SCOTT PILGRIM Vs THE WORLD
Titre: Scott Pilgrim Vs The World
Réalisateur: Edgar Wright
Interprètes: Michael Cera

 

Alison Pill
Mary Elizabeth Winstead
Ellen Wong
Mark Webber
Kieran Culkin
Chris Evans
Année: 2010
Genre: Comédie romantique fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Attendu et fantasmé par la communauté geek, l’adaptation du comic SCOTT PILGRIM Vs THE WORLD a finalement débarqué dans l’indifférence sur les écrans européens après son échec (prévisible) aux Etats-Unis. Troisième long métrage d’Edgar Wright après SHAUN OF THE DEAD (la meilleur comédie horrifique de ces dix dernières années) et HOT FUZZ (mise en boite jouissive du polar d’action des eighties revisité par le gore), SCOTT PILGRIM Vs THE WORLD ne s’avère malheureusement pas à la hauteur des attentes en dépit d’un concept délirant et prometteur visant à fusionner en un peu moins de 2 heures une bonne vingtaine d’années de « culture alternative ».

L’intrigue se centre sur Scott Pilgrim (Michael Cera, vu précédemment dans JUNO et SUPER BAD), un type de 22 ans sans emploi tuant le temps en jouant de la basse dans un groupe punk. Il sort avec une fille plus jeune, Knives, une Chinoise agée de 17 ans, et profite de la vie sans se poser trop de question, partageant son appartement avec son meilleur ami, Wallace, un gay décomplexé. Sa relation avec Knives semble un peu immature et asexuée, Scott se contentant de se balader avec elle, de jouer aux jeux vidéos en sa compagnie et de l’amener aux répétitions de son groupe. Knives, pour sa part, tombe amoureux de Scott mais leur idylle est remise en question par l’arrivée de Ramona Flowers, laquelle chamboule totalement l’existence du jeune homme. Décidé à conquérir la fille de ses rêves, Scott doit pourtant surmonter une épreuve de taille : vaincre les sept précédents petits copains (ou plus exactement six petits copains et une petite copine) de Ramona. Mais ceux-ci ont formé la redoutable Ligue des 7 Ex Maléfiques et sont bien décidé à empêcher Scott et Ramona de vivre heureux.

Encore une comédie romantique adolescente ? Oui et non car SCOTT PILGRIN Vs THE WORLD quitte les terres du réalisme pour dévier dans le fantastique, les 7 Ex en question étant dotés de super pouvoirs et la conquête de la demoiselle s’apparentant à un jeu vidéo bâti sur sept niveaux! Après les adaptations triomphales du SEIGNEUR DES ANNEAUX, la trilogie MATRIX, la reconnaissance du kung fu via TIGRE ET DRAGON, les métrages référentiels de Tarantino et les scores délirants des long-métrages inspirés par les comics, SCOTT PILGRIN Vs THE WORLD est une nouvelle preuve de la prise de pouvoir des geeks sur l’industrie du divertissement.

Déjà le sujet de nombreux articles tour à tour enthousiastes ou consternés, la suprématie de la culture populaire de divertissement, encore considérée voici 10 ans comme réservées à des adolescents complexés et boutonneux, apparaît aujourd’hui comme une évidence et SCOTT PILGRIN Vs THE WORLD constitue peut-être la quintessence du phénomène. Tous les éléments indissociables de la communauté « geek » et « nerd » sont en effet rassemblés dans le métrage d’Edgar Wright, lequel rend hommage au cinéma martial, au fantastique délirant, aux comics, aux super héros, à la musique punk, aux mangas, à la génération MTV, à Bollywood, aux sitcoms, aux Role Playing Game et aux jeux vidéo. Difficile d’accumuler davantage de références et SCOTT PILGRIN Vs THE WORLD frôle souvent l’imbuvable en jouant la carte de la surenchère perpétuelle.

Incarnation du geek ultime, Scott Pilgrin est ainsi un jeune homme sans emploi sortant avec une Japonaise sexy fan de jeux d’arcade qui passe ses journées à glander et ses soirées à jouer paresseusement de la basse dans un groupe punk « en devenir ». Rencontrant un jour la fille de ses rêves, il doit affronter ses ex en usant de super pouvoirs dans des combats découpés à la manière d’affrontements de jeux vidéo et en recourant à des combinaisons dignes de Dragon Ball. Les styles, puissances et faiblesses des adversaires vont ainsi entraîner des combats martiaux à la Mortal Kombat (« fight ! »), des épreuves de skate boards, des bastons à coup de boules de feu, des combats « Bollywood style » ou un duel à la Guitar Heroes entre notre bassiste amateur et des jumeaux adeptes du synthétiseur.

Visuellement déjanté, SCOTT PILGRIN Vs THE WORLD propose des séquences directement inspirées de l’univers vidéo ludique, des comic books, des séries télévisées à la « Batman » ou des mangas. On note aussi l’influence des comédies de situations via des passages en reprenant l’esthétique et les codes, jusqu’aux rires préenregistrés soulignant chacune des répliques supposées humoristiques. Scott monte donc de niveaux au fil de son aventure, gagne une vie « bonus » après avoir défait un adversaire particulièrement coriace, marque des points, possède des compteurs (y compris une « barre de niveau d’urine ») et se bat de manière outrancière à grand renfort d’onomatopées. Rien de tout cela ne sera d’ailleurs expliqué, Edgar Wright se permettant des passages décomplexés dénués de logique comme ce personnage tirant des pouvoirs incroyables de son refus de consommer de la viande et finalement abattu sans autre forme de procès par la police du végétalisme lui reprochant trois infractions aux règles imposées.

Durant ces séquences, SCOTT PILGRIN Vs THE WORLD prend une direction inattendue et s’affranchit de tout réalisme. La gentille histoire d’amour adolescente stoppe donc pour permettre à notre héros de supprimer les 7 ex maléfiques dans un déluge d’effets spéciaux. Les autres protagonistes, pour leur part, ne semblent pas particulièrement étonnés de ces démonstrations de force qui tranchent sur le reste de l’intrigue et ponctuent le métrage de manière surprenante mais également fatigante.

Autre problème, SCOTT PILGRIN Vs THE WORLD manque vraiment de péripéties et déroule une intrigue très prévisible une fois les bases déjantées admises. En effet, durant deux longues heures, le métrage va simplement aligner la plupart des clichés de la comédie romantique pour teenager (le type se trouve une copine cool, craque pour la bombe sexuelle, hésite à rompre avec la première de peur de perdre la seconde et de se retrouver seul, demande conseil à son copain gay, rencontre des problèmes et doit faire oublier à la fille ses ex, même si ici ce sont des « mutants » dotés de super pouvoirs) en y plaquant un argument fantastique. D’où une progression très linéaire calquée sur un jeu vidéo proposant différents adversaires jusqu’au Boss final, lequel n’est autre – sans surprise – que le patron d’une maison de disque capable d’enfin propulser le groupe de Scott vers les sommets. Un personnage rappelant un peu le Swan de PHANTOM OF THE PARADISE mais sans posséder la même épaisseur.

L’hypothèse la plus plausible veut que le métrage soit un complet fantasme et que l’intrigue se déroule entièrement dans la tête de Scott, lequel transpose dans un monde imaginaire (pour lui plus réel que la réalité) les problèmes terre à terre qu’il rencontre dans son existence quotidienne. Mais cette explication psychologique simpliste et un peu trop évidente ne rend pas vraiment plus cohérent l’univers développé. Une fois admis et digéré le pur délire du film, les combats successifs deviennent en outre un peu lassants car leur complète absence de logique rend toute l’entreprise vaine.

En dépit d’interprètes de qualité parvenant à ne pas sombrer dans le ridicule, SCOTT PILGRIN Vs THE WORLD échoue dans cette tentative de concilier l’univers romantique, la comédie et le complet délire. Même l’ordre dans lequel Scott combat les différents Ex reste sujet à caution et ne traduit pas de véritable progression du plus faible au plus fort, le Végétalien ayant clairement les plus grands pouvoirs. La parabole sur le passage à l’âge adulte et l’accession à un niveau supérieur, celui du respect de soi, se matérialise toutefois de manière littérale dans les dernières minutes du film, plus réussies et touchantes que ce qui précède. Cela ne sauve pas complètement l’entreprise mais permet malgré tout de relativiser la déception et de se sentir plus émotionnellement impliqué.

Paradoxalement (ou pas ?) c’est durant les moments plus traditionnels que SCOTT PILGRIN Vs THE WORLD parvient à intéresser le spectateur. Quand Edgar Wright met de côté la lourde artillerie « flashy », il se montre tendre et prenant, propose de jolies séquences impliquant Scott, ses deux copines et son copain gay et délivre des dialogues bien écrits servis par des acteurs concernés.

Dommage que toute la claquante quincaillerie, au départ fabuleusement distrayante et rapidement lassante, ne transforme cette aimable chronique douce amère en un « film Ovni » ne parvenant jamais à transcender son concept de base.

En définitive, SCOTT PILGRIN Vs THE WORLD tente constamment d’être cool et de devenir culte avant même de proposer un semblant de substance. Sur le moment, l’aspect outrancier et attrayant du visuel entretient l’illusion mais, sitôt le générique terminé, l’œuvre d’Edgar Wright parait surtout ratée et décevante.

Cependant, malgré ce jugement sévère, SCOTT PILGRIN Vs THE WORLD reste une curiosité distrayante et attachante dotée d’une poignée de séquences mémorables. En dépit de ses longueurs et défauts, le métrage mérite donc une vision, en particulier pour les geeks ayant entre 12 et 25 ans. Les autres risquent de trouver le temps un peu long mais l’expérience vaut toutefois la peine d’être vécue, ne serait ce que par curiosité.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010