SCALPS
Titre: Scalps - Venganza India
Réalisateur: Bruno Mattei & Claudio Fragasso
Interprètes: Vassili Karis

 

Mapi Galán
Charly Bravo
Alberto Farnese
Lola Forner
 
 
Année: 1987
Genre: Western / Horreur
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Au milieu des années ’80 le western européen est mort et enterré. Pourtant la sortie, après une longue attente, d’une séquelle au mythique DJANGO ranime un bref instant l’espoir de le voir renaître de ses cendres. Bruno Mattei, le célèbre cinéaste bis (pour ne pas dire Z puisque certains l’avaient surnommé le « Ed Wood italien ») tente donc de relancer la machine avec deux titres : WHITE APACHE et ce SCALPS.

Pour ce dernier, Mattei (associé comme souvent à Claudio Fragasso), bénéficie d’un scénario signé Richard Harrison et à l’origine destiné à son fils Sebastian, lequel aura finalement le rôle principal de WHITE APACHE. Cependant, la carrière de Sebastian Harrison ne décollera jamais, sa seule autre participation notable au cinéma étant le FANTOMES DE SODOME de Lucio Fulci.

Richard Harrison, né en 1935, fit pratiquement toute sa carrière en Italie dans le cinéma populaire. Il fut une vedette du péplum des années 60 via une série de métrages comme LES 7 GLADIATEURS, HERCULE CONTRE LES MERCENAIRES, FORT ALESIA ou encore PERSEE L’INVINCIBLE. Ensuite, au gré des modes, Harrison tourna quelques sous-James Bond en incarnant Bob Fleming, l’agent 077 dans LES ESPIONS MEURENT A BEYROUTH et BOB FLEMING MISSION CASABLANCA avant de jouer dans quelques westerns comme AVEC DJANGO LA MORT EST LA ou ACQUASANTA JOE après avoir refusé le rôle principal de POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS.

Au milieu des années 70, ayant dépassé la quarantaine, Richard Harrison quitte l’Italie pour Hong Kong et travaille pour la Shaw Brothers (MARCO POLO, LA REVOLTE DES BOXERS) avant de sombrer dans les tréfonds de la série Z, fréquentant des nazi-exploitation minables (BOURREAUX SS N°2), des films d’aventures « sexy » comme LORNA LA LIONNE DU DESERT) ou tâtant de la bruceploitation (CHALLENGE OF THE TIGER, qu’il co-réalise) et du porno (ORAGASMO NERO de l’inévitable Joe d’Amato).

Sa rencontre avec les duettistes de Filmark, Joseph Lai et Godfrey Ho, porte un nouveau coup à sa carrière : engager pour un film le pauvre Richard Harrison se voit parachuter, via la magie du « 2 en 1 » dans un kilo de produit ninjas de bas étage comme FLIC OU NINJA, GOLDEN NINJA WARRIOR, OPERATION NINJA, NINJA TERMINATOR, qui recyclent sans fin les quelques séquences tournées par le rusé Godfrey Ho. Au total, Richard Harrison se retrouve ainsi, « à l’insu de son plein gré », dans une dizaine de sous-produits qui mettent pratiquement un terme à sa carrière d’acteur.

Bref, pour en revenir à ce SCALPS, l’intrigue, assez simple, n’est pas inintéressante pour autant : Yarin, la fille du grand chef indien Aigle Noir, voit tout son village massacré par une bande d’infâmes soldats sudistes menés par le vicieux Connor. Capturée, la belle demoiselle réussit pourtant à s’échapper et se réfugie chez un certain Matt. Ce-dernier, un ancien associé de Connor, vit en ermite depuis la mort de son épouse, tuée par les apaches. Yarin qui pense que tous les Blancs sont mauvais et Matt qui déteste les Indiens, finissent toutefois par sympathiser, et même davantage, mais ils doivent aussi échapper à Connor et sa bande, bien décidé à les tuer.

 

Le rôle de la belle apache échoit à Mapi Galan (revue ensuite dans LA CITE DES ENFANTS PERDUS et CATACOMBES) tandis que Vassili Karis (SPARTACUS ET LES 10 GLADIATEURS, LE RETOUR DE SABATA, SS GIRLS,…) se réserve le personnage de l’héroïque Matt. Pour le méchant Connor, le cinéaste fait appel au vétéran Alberto Farnese, vu dans de nombreux péplums et westerns comme SOUS LE SIGNE DE ROME ou LE GEANT DE THESSALIE.

En dépit de dialogues pas toujours réussis (et parfois même risibles), les interprètes se révèlent plutôt convaincants et ont l’air de croire en ce qu’ils font. Les scénaristes développent également les relations d’abord houleuses puis plus pacifiques entre la jeune indienne et le cow-boy solitaire, chacun se rendant compte, finalement, de l’humanité de l’autre mais aussi de sa cruauté. Bien sûr ce n’est pas toujours subtil mais la progression dramatique de la haine à l’acceptation et finalement (surprise !) à l’amour, s’avère plutôt adroite dans les limites d’un pur film d’exploitation.

Au niveau de la mise en scène, grosse surprise également : Bruno Mattei soigne le produit et offre une facture technique tout à fait acceptable, loin du bâclage de son VIRUS CANNIBALE ou des célèbres RATS DE MANHATTAN. Evidemment, le budget ne suit pas toujours et certaines scènes trahissent un manque de moyens et d’ampleur préjudiciables mais l’intention est présente et efficace. Dommage que les costumes, trop propres, ternissent le réalisme souhaité et sentent un peu trop l’emprunt au magasin du coin. Le montage, parfois un peu abrupt, gène également le spectacle mais la musique, typique du style (et recyclée de productions antérieures), donne un certain punch au déambulation du couple traqué dans les collines.

Réputé très violent, SCALPS n’est l’est finalement pas tant que ça mais réserve cependant une poignée de séquences gore digne d’un film d’horreur : décapitation, crochet planté dans la chair et, bien sûr, un scalp de toute beauté (sic !) particulièrement sanglant. Mattei ne se prive pas non plus de brèves séquences de tortures, d’humiliation ou de viols mais se montre moins complaisant que l’on pouvait le craindre (ou l’espérer, c’est selon !).

Tous ces éléments typiques de la « décadence » italienne voisinent avec une utilisation des paysages naturels et des grands espaces dans la lignée des chefs d’oeuvre américains, de même que le discours de tolérance hérité des classiques dit « progressistes » du genre. Le final prend quelque peu des allures de survival ou de rape and revenge et verse même un peu dans l’imitation de RAMBO en présentant une belle Indienne ivre de rage allant décimer les méchants soldats à coup de flèches punitives.

En définitive, SCALPS reste un petit western agréable et rarement, voire jamais, ennuyeux. S’il n’est pas un chef d’œuvre (loin de là), le film de Mattei n’est pas non plus un navet et certainement pas un nanar risible. L’ensemble se suit donc sans déplaisir et devrait contenter les nostalgiques du western spaghetti appréciant une certaine dose de gore dans l’Ouest.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2010