LES CICATRICES DE DRACULA
Titre: Scars of Dracula
Réalisateur: Roy Ward Baker
Interprètes: Christopher Lee

 

Dennis Waterman
Jenny Hanley
Christopher Matthews
Patrick Troughton
Michael Ripper
Michael Gwynn
Année: 1970
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Grande Bretagne
Editeur Studio Canal
Critique:

Sixième volet de la longue saga initiée par LE CAUCHEMAR DE DRACULA en 1958, cet épisode, signé Roy Ward Baker, annonce la fin d’une époque pour la Hammer, alors en perte de vitesse. La vénérable compagnie va en effet, au début des seventies, s’intéresser à d’autres vampires en misant davantage sur l’horreur graphique et l’érotisme, souvent saphique. THE VAMPIRE LOVERS et LUST FOR A VAMPIRE, par exemple, illustrent cette tendance même si la Hammer ne pouvait se résoudre à abandonner complètement le personnage de Dracula qui lui avait valu tant de succès.

Cependant les trois films succédant à ce LES CICATRICRES DE DRACULA empruntèrent des directions différentes : modernisation de l’intrigue transposée au XXème siècle (DRACULA 72 et DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES également mâtiné d’espionnage à la James Bond) ou relocalisation dans un cadre exotique (LES 7 VAMPIRES D’OR coproduit par la Shaw Brothers). LES CICATRICES DE DRACULA sonne ainsi le glas d’une certaine tradition et annonce la fin du fantastique gothique, lequel vivait ses derniers jours de gloire avant la déferlante des seventies et leurs horreurs plus contemporaines et surtout plus sanglantes.

Rétrospectivement, et en dépit de ses rares qualités, LES CICATRICES DE DRACULA apparaît, hélas, comme le plus faible des « Dracula » de la Hammer, les suivants, tant décriés, ayant au moins le mérite d’une certaine originalité.

Le film de Roy Ward Baker va, pour sa part, recycler des situations à présents bien connues et des péripéties éculées sans parvenir à retrouver la réussite des œuvres de Fisher, ni même le solide divertissement proposé par Francis ou Sasdy. Ajoutons que le déplacement géographique ou temporel du comte pour les trois volets suivants de la saga semble finalement une évidence devant le complet épuisement thématique dont fait preuve LES CICATRICES DE DRACULA.

 

Le métrage souffre, en effet, d’une sous utilisation déplorable du Comte et d’un scénario bâti autour de quelques scènes marquantes sans se soucier de proposer une trame cohérente ou un quelconque développement.

L’intrigue se résume par conséquent à une resucée des métrages antérieurs et prend pour base les premiers chapitres du roman de Bram Stocker, auquel il faut ajouter quelques éléments de la nouvelle « L’invité de Dracula ». Cette inclusion de passages présents dans le roman mais encore inexploités au cinéma, en particulier celui où Dracula grimpe sur un mur à la manière d’un horrible insecte, confère un minium d’intérêt au film mais accentue encore la pauvreté de l’ensemble et le manque de renouvellement d’une saga exsangue.

Le jeune libertin Paul Carlson, surpris au lit avec la fille du bourgmestre, fuit et trouve refuge dans le château du comte Dracula, revenu à la vie. Le frère de Paul, Simon, part à sa recherche en compagnie de sa fiancée et croise la route du seigneur des ténèbres. Peu passionnant, ce scénario avance au rythme d’un escargot léthargique et s’éternise au-delà du raisonnable dans son premier tiers, au terme duquel Paul succombe et laisse la place à son frère.

Certains chroniqueurs ont déjà pointé les similitudes de construction du métrage avec le PSYCHOSE d’Alfred Hitchcock et la comparaison tourne bien sûr en défaveur de ce médiocre Hammer. Les incohérences abondent également, citons par exemple la séquence détaillant l’incendie du château de Dracula par une horde de villageois furieux. Les scènes ultérieures présentent pourtant un repaire en bon état et bien conservé, en dépit des excuses de Dracula affirmant à son invité que sa demeure a beaucoup souffert de l’acharnement des natifs.

Néanmoins, si LES CICATRICES DE DRACULA déroule son intrigue sans parvenir à la rendre passionnante, on peut trouver divertissant ces péripéties saugrenues. Le métrage possède, dans ses meilleurs moments, un petit côté roman de gare ou sérial appréciable, d’autant que le ton passe fréquemment de l’horreur à l’humour voire au burlesque. En dépit de la banalité du scénario, l’ensemble reste par conséquent modérément divertissant pour les nostalgiques.

La principale innovation des CICATRICES DE DRACULA (d’ailleurs retenue dans les trois métrages suivants mais dans une moindre mesure) consiste à ôter au vampire tout charme romantique pour le transformer en un être cruel et sadique. Dracula empale ses victimes, poignarde à mort une de ses maîtresses, fouette son domestique et lève une armée de chauve-souris pour dévorer vivants les femmes et enfants du village, pourtant réfugiés dans une église. Délaissant la sensualité de Dracula, généralement présenté comme la personnification des désirs sexuels interdits ou réprimés, Roy Ward Baker détaille les carnages commis en se délectant des scènes sanglantes exposées à la caméra.

Selon les standards de l’époque et plus encore de la Hammer, LES CICATRICES DE DRACULA reste étonnamment gore. Une décision sans doute motivée par l’appât du gain et la volonté de choquer les spectateurs au moment où l’épouvante gothique déclinait sous les coups de boutoirs de l’horreur « extrême » des années ’70. Sans rivaliser avec des titres beaucoup plus outranciers comme DU SANG POUR DRACULA, tourné peu après, le film de Roy Ward Baker demeure néanmoins un des Hammer les plus violents et sadique jamais tourné.

Visuellement, par contre, LES CICATRICES DE DRACULA manque cruellement de panache. Les décors sont routiniers, les intérieurs, fortement éclairés et trop bien entretenus, manquent de ténèbres et d’ombres menaçantes et le film parait pauvre et dénué de faste. Le cinéaste échoue, en outre, à retranscrire l’atmosphère décrépie des lieux, comme en témoigne la crypte éclatante de Dracula, une faute de goût impardonnable.

De plus, le budget, trop réduit en dépit d’ambitions limitées, ne permet pas d’effets spéciaux convaincants (les attaques de chauve souris sont encore plus risibles que dans les précédents épisodes) et tout transpire la précipitation et la volonté d’exploiter au maximum un filon déjà tari. Les maquettes et matte painting se révèlent, elles aussi, peu convaincantes et mal mises en valeur par une caméra les détaillant trop longuement, dévoilant leurs évidentes faiblesses.

 

Le jeu des acteurs, pour sa part, n’offre rien de particulier et même Christopher Lee, aussi bon soit il, parvient difficilement à injecter la moindre passion dans son interprétation routinière. Sa présence justifie pourtant, pour ses fans, la vision d’un métrage sinon quelconque et proche du ratage. Difficile de blâmer Roy Ward Baker, cinéaste doué responsable de quelques très belles réussites comme LES MONSTRES DE L’ESPACE et Dr JEKYLL & SISTER HYDE car l’intrigue médiocre et une la lassitude de la Hammer envers le personnage condamnait dès le départ le métrage à l’échec.

Dernier avatar gothique de la saga « Dracula », ce sixième volet accuse une indéniable et vertigineuse chute qualitative par rapport aux cinq précédents et démontre que la Hammer devait réagir et cesser d’exploiter un fond de commerce usé par les trop nombreuses séquelles et imitations.

Aujourd’hui, LES CICATRICES DE DRACULA se laisse voir distraitement par les inconditionnels de la compagnie, de Christopher Lee ou du seigneur des vampires mais ne restera pas, loin de là, parmi les réussites de l’épouvante gothique. Un métrage au mieux moyen, à voir surtout par curiosité.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011