SCHIZO
Titre: Schizo
Réalisateur: Pete Walker
Interprètes:

Lynne Frédérick

 

John Leyton
Stéphanie Beacham
John Fraser
Jack Watson
Queenie Watts
Trisha Mortimer
Année: 1976
Genre: Epouvante / Giallo
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

"Schizophrenia... a mental disorder, sometimes known as multiple or split personality, characterised by loss of touch with the environment and alternation between violent and contrasting behaviour patterns.” Dès cette introduction en voix off, SCHIZO nous éclaire (de manière mensongère) sur la schizophrénie avant de proposer au spectateur un sympathique mais prévisible jeu de manipulation entre l’épouvante, le giallo et le psycho thriller.

Londres. La jeune Samantha Gray, une patineuse de renommée internationale, s’apprête à convoler avec Alan Falconer, un richissime homme d’affaires. L’événement fait la une de la presse « people » et attire l’attention d’un mystérieux personnage récemment libéré de prison. Ce-dernier commence à harceler Samantha par téléphone puis lui laisse un couteau ensanglanté en guise de cadeau de mariage. De plus en plus inquiète, la jeune femme se confie à son psychiatre, Leonard Hawtone, accessoirement l’amant de son amie, Beth. Pour Samantha, le responsable de ses malheurs se nomme Haskins, le compagnon et l’assassin de sa mère, revenu pour la punir d’avoir été témoin du crime durant son enfance. Cependant, Hawtone affirme qu’il ne peut s’agir de cet homme et, pour rassurer sa patiente, entame sa propre enquête. Hélas, il est égorgé dans son véhicule…

Dès son titre, SCHIZO se veut un hommage à Alfred Hitchcok et aux mécanismes du suspense abordés par PSYCHOSE dont le cinéaste décalque maladroitement la célèbre scène de la douche. Mais Pete Walker, artisan habile du cinéma populaire anglais, puise à d’autres sources et s’inspire aussi des thrillers italiens des seventies. Il livre ainsi sa propre variation sur le giallo et en reprend, avec plus ou moins d’habileté, les clichés coutumiers: la jeune héroïne doute de son équilibre mental, un mystérieux voyeur la harcèle et un assassin ganté de noir massacre son entourage,…

Pete Walker ne résiste pas, non plus, au plaisir de rejouer à sa manière une des séquences les plus marquantes du classique de Dario Argento, LES FRISSONS DE L’ANGOISSE. Il invite sa principale protagoniste à une séance de spiritisme qui tourne au drame lorsque la médium, les yeux révulsés, halète « mon assassin est ici »…Un air de déjà vu mais un hommage sympathique. Enfin, citons l’influence plus diffuse de Brian DePalma et en particuliers de son thriller horrifique SŒURS DE SANG.

Si SCHIZO reste modéré au niveau de l’érotisme (malgré quelques passages de nudité), la violence se fait, elle, plus démonstrative et les meurtres se révèlent sanglants et imaginatifs. Le crime le plus réussi, d’un point de vue cinématographique, se déroule à un arrêt d’autobus où une femme, vêtue d’un imperméable jaune, a le crane fracassé à coup de marteau. Le meurtrier, par la suite, propulse le corps de sa victime sous les roues d’un véhicule afin de simuler un accident. La même inspiration sadique se retrouve lorsqu’une aiguille à tricoter transperce le crane d’une femme de ménage pour ressortir par son œil dans un flot écarlate.

Dans la tradition du giallo, SCHIZO propose encore un flashback aux images classiquement floutées qui illustrent un trauma enfantin dont les conséquences, tragiques, se font sentir des années plus tard.

Au niveau du casting, Lynne Frederick se montre convaincante dans son rôle difficile d’héroïne menacée. Ayant débuté à seize ans, en 1970, dans le film d’anticipation TERRE BRULEE, Frederick poursuivit une carrière alternant téléfilms et œuvres de cinéma, dont plusieurs séries B comme LE CIRQUE DES VAMPIRES, PHASE IV et le western LES QUATRE DE L’APOCALYPSE de Lucio Fulci. En 1977, l’actrice épouse Peter Sellers, alors deux fois plus âgé, et s’attire de nombreuses critiques. Sellers décède, en 1980, d’une crise cardiaque alors qu’il s’apprêtait à divorcer de Frederick, laquelle hérite de sa fortune et se remarie rapidement. Mais sa carrière cinématographique est, elle, ruinée et l’actrice meurt des suites de son alcoolisme en 1994, oubliée de la profession, à seulement 39 ans.

Dans les seconds rôles, SCHIZO permet de retrouver John Fraser (pour son dernier rôle au cinéma avant une reconversion à la télévision) et la playmate Stephanie Beacham, aperçue dans quelques films horrifiques comme LE CORRUPTEUR, INSEMINOID, HOUSE OF MORTAL SIN et DRACULA 73.

Des qualités d’interprétation certaines au service, hélas, d’un scénario trop balisé pour convaincre. SCHIZO manque, en effet, cruellement de nerf et sa durée excessive (1h45, soit une bonne vingtaine de minutes de trop !) se révèle un handicap pour maintenir l’intérêt. De plus, le whodunit, censé rendre le métrage palpitant, est rapidement éventé et les péripéties trop attendues pour surprendre. Dommage que Pete Walker n’ait pas davantage resserré son intrigue ou proposé quelques pistes annexes afin de relancer la machine, définitivement grippée à mi parcours.

Les rares essais de « misdirections » sont, pour leur part, trop grossiers pour tromper les habitués de ces métrages jouant la carte de la manipulation jusqu’à leur twist final. Ce dernier s’avère adroitement amené mais hélas fort attendu, le titre du film et la citation introductive (laquelle assimile d’ailleurs la schizophrénie au dédoublement de personnalité) permettant rapidement aux plus sagaces de deviner où Pete Walker veut en venir.

Dans l’ensemble, SCHIZO se laisse suivre sans déplaisir mais sans vraie passion, son rythme languissant, ses longueurs et sa prévisibilité constituant autant d’handicaps rédhibitoires. Malgré sa nationalité anglaise on peut toutefois le considérer comme un honnête « giallo » tant le cinéaste reprend les thèmes familiers du genre. Avec un peu d’indulgence, SCHIZO devrait plaire aux amateurs de thrillers manipulateurs teintés d’horreur même si nous sommes loin d’une vraie réussite.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2011