUR HARRY et AMERICAN COLLEGE. Comme toujours, Vernom est ici la figure autoritaire et joue le principal du collège dans lequel se déroule une partie de l’intrigue (ou plutôt une longue sous-intrigue déclinant le thème alors commercialement porteur de la délinquance juvénile).

Mais quelle est donc l’intrigue principale de ce SAVAGE STREETS ? Une sorte de version féminine, juvénile et outrageusement racoleuse des métrages d’auto-justice popularisés par UN JUSTICIER DANS LA VILLE ou EXTERMINATOR. Linda Blair incarne Brenda, une jeune femme rebelle qui dirige un gang de filles, les « Satins », se baladant la nuit dans les rues et croisant régulièrement la route de bandes rivales. Brenda se montre très protective envers sa très jolie petite sœur, Heather (jouée par Linnea Quigley juste avant qu’elle n’accède à une relative célébrité via DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT et surtout LE RETOUR DES MORTS VIVANTS).

Le reste du gang se compose de Maria, Stella, Rachel, Stevie et Francine, cette dernière étant jouée par Lisa Freeman vue dans VENDREDI 13 CHAPITRE FINAL et que l’on retrouva ensuite dans les deux premiers RETOUR VERS LE FUTUR. Bref, notre petite troupe finit par se brouiller avec un gang masculin rival, les Cicatrices, après que Jake, le chef, ait pratiquement écrasé la pauvre Heather. Après différentes péripéties, les Cicatrices décident de prendre leur revanche sur les Satins et s’offrent un viol collectif de Heather dans la salle de gym déserte du collège. L’escalade de violences se poursuit et rapidement la jeune Francine, enceinte et prête à se marier, tombe entre les griffes de Jake et ses copains, lesquels la précipitent vers la mort en la jetant du haut d’un pont. C’en est trop pour le petit jeune Vince, membre du gang des Cicatrices qui les quitte et échoue au chevet d’Heather, pile poil pour se confesser à une Brenda en fureur. L’heure de la vengeance à sonné et divers pièges, ainsi qu’une puissante arbalète, seront mis à contribution par Brenda dans son expédition punitive.

SAVAGE STREETS ne peut prétendre être un bon film (en avait il seulement l’ambition ? Sans doute pas) mais il demeure un exemple quasiment archétypal du cinéma d’exploitation des années 80. Danny Steinmann se vautre en effet dans la complaisance et flatte sans vergogne les plus bas instincts du spectateur en lui proposant une intrigue de vigilante à la UN JUSTICIER DANS LA VILLE, croisée avec un décorum de jeunesse révoltée à la CLASS 84. Mais le cinéaste ne s’arrête pas là : il y ajoute une bonne dose de nudité gratuite, du catfight en salle de classe, du drame lycéen (par un détour de scénario des plus biscornu), de l’érotisme pataud et même une longue scène de traque sanglante dans la tradition du slasher fleurissant au milieu des années 80. Linda Blair conclut en effet le métrage en coursant les membres du gang rival avant de les tuer de manière bien sanglante, à la grande joie des spectateurs. Les censeurs, eux, se montrèrent moins enthousiasme et donnèrent au métrage un classement X tant aux Etats-Unis qu’en Grande-Bretagne. Apparemment certains auraient pu prendre au sérieux cet étalage de mauvais goût, de violences bas du front et de comique involontaire.

Il faut reconnaître que SAVAGE STREETS tente en effet, par tous les moyens possibles, de contenter l’amateur de bis venu recevoir sa dose de sexe et de violence, deux éléments dispensés avec une certaine générosité par un Steinmann manifestement content de son trivial spectacle. Le scénario, pour sa part, a bénéficié de moins d’attention mais on ne peut sans doute pas tout avoir.

Au niveau des dialogues SAVAGE STREETS se pose là et verse carrément dans la parodie involontaire en accumulant plus de punch line hallucinante que l’intégrale des carrières de Schwarzenegger et Bruce Willis réunies. Parmi les plus fameuses, l’incroyable « Go fuck an iceberg » surnage mais le poème du jeunot récité en classe (« Disco sucks, punk is dead, give me rock or give me head ») et la plupart des dialogues de John Vernon (« you’re a taugh little bitch aren’t you ») pourraient concourir pour les répliques les plus involontairement (?) drôles de l’histoire du cinéma.

En résumé SAVAGE STREETS s’impose comme un digne représentant de son époque et les vêtements typiquement eighties, associés à une bande sonore adéquate, lui confèrent un charme indéniable pour les nostalgiques. La nudité de Linda Blair, la scène de viol de Linnea Quigley, l’explosion de brutalité d’un final revanchard à souhait, l’absence totale de présence policière (permettant toutes les exactions imaginables en toute impunité), et les dialogues à l’humour ravageur font de ce film objectivement médiocre un divertissement bien sympathique.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2009