LE MANCHOT
Titre: Scream Bloody Murder / Matthew / The Captive Female / Claw of Terror
Réalisateur: Marc B. Ray
Interprètes: Fred Holbert

 

Leigh Mitchell
Robert Knox
Ron Bastone
Suzette Hamilton
Willey Reynolds
Angus Scrimm
Année: 1973
Genre: Slasher / Thriller / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Toute petite production transpirant l’amateurisme SCREAM BLOODY MURDER constitue une variation sur PSYCHOSE, revisité à la manière d’un slasher.

L’intrigue, comme souvent, débute par un meurtre commis durant son enfance par le personnage principal, un certain Matthews. Ce-dernier, alors qu’il se trouve dans les champs avec son paternel, grimpe sur un tracteur et écrase son père, perdant le bras gauche dans l’aventure, lui-aussi broyé par la machine. Enfermé dans un asile psychiatrique, Matthew retrouve la liberté au bout de dix ans, supposé guéri. Affublé d’un crochet métallique au bout du bras, le jeune homme retrouve sa mère, laquelle s’est remariée avec un type insistant pour être appelé « papa ».

Une situation inacceptable pour Matthew, tenaillé par des désirs incestueux, et qui n’hésite pas à supprimer le compagnon de sa maman à coup de hache. Plongeant dans la folie, notre psychopathe tue également sa génitrice et part ensuite sur la route, poursuivi par des hallucinations dans lesquelles il voit les fantômes de ses parents. Matthew massacre toutes les femmes qu’il rencontre jusqu’à croiser le chemin d’une prostituée dont il tombe bien sûr amoureux.

Sans grand intérêt, SCREAM BLOODY MURDER ne prend guère le temps de développer la psychologie de son malade mental meurtrier mais lui accorde, cependant, une prévisible histoire d’amour aux côtés d’une prostituée nommée Véra. Ces séquences sont, sans conteste, les plus intéressantes d’un métrage qui, tout en puisant dans des classiques tels LE VOYEUR ou PSYCHOSE, anticipe également sur des productions ultérieures comme MANIAC ou le méconnu PYROMANIAC.

L’interprétation de l’acteur principal, Fred Holbert (dont il s’agit de l’unique rôle au cinéma) se révèle étonnamment crédible et confère un certain intérêt au métrage. A la fois totalement détraqué et pitoyable, ce psychopathe possède une épaisseur largement supérieure à la moyenne des tueurs sanguinaires hantant les slashers routiniers.

Les dialogues s'avèrent, eux aussi, plus travaillé que de coutume et les scènes impliquant Leigh Mitchell (dont l’unique autre contribution au Septième Art se trouve dans le très bis LE MONSTRE QUI VIENT DE L’ESPACE), incarnant une prostituée cible des attentions du tueur, sont suffisamment convaincantes pour élever un peu le produit fini.

Dans un petit rôle, nous découvrons également Angus Scrimm, devenu célèbre quelques années plus tard en incarnant le Croque Mort de la saga PHANTASM. Bref, un casting potable, du moins en ce qui concerne les principaux protagonistes, qui parvient à donner une vraie crédibilité à ce film sinon peu passionnant.

Le scénariste et réalisateur Marc B. Ray (il écrivit vingt ans plus tard THE STEPFATHER 3) emballe ce SCREAM BLOODY MURDER avec un minimum de professionnalisme mais une absence totale de personnalité, donnant à ce petit budget un cachet banal, proche d’un téléfilm de série. Toutefois, Marc B. Ray s’écarte du carcan télévisuel en jouant largement la carte de la violence graphique. Les meurtres, pour leur part, sont, en effet, nombreux et ne lésinent pas sur les éclaboussures écarlates, une manière, sans doute, de compenser la faiblesse des maquillages spéciaux réduits au minimum. Néanmoins, seule l’invasion d’une maison par le taré, suivi du massacre de la domestique et de la vieille et combattive propriétaire échappe à la routine par son mélange de cruauté (le tueur découpe, gratuitement, un chien au hachoir) et d’humour noir.

La musique, cacophonique, oscille de son côté, entre une muzak d’ascenseur et un rock funky ponctué de percussions rapidement insupportables. Pénible.

La seconde partie de SCREAM BLOODY MURDER délaisse le slasher pour une horreur davantage psychologique, Matthew instaurant un rapport de force avec Véra, maintenue captive et à sa merci. D’où un jeu du chat et de la souris lassant ponctué d’une unique réplique référentielle, le maniaque empêchant sa prisonnière de prévenir les autorités en déclarant au téléphone « I’m sorry, wrong number ».

L’intérêt, déjà faible durant la première partie, se dilue complètement au cours de la seconde et le métrage sombre, finalement, dans l’ennui le plus total.

En résumé, SCREAM BLOODY MURDER reste une petite production sans grand intérêt et fort longuette en dépit d’une durée relativement courte (environ 85 minutes). Ses très rares qualités (en particuliers les relations intéressantes développées entre le psychopathe et sa victime) ne compensent jamais ses trop nombreuses faiblesses. Bref, cela peut s’éviter sans regret.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012