LA GRIFFE SANGLANTE
Titre: Sherlokc Holmes and the Scarlet Claw
Réalisateur: Roy William Neill
Interprètes: Basil Rathbone

 

Nigel Bruce
Gerald Hamer
Paul Cavanagh
Arthur Hohl
Miles Mander
Kay Harding
Année: 1944
Genre: Policier / Sherlock Holmes
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Ce nouveau chapitre de la longue saga des Sherlock Holmes prend ses distances avec les œuvres littéraires de Conan Doyle (souvent largement trahies par les scénaristes de toutes manières) et propose une intrigue originale aux influences fantastiques qui rappelle cependant, dans ses grandes lignes, « Le Chien des Baskervilles ».

Plus que les autres volets, LA GRIFFE SANGLANTE renoue également avec le décorum des classiques de la Universal et cultive une atmosphère constituée de landes boueuses baignées de brumes dans lesquelles rodent, peut-être, des spectres meurtriers.

Sherlock Holmes débute l’intrigue au Canada, où il participe à une convention traitant de l’occulte, un domaine qu’il aborde avec son obligatoire rationalisme sceptique, à l’inverse de Conan Doyle lui-même, très croyant (pour ne pas dire crédule) sur le sujet. Peu après, le détective se voit convier à résoudre une nouvelle énigme par une certaine Lady Penrose, laquelle vient d’être assassinée. Holmes et Watson partent dans le village québécoise de La Mort Rouge, supposé maudit, pour mener l’enquête tandis que Lord William Penrose, le mari de la défunte, affirme que le meurtrier est d’origine surnaturelle et ne pourra, par conséquent, jamais être défait.

D’une durée de 75 minutes, LA GRIFFE SANGLANTE s’avère l’épisode le plus long de la saga, permettant au cinéaste de ralentir le rythme pour privilégier le climat mystérieux et le développement des personnages. L’intrigue reprend, comme précédemment signalé, le schéma narratif du « Chien des Baskervilles » avec ce village isolé, noyé dans un brouillard sinistre, où sont commis des crimes imputés à un être maléfique. Divers enquêtes, au cours desquelles le prince de la déduction fut confronté à l’occulte, sont également citées en guise de clin d’œil aux amateurs de ses exploits littéraires. Holmes découvrira, bien sûr, la vérité concernant ce sinistre personnage, un acteur fou utilisant une sorte de griffe métallique pour commettre ses méfaits et portant un vêtement enduit d’une substance fluorescente lui conférant un aspect surnaturel.

Ce type d’intrigue rappelle, également, les récits de vengeance courant dans le cinéma d’épouvante de l’époque (par exemple HOUSE OF HORRORS ou MYSTERY OF THE WAX MUSEUM), impression renforcée par la présence du magicien des effets visuels, John P. Fulton, lequel confère un climat volontairement étrange et inquiétant au métrage.

De son côté, l’interprétation est, comme toujours, excellente, Rathbone et Bruce maitrisant parfaitement leur personnage, l’un incarnant un Holmes suffisant et un peu hautain, l’autre un Watson bon vivant, débonnaire et gaffeur. Watson a cependant droit à davantage d’égard dans cet épisode puisqu’il parvient, quasiment involontairement, à sauver Holmes d’une mort certaine tout en interrompant le soliloque du méchant, lequel, pris d’un syndrome du « Vilain de James Bond » avec vingt ans d’avance, s’apprêtait à révéler les détails de son plan.

Roy William Neill, pour sa part, effectue un travail de mise en scène remarquable et donne au métrage une fort belle tenue visuelle et achève d’en faire un épisode tout à fait plaisant et divertissant, à l’image des treize (!) autres.

Divertissant, bien mené, baigné dans une atmosphère fantastique soignée et animé par un casting parfaitement rodé, LA GRIFFE SANGLANTE se révèle un des meilleurs « Sherlock Holmes » de la Universal et de nombreux fan du limier de Baker Street prétendent même qu’il s’agit là du plus réussi des quatorze. A savourer sans modération.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011